Dans la vie

par Antonin Crenn

J’ai rencontré quelqu’un qui porte le même prénom que le personnage avec lequel je vis en ce moment. Je ne savais pas qu’il portait ce prénom-là, avant qu’il me le dise, parce que je l’ai connu sous un pseudo. C’est au bout d’une heure que nous parlions, au café, qu’il m’a expliqué que son vrai prénom (celui que lui donnent ses amis, sa famille), c’en est un autre. Et moi, bêtement, je lui ai posé la question qui est systématiquement posée à mon personnage au sujet de son prénom (et qu’on lui pose, à lui aussi, à chaque fois : il me l’a fait remarquer). J’ai réalisé alors deux choses : 1. que l’idée que j’ai eue de cette réplique (dans mon récit) n’est pas originale ; 2. qu’elle est crédible, puisqu’elle existe dans la vie.

Le samedi précédent, c’était R. qui me scotchait avec une réflexion qui lui était venue, à propos des personnes qui ont disparu et qui, tant qu’on pense à elles, sont tout de même présentes et font partie de la vie. Ça ressemble drôlement au sujet sur lequel j’écris. Là aussi, je me suis dit : 1. que l’idée n’était pas neuve (je m’en doutais, évidemment) ; 2. que la manière dont R. la formulait, c’était exactement la manière dont je voulais qu’on l’éprouve en me lisant. Et le truc qui m’a scotché, c’est que R. est un enfant. Comme moi, finalement (c’est-à-dire, comme le personnage qui n’est pas moi, mais dont ceux qui me connaissent penseront que c’est moi quand ils me liront ; je me comprends).