Liste : livres lus en janvier 2021

Tom Spanbauer. Dans la ville des chasseurs solitaires.
Anouk Ricard. Planplan culcul.
Olivier Texier. Bite Fighter.
Ferdinando Camon. Apothéose.
Ocean Vuong. Un bref instant de splendeur.
Benjamin Adam et Thomas Cadène. Soon.
Marguerite Yourcenar. Les songes et les sorts.
Oscar Coop-Phane. Morceaux cassés d’une chose.
Hubert et Zanzim. Peau d’homme.
Charles-Louis Philippe. Le père Perdrix (préface de Jean Vaudal).

Liste : livres lus en décembre 2020

Mathieu Riboulet. Le regard de la source.
Patrick Autréaux. Les irréguliers.
Florentine Rey. Le bûcher sera doux.
Charlotte Monégier. Le petit peuple des nuages.
Alain Blottière. Azur noir.
Isabelle Flaten. Les deux mariages de Lenka.
Jean Vaudal. Un démon secret (relu).
Daniel Mendelsohn. Une odyssée.
Anne Savelli. Fenêtres, Open space.

Liste : livres lus en novembre 2020

Benoît Artige. Madeleine lit.
Patrick Autréaux. Le dedans des choses.
Jules Romains. Knock.
Séverine Chevalier. Les mauvaises.
Benoît Vincent. Farigoule Bastard.
Emil Ferris. Moi, ce que j’aime, c’est les monstres.
Antoine Choplin. Le héron de Guernica.
Rémi Giordano. Malamour.
Alain Blottière. Le tombeau de Tommy.
Jean-Marc Flahaut. Je n’aime pas les ateliers d’écriture.
Henri Calet. Jeunesses.

Liste : livres lus en septembre 2020

Marcelline Roux. Lettre ouverte aux pierres des poches de Virginia Woolf.
Timothé Le Boucher. Dans les vestiaires.
Sylvain Prudhomme. Légende.
Éric Arlix. Golden Hello.
Nicolas Petit. Le petit amant de Marseille.
Lewis Trondheim. Un peu d’amour.
Valérie Brantôme. Lettre ouverte au passant du cimetière.
Emmanuel Ruben. Terminus Schengen.
Tove Jansson. Moomin et les brigands.
Reinaldo Arenas. Le portier.
Pascal Adam. Lettre ouverte à l’intendant du domaine.
Lou Sarabadzic. Notre vie n’est que mouvement.

Liste : livres lus en août 2020

Michel Butor. L’emploi du temps.
René Frégni. Sous la ville rouge.
Taiyou Matsumoto. Sunny 2, 3, 4, 5 et 6.
Jean Forton. La cendre aux yeux.
Marcel Aymé. Le passe-muraille.
Patrick Autréaux. Dans la vallée des larmes.
Patrick Autréaux. Soigner.
Henry Miller. Le colosse de Maroussi.

Liste : livres lus en juin 2020

Clémentine Mélois. Cent titres.
Christophe Grossi. Va-t’en, va-t’en, c’est mieux pour tout le monde.
Arlette Farge. Le goût de l’archive.
Éric Pessan. Photos de famille.
Pierre Dalle Nogare. La mort assise.
Daniel Mendelsohn. L’étreinte fugitive.
Édouard Levé. Autoportrait.
Jean Malrieu. Lettres à Jean-Noël Agostini.
Peter Szendy. Écoute. Une histoire de nos oreilles.
Mathieu Riboulet. L’amant des morts.

Liste : lectures de mai 2020

Georges Perec. La boutique obscure.
Marcel Proust. Le côté de Guermantes.
Boris Vian. Vercoquin et le plancton.
Daniel Bourrion. Des étés Camembert.
Yves Ravey. Trois jours chez ma tante.
Hugo Boris. Le courage des autres.
Taiyou Matsumoto. Sunny, 1.
Jérôme Orsoni. Le feu est la flamme du feu.
Hervé Duphot. Le jardin de Rose.
Marc Pautrel. L’homme pacifique.
Josef Winkler. Natura morta.
Pochep. La Battemobile.
Paul Eugène Poinot. Je vois le monde entier.

