Liste : livres lus en décembre 2021

Leslie Kaplan. Mathias et la Révolution.
Georges Bataille. L’impossible.
René Crevel & Max Ernst. Monsieur Couteau, mademoiselle Fourchette.
Nicolas Petit. Carnets de Pavie.
Denis Belloc. Le Petit Parmentier.
Fanny Garin. La porte de La Chapelle.
Pierric Bailly. L’homme des bois.
Violaine Bérot. Comme des bêtes.
François Durif. Vide sanitaire.
Marine Baousson & Juliette Poney. Vulgaire.

Liste : livres lus en novembre 2021

Lucie Taïeb. Les échappées.
Jean-Claude Leroy. Lettre ouverte (longtemps réservée) à un éditeur noyé en poésie et dans son sang.
Émile Bravo. Spirou, l’espoir malgré tout, première et deuxième parties.
Camille Ruiz. Perdre Claire.
Raymond Guérin. L’apprenti.
François Durif. Journal de résidence, bilan de compétences.
Marie Cosnay. Comètes et Perdrix.
Zidrou & Frank Pé. La bête, 1.
François Le Lionnais. La peinture à Dora.
Anne Savelli. Des oloés.
Henri Calet. Contre l’oubli.
Fabcaro. Et si l’amour c’était aimer ?
Paul Auster. La chambre dérobée (traduction de Pierre Furlan).
Antoine Idier. Dissidanse rose, fragments de vies homosexuelles à Lyon dans les années 70.
Patrice Luchet. La rentrée de tout un peuple.
Pierre Herbart. Le rôdeur (relu).
Pierre Herbart. L’âge d’or (relu).

Liste : livres lus en octobre 2021

Collectif. Paris 1910–1937, promenades dans les collections Albert-Kahn.
Larry Tremblay. Tableau final de l’amour.
Manu Larcenet. Ce qui se conçoit bien.
Fabrizia Ramondino. Retours (traduction de Emanuela Schiano di Pepe).
André Bucher. Le pays qui vient de loin.
Mélanie Baranger, Matthieu Bélot, Ève Bilodeau, Alex Grand, Julie Mougenot, Marie Neumann, Rodolphe Perez. Nos cœurs allégés.
Eiichirō Oda. One Piece, tome 1.

Liste : livres lus en septembre 2021

Christophe Bagonneau. À contre-jour, la nuit.
Revue L’Arc. Georges Perec.
Julien Thèves. Les rues bleues.
René Frégni. Elle danse dans le noir.
Hélène Bessette. Le bonheur de la nuit.
Virginia Woolf. Des fantômes sous les arbres (traduction de Christine Jeanney).
Myriam OH (Ould-Hamouda). Scènes d’intérieur sans vis-à-vis.
Roberto Bolaño. Un petit roman lumpen.
Mathieu Riboulet. Un sentiment océanique.
Rebecca Gisler. D’oncle.
Anne Savelli. Décor Lafayette.
Quentin Leclerc. Rivage au rapport.
Manu Larcenet. L’étoile qui danse.

Liste : livres lus en juillet 2021

Édouard Peisson. Hans le marin.
Amélie Lucas-Gary & Julien Carreyn. Trois crimes.
Georges Perec. L’attentat de Sarajevo.
Rim Battal. Latex.
Régis Revenin. Homosexualité et prostitution masculine à Paris, 1870–1918.
Alban Robin. Contes coquins / contes cucul.
Virginia Woolf. Orlando.
Michel Chomarat & Julien Adelaere. Tombeau pour Pier Paolo Pasolini.
Georges Eekhoud. Escal-Vigor.
Mathieu Riboulet. Le corps des anges.
Mathieu Simonet. Barbe rose.
Anne Serre. Grande tiqueté.
Mickaël Bertrand (et autres). La déportation pour motif d’homosexualité en France.

Liste : livres lus en juin 2021

Louis Aragon. Anicet ou le panorama, roman.
Raymond Queneau. Le vol d’Icare.
Michèle Audin. Oublier Clémence.
Michèle Audin. Cent vingt et un jours.
Thomas Cadène & seize dessinateurs. Les autres gens, 1.
Jérôme Poloczek. Presque poèmes.
Julien Thèves. Le pays d’où l’on ne revient jamais.
Vladimir Nabokov. La défense Loujine.
Riad Sattouf. L’Arabe du futur, 2.

Liste : livres lus en mai 2021

Violette Leduc. L’asphyxie.
Georges Perec. Beaux présents, belles absentes.
W. G. Sebald. Vertiges.
Victor Hugo. Hernani.
Georges Perec. Penser/Classer (relu).
Morris & René Goscinny. Les rivaux de Painful Gulch (relu).
Collectif (textes réunis par Philippe Éthuin). Demain, la Commune !
Élodie Petit & Marguerin Le Louvier. Anthologie douteuses.
Hélène Bessette. La grande balade.
Jules Romains. Les copains.
Guillaume Marie. Exposition de reptiles vivants.
Démosthènes Davvetas. Histoire de personne.
Pochep & Jérémie Foa. Sacrées guerres.

