Grâce au temps que nous passerons ensemble

Le premier à qui je parle, c’est un gars qui m’aborde derrière la cathédrale, je suis assis sur le parapet de la zone archéologique (du fond de ce trou vingt siècles vous contemplent), j’ai marché depuis la Part-Dieu et avalé un casse-croûte en chemin ; il s’approche, il me dit « vous » une fois ou deux, puis : …

Grâce à lui le bambino reste au sec 

Celui avec les pieds dans l’eau, qui porte le bambino sur ses épaules, c’est Christophe, mais je dis « Cristoforo » parce que je m’adresse à J. dans notre sabir bricolé : je commence une phrase en anglais puis, par paresse ou incompétence, je la termine en français ; et je lui parle italien par jeu, ou …

Un chat un chat

Je lui dis qu’on trouvera un endroit à notre goût sur la place des Halles : j’ai souvenir d’un déjeuner, ici, avec R. et sa collègue, et d’une foultitude de restaurants alentour. Je joue à celui qui a ses habitudes : « On sera tranquilles, à l’écart du flux. » Oui, mais c’est lundi et c’est août, alors tout …

Que faire de lui ? Rien, bien sûr

Bien sûr, on a de la sympathie pour les animaux. Là, ce sont six chevaux brossés, peignés, chouchoutés, harnachés. Il y a des calèches à côté, je suppose qu’on les attellera deux par deux. Ça fait plaisir, et ce n’est pas anachronique dans ce décor désuet (je n’ai pas dit : vieillot), dans son jus (je …

Un délicieux polygone, irrégulier sans aucun doute

Quarante-huit heures (et même plus, car je reçois encore un texto le troisième jour pour me dire : « On s’appelle ? ») — soixante-douze heures, donc, pour débriefer une soirée qui a duré, quoi ? cinq heures peut-être. Cinq heures d’une densité extrême, où rien n’était prévu : ça a commencé par une rencontre, sans rendez-vous. Plus tard, je résumerai …

Je suis pris à mon propre (et doux) piège

À la radio, un vieux critique de cinéma, qui l’avait vu à sa sortie il y a cinquante ans, dit que le Paris qu’on voit dans ce film1 n’existe plus : l’hôpital Laennec où travaille Veronika a été vendu au milliardaire Pinault et, surtout, il est impossible d’imaginer aujourd’hui que des jeunes gens pauvres passent leurs …

Je suis l’un de ces adultes : visible et fier

Je ne suis pas étonné de reconnaître des visages familiers : ici, se sont donné rendez-vous des personnes qui se ressemblent, qui me ressemblent. Non, il ne s’agit pas vraiment de ça. Plutôt : bien que tous et toutes différent·es, nous nous identifions à un même monde (idéal) où la diversité est joyeuse et célébrée. Nous sommes …

Ce qu’on espère en littérature, autant qu’en amour

C’est encore une idée de Guillaume. « J’étais parmi les grandes tiges » : ça commence comme ça. Notre narrateur déambule dans les allées du Jardiland en quête d’amour. Non. À la recherche d’une plante grimpante. Mais les deux ne sont pas incompatibles. Il sera accueilli par Blaise, vendeur spécialisé en végétaux d’extérieur. Blaise est terriblement séduisant, bien …

Il a fallu une pose longue

Il veut refaire la photo parce que, l’autre jour, il a dû garder l’appareil ouvert longtemps à cause de la lumière moche (un spot unique fait tomber du plafond une douche blafarde). Résultat : je suis flou. Cette fois, il a emporté son pied pour travailler dans de meilleures conditions. Je dis : « Ça évitera que tu …

On rêve de la coquecigrue, de la licorne

Quand on parle de lui, les yeux brillent, le sourire hésite : on se demande s’il faut faire semblant d’y croire (passer pour un naïf) ou l’évoquer avec détachement (au risque de l’ironie) : « J’aime me bercer d’histoires, mais je ne suis pas dupe. » Le goût du mythe. On parle de lui comme on parle du yéti …