Je ne crois pas que je volais, j’étais en suspension

La grande librairie Boulinier du boulevard Saint-Michel va fermer. Ou alors : elle vient de fermer. Dans le journal, on précise que ce bâtiment est familier des employés de l’Assemblée nationale, ou d’un ministère quelconque, puisqu’il accueillait la cantine de cette administration avant de devenir la librairie. Nous nous rendons sur place pour visiter le bâtiment désaffecté : une grande halle industrielle du XIXe siècle, au charme fou. En parcourant les étages, on s’aperçoit qu’il n’est pas entièrement vide. Au contraire, il semble qu’il est prêt à recevoir, à nouveau, des travailleurs pour déjeuner : les tables sont mises. Je fais remarquer à J.-E. que les chaises sont très proches les unes des autres ; j’ignore si cette remarque m’est inspirée par le contexte de « distanciation sociale » ou par autre chose, mais, en fait, les sièges ne sont pas plus proches que dans n’importe quel restaurant. Les travaux ne sont pas terminés : nous marchons sur de grandes plaques de bois aggloméré, comme celles qu’on pose sur les trous du trottoir quand il y a des travaux de voirie. On voit dans les interstices : à l’étage inférieur, d’autres tables. Sur les murs sont affichés des plans d’architecte : ça m’intéresse beaucoup. Je les observe en détail, essayant de me repérer dans l’espace (tout le quartier est dessiné). J’identifie les noms des rues (on est maintenant dans le faubourg Saint-Germain, ce qui est logique avec cette histoire de ministère). Les bâtiments sont représentés en rouge ou en jaune. Je me creuse la tête, et je finis par comprendre la signification de ces couleurs. Elles signalent : en rouge, les bâtiments qui appartiennent entièrement au groupe LVMH (dont le nôtre fait partie) et, en jaune, ceux dont le sous-sol uniquement lui appartient. J’explique ça à J.-E. : « Ils achètent les caves des bâtiments voisins pour créer une continuité entre leurs immeubles, afin qu’on puisse passer de l’un à l’autre, par les souterrains, sans jamais quitter leur domaine. » Il me rappelle alors que, récemment, nous avions visité un musée au Trocadéro, puis nous avions emprunté un système de couloirs (comme le souterrain qui relie les deux musées, sous la place du Capitole), si bien que nous étions ressortis dans une rue, très loin de notre point d’entrée. Le lieu qu’il décrit n’existe pas dans le Paris réel ; nous n’évoquons pas cette autre expérience, vécue quant à elle, qui a forcément servi de modèle à mon rêve : on peut désormais entrer dans un immeuble de la rue du Plâtre, en sortir par la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, puis entrer dans un autre, traverser le square du même nom, et rebelote vers la rue de la Verrerie, pour ressortir d’un quatrième bloc par la rue de Rivoli, c’est-à-dire : parcourir trois cents mètres sans quitter le domaine immobilier du groupe BHV Galeries Lafayette. Je poursuis l’exploration du bâtiment, véritablement immense. L’espace est un peu modifié : c’est une halle très lumineuse, comme la halle Freyssinet avant qu’elle soit cloisonnée. Il me semble que je suis seul désormais. Un escalier monumental s’ouvre devant moi. Je m’apprête à le descendre ; à ce moment, quelque chose de spécial se produit. Il faut que j’interrompe ce récit pour l’expliquer.

Hier soir, juste avant la nuit de ce rêve, j’ai lu une nouvelle de Jérôme Orsoni, « Dans le nuage de brume ».

« Je sais simplement que je m’étais soudain trouvé dans un nuage. Et pas seulement la tête, non, le corps tout entier. Pourtant, j’avais les pieds sur terre. Et même si je ne les voyais plus, mes pieds, je ne crois pas que je volais. J’étais en suspension. Avais-je les pieds sur terre ? Peut-être pas. Dans le nuage qui avait fini par m’envelopper tout à fait, ensuite, j’ai suivi la direction qu’il prenait, insensiblement. Le nuage de brume ne m’emportait pas avec lui. On aurait dit plutôt – c’est ce que moi, du moins, j’aurais dit si je m’étais vu de l’extérieur – que c’était moi qui lui conférais son mouvement. »

Jérôme Orsoni, Le feu est la flamme du feu

Ces phrases m’ont énormément troublé. J’ai eu la sensation (non : la certitude) qu’elles décrivaient précisément un mouvement qui m’était familier, habituel. Pourtant, j’ai utilisé moi-même des métaphores comparables (au sujet d’un de mes personnages, j’ai écrit qu’il se déplaçait « sur une nappe d’air, sans toucher le sol ») sans ressentir jamais le même trouble. Là, pendant ma lecture, j’ai reconnu une façon de me déplacer que je pratique souvent. Je m’élève très légèrement au-dessus du sol (de vingt centimètres, pas plus) et j’agite mes jambes en rythme, comme pour une marche cadencée : ce mouvement, pourvu qu’il reste bien régulier, suffit à me déplacer, sans que j’aie besoin de me poser par terre à nouveau. Je parcours des distances importantes de cette façon-là. Après avoir lu cette nouvelle, j’ai cherché dans quelles circonstances exactement j’avais exercé cette habitude, car, tout de même, je me rendais bien compte que ça n’était pas banal. J’étais perturbé de ne pas réussir à retrouver le décor, le moment, le contexte. Impossible de me souvenir, parce que ce mouvement est naturel, pour moi. Essayez de vous rappeler en quelle circonstance vous avez expérimenté la marche à pied, par exemple : impossible, car cela fait tellement partie de vous… Vous savez que vous le faites, mais vous ne savez pas pourquoi ni comment. Bon. Alors je me suis rendu à l’évidence : je fais ça souvent. Vraiment ? C’est tout de même bizarre… J’ai réfléchi encore, et j’ai compris : ce doit être dans les rêves que je fais ça.

Dans mon rêve, donc : je visite ce bâtiment industriel. Un immense escalier plonge devant moi. Ce n’est pas un parcours très agréable : dégringoler toutes ces marches, une par une… Je me dis : voilà l’occasion idéale pour pratiquer ma façon de marcher en l’air, puisqu’il paraît que je ne peux faire ça que dans les rêves… Alors, je commence : j’ouvre et ferme mes jambes comme on actionne des ciseaux, comme le vol stationnaire du colibri, de manière à me maintenir en suspension, quelques centimètres au-dessus du plancher. Puis, j’avance. L’escalier descend, moi je reste en l’air. J’avance encore, en réduisant mon altitude, peu à peu, afin de me maintenir à égale distance des marches. Je descends l’escalier à ma façon.