J’ai envie de prendre le train pour une ville que je ne visiterai pas

Je n’ai jamais été en Espagne. C’est comme ça. Je ne m’en plains pas. J’ai été chez Book Off ce matin parce que la Petite Rockette est fermée ; les deux sont équidistants de chez moi, mais dans des directions opposées ; le livre que je voulais se trouve n’importe où ; et même, en plusieurs éditions ; alors j’ai pris la moins moche ; j’ai acheté Hernani. Je n’ai jamais lu Hernani. C’est comme ça. Je ne me jette pas pas la pierre. Je le connais seulement de nom, bien sûr, à cause de la « bataille d’Hernani ». Je voudrais savoir de quoi ça cause parce que, dans ma Rue des Batailles, je crois qu’une coïncidence va avoir lieu.

Je ne rêve pas d’aller en Espagne, puisque je n’y suis jamais allé et que, en ce moment, j’ai juste envie des lieux que j’ai aimés. Je voudrais retourner avec J.-E. sur une île bretonne : on ne verrait personne, sinon la mer. J’aimerais aller dans le Lot et parcourir avec lui tous les chemins que nous connaissons par cœur autour de Saint-Céré : seuls au monde sur le causse. À Saint-Céré, le soir, nous verrions nos amis. On ferait même un détour par Montauban. Je voudrais aussi retourner en Vendée. J’imagine faire un crochet par Nantes pour boire des verres avec des copains et rencontrer, peut-être, les copains des copains. Je me dis même : pourquoi pas Tours ? Pourquoi pas Bruxelles ? Je suis allé à Bruxelles en touriste et en amoureux, il y a longtemps, c’était le cadeau d’anniversaire de J.-E. pour mes dix-neuf ans ; depuis, j’ai rencontré des gens qui habitent là-bas ; il y a J. qui m’a dit cent fois qu’il y avait de la place pour moi, chez lui ; et il a déjà dormi chez moi, lui. J’ai envie de dormir sur des canapés ou dans des chambres d’amis. J’ai envie de soirées qui se terminent par : « C’est ici que tu dors. » Je me souviens de Poitiers, puis de Lille : pendant quelques années, à chaque fois que j’allais voir R., je dormais dans un lieu différent ; il déménageait tout le temps ; je vivais avec ses colocs le temps d’un weekend ; une fois, ce n’est même pas chez lui que j’ai dormi, car on avait passé la nuit chez d’autres gens ; il y a donc un de ses appartements que je n’ai pas connu, ou seulement en coup de vent, avant de reprendre mon train. J’ai envie de prendre le train pour une ville que je ne visiterai pas : être accueilli à la gare par un sourire ami, être content d’errer sans but en parlant de tout et de n’importe quoi.

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Écrire un roman sur un sujet romanesque

Je ne cherche pas les disparus à tout prix, je tombe dessus sans le faire exprès. Je veux seulement parler de ce qui est — de ce qui a été. Je ne force pas le trait (non pas à cause de la peur d’être jugé par les autres, mais par moi-même : pour ne pas pouvoir m’accuser de malhonnêteté, pour croire en ce que je fais). C’est pourquoi je m’accroche aux archives pour écrire Rue des Batailles : ces hommes qui disparaissent, ça me semble exagéré, mais les archives me disent que ça a été. Les gens qui meurent jeunes, aussi : ça a été. C’est écrit. Dans les cimetières, en lisant les dates sur les tombes, j’éprouve une compassion immédiate pour les morts jeunes, et je remarque les centenaires, tandis que les morts vieux-mais-pas-très-vieux ne m’inspirent pas de sentiment particulier : il me faudrait connaître ces personnes pour m’émouvoir. Je ne connais pas non plus, pourtant, ces jeunes et ces centenaires ; je leur prête un destin à cause de leurs seules dates. Je les catalogue. Ils deviennent des archétypes ou des stéréotypes. Ils rentrent dans des cases. C’est affreusement réducteur. Mais les autres, ceux qui ne racontent pas d’histoire ? Vaut-il mieux être un stéréotype, ou rien du tout ? Exister pour ce qu’on n’est pas, ou se faire oublier ? Quand les dates ne racontent rien, il faut creuser dans les vies pour trouver quelque chose — le miroir dans lequel se reconnaître. Mais si le sujet est déjà spectaculaire, je dois veiller à creuser quand même, au-delà des clichés. Rue des Batailles, c’est la disparition de Jules — inexpliquée. À trente ans, il échappe aux radars. On ne sait pas s’il est mort. C’est romanesque — c’est ce qui m’attire et m’effraie à la fois : écrire un roman sur un sujet romanesque.

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