Escamotée par les circonstances

Je ne reconnais pas le restaurant Voyenne. Sur quel côté de la place Voltaire se trouve-t-il ? Je le cherche dans mon annuaire téléphonique de 1930 : il n’existe plus (la photo, elle, date de 1918). Je connais un bâtiment un peu semblable au coin de l’avenue Parmentier (le rez-de-chaussée surélevé, les garde-corps en pierre). Je vérifie sur Google Street View : oui, c’est cet immeuble-là. Mais il a changé. Je comprends qu’on lui a ajouté trois étages, pendant le siècle écoulé. Surtout, la petite dépendance à sa droite, par laquelle on entre au restaurant (la charmante marquise) : elle a disparu. La rue Camille-Desmoulins est passée en travers (mais légèrement de biais, pour contourner et préserver la partie noble de l’édifice). Bon. Maintenant, il faut que je vous dise : la plus grande différence entre ces deux images, ce n’est pas ça. Sur l’autochrome de la collection Albert-Kahn, un cheval patiente, attelé à sa voiture ; sur Street View, un mec déboule, torse nu, en trottinette électrique de location.

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Ils portent le nom de ce qu’ils sont

Je suis comme Théo dans Les présents : j’aime que les lieux portent le nom de ce qu’ils sont, ou de ce qu’ils ont été. La rue de l’Ancienne-Voie-de-Chemin-de-Fer, ça me cause. Ce n’est pas subtil, mais ça dit que ce que ça veut dire : ici, autrefois, passait la ligne qui menait à Plougoulm et, au-delà, à Plouescat. On longe les champs d’artichauts, c’est une sorte de pèlerinage. Vous pourrez me dire : « Ce n’est pas toi qui ressemble à Théo, mais l’inverse : ton personnage est à ton image. » Vous aurez raison, mais un peu tort aussi. Car aujourd’hui, c’est moi qui fais ce voyage, après qu’il l’a fait dans mon livre : je suis venu voir si des fantômes peuplent ces lieux où je n’ai jamais mis les pieds que par l’imagination.

La rue de Plouescat longe l’ancienne voie ferrée qui menait à Plouescat : c’est logique. Un de mes aïeux était garde-barrière ; quand il est mort à Paris en 1957, on a écrit sur son acte de décès : « domicilié au 46, rue de Plouescat à Saint-Pol-de-Léon ». Je dis à J.-E. : « Les trains passaient au fond de son jardin : tu parles d’une retraite, il gardait la tête dans les trains, boulot ou pas boulot. » On suit les numéros : 54, 52, 50, 48… et puis, d’un coup : 44 et 42. Le 46 que nous cherchons n’existe pas. Moi, ça me fait rigoler. Exactement le même coup que cet autre ancêtre que j’avais cherché au columbarium du Père-Lachaise : sa case était manquante. Et puis cet autre que j’avais cherché aux archives : le registre avait disparu. Et j’ai pensé à cette autre maison manquante, forcément. On n’en sort pas.

On n’a pas trouvé de maison, mais on a trouvé des gens. Ils étaient curieux, ils étaient chaleureux, ils étaient généreux : c’était encore mieux. Tant pis pour la maison fantôme, tant mieux pour les vivants.

Ça commençait à taper dans mon crâne, je sentais la douleur monter, je craignais qu’elle s’installe. J’ai dit à J.-E. : « Il me faut vite un café. » On a même cherché une pharmacie : il y a toujours une pharmacie quelque part. Eh bien, croyez-le ou non, mais dans cette ville désertée, il n’y a même pas ça. Alors on a visité la cathédrale, ça ne pouvait pas nous faire de mal.

Les boîtes à crânes, ce sont des boîtes qui contiennent – devinez quoi. J’aime que les choses portent le nom de ce qu’elles sont. Je les ai toutes regardées, en déchiffrant les noms. J’aurais pu tomber sur le mien, car c’est un nom courant dans le pays. J’aurais trouvé rigolo que la tête d’un ancêtre à moi se trouve là-dedans, au frais dans la cathédrale. Ça m’a vachement intéressé. J’ai pensé aux têtes des autres et, l’air de rien, j’ai cessé de penser à la mienne. Je n’avais plus mal. Est-ce que ça a un rapport ? Un ex-voto qui s’ignore, une prière involontaire. L’autre soir, G. m’a expliqué qu’il s’était couché dans un pré où les forces telluriques profitent à la santé des vaches : depuis, il se porte comme un charme. On dit que saint Pol a terrassé le dragon de l’île de Batz, alors pourquoi pas mon mal de tête ?

On a vu la gare désaffectée, on a marché sur le tracé du chemin de fer en direction de Morlaix. Les rails étaient les mêmes que du temps de mon ancêtre garde-barrière. Les boulons sont rouillés, à peine. On pose les pieds sur les traverses, en rythme : J.-E. trouve que ça nous donne une bonne allure, régulière, surtout pas trop rapide. On progresse ainsi, lentement, sûrement, remontant le temps sans le brusquer. La ligne est bordée d’une venelle qui s’appelle : venelle de la Petite-Vitesse. Je suis comme Théo dans Les présents : j’aime que les lieux portent le nom de ce qu’ils sont – etc.

Un vrai fantôme

Nouvelle lecture des Présents. Je relis ce passage :

« Ce garçon radieux au pas leste, il apparaît dans la vie de Théo à certains moments de son existence, puis disparaît : Théo aime ce garçon, sa présence lui est indispensable. »

Je coupe « à certains moments de son existence », qui est inutile. On a déjà compris : il n’apparaît pas n’importe quand, cet ami. Il est là quand on a besoin de lui, puis hop, il s’éclipse.

Samedi soir, c’est ce que disait le garçon dans ce film : « Il est là quand j’ai besoin de lui. » C’était au Mk2 Nation – le cinéma de mon enfance, démoli puis reconstruit, que nous découvrions dans sa nouvelle forme (il ne reste rien de l’ancien, mais de toute façon je ne me souvenais pas de grand-chose, sinon des visages des adultes qui m’accompagnaient alors, devenus fantômes) – et c’était pour voir Un vrai bonhomme. J’avais décidé d’avance que je serais ému par ce film et ça n’a pas manqué. « Il est là quand j’ai besoin de lui », dit le garçon à propos de son frère mort. Le beau gars, avec son sourire qui tue, qui prend son petit frère par la main – non : qui le pousse dans le dos – pour l’aider à garder cet équilibre fragile qui nous tient en vie. Il lui montre le chemin. Qu’il soit un revenant véritable, ou bien une hallucination du garçon vivant, ou encore le produit de son imagination (une survivance des amis imaginaires de l’enfance, auxquels se seraient superposés les traits du frère), peu importe. Pour le garçon vivant, ce grand frère existe très fort, même s’il sait qu’il n’existe pas, qu’il n’existe plus. Il traîne son fantôme – non : pas comme on traîne un boulet. Son fantôme l’entraîne, dans tous les sens du terme. L’entraîne à sa suite vers une vie plus forte, plus belle ; l’entraîne à faire ces gestes qu’il ignore encore et qui l’aideront à tenir.

Si j’avais écrit ce film, il aurait été moins chronologique. Et j’aurais fait des coupes. La scène de l’accident, réinventée par le cerveau du survivant (la fiction : stratégie vitale) était parfaite. Pourquoi la rejouer ensuite dans sa version « véritablement vraie » ? Quant au cimetière (n’est-ce pas le cimetière de Clamart, présent aussi dans cet autre film ?), le seul fait d’en parcourir les allées était suffisant : avait-on besoin de voir la tombe du frère ? J’aurais pu écrire dans les marges du scénario, comme Guillaume dans les marges des Présents : « C’est trop explicite : le lecteur avait déjà compris, fais-lui confiance ». Il y a des subtilités, dans ce film : il nous montre qu’il est capable de finesses. Cette scène d’humiliation dans les vestiaires (on a piqué les fringues du garçon) : le corps nu, qu’il s’agit d’assumer, de revendiquer (la fierté pour survivre à la honte) arbore une cicatrice immense : celle de l’accident, sans doute. Ce n’est pas le sujet de la scène (la nudité est déjà un sujet en soi, difficile, quand bien même le corps est intact) – mais la cicatrice est tout de même, sans besoin de la souligner par le dialogue. Une marque bien réelle, visible, gravée dans une chair plus palpable que celle du grand frère présent derrière – lui, invisible des autres, le frère mort. Il dit, le frère : « Comment tu ferais, sans moi ? »

Mais il a cette chance, le scénariste du film : s’il s’autorise une faiblesse, les acteurs pourront la rattraper. Ils sont très bons. L’ai-je déjà dit ? j’étais ému, plusieurs fois. Moi, quand j’écris, je n’ai pas les visages de ces deux garçons pour interpréter mes mots : ce sont mes mots qui décrivent les visages. Je me débrouille tout seul. Enfin presque : je me fais un peu aider. J’ai renvoyé Les présents à Guillaume ce matin.

J’ai vu le miroir

L’enfant, dès qu’il aperçoit une silhouette dans la campagne, au-delà du jardin de cette maison perdue, se dit : C’est peut-être mon père qui revient. Le père n’est plus là. On ne sait pas s’il est mort ou s’il est parti. Et, s’il est parti, on ne sait pas si c’est pour toujours, ou s’il s’est seulement absenté pour quelques années. La première fois qu’apparaît dans le film le visage du père, et son corps en mouvement, c’est dans un rêve de l’enfant. L’enfant grandit, dans la chronologie bousculée du film : des boucles se répètent, on vient puiser dans le passé, dans les souvenirs, dans les rêves et les mirages. Parfois, en voix off, on entend des poèmes. Ce sont des poèmes écrits par le père, prononcés par sa propre voix. Il a disparu, mais ses mots sont présents – il est présent. Le plus souvent, la voix off est celle du narrateur. Le narrateur s’appelle Aliocha ; il a un fils : Ignat. Les deux enfants ont le même visage, le même corps en mouvement, car ils sont joués par le même acteur. Deux femmes ont le même visage, aussi, à deux époques différentes, alors qu’elles n’ont pas de lien de parenté. Et une jeune fille rousse, et un jeune garçon aux taches de rousseur. Quant au narrateur adulte, on ne voit pas son visage. Des motifs reviennent, des gestes sont répétés, comme des refrains. On ne sait pas d’où viennent ces images, mais on ne peut faire autre chose que de remarquer leur récurrence, les observer avec ferveur, car nous adoptons le regard du personnage. Un bout de son corps, seulement, est montré : quand il est au lit, à l’âge adulte, malade (ressouvenir de la maladie d’enfance, la toux, le coup de froid), on voit son bras. Sa main. Une intimité resserrée (l’oiseau niché dans la chaleur de la paume), un refuge dans ce vieil appartement trop grand où apparaissent, aux yeux du fils, les fantômes de personnes qu’il n’a pas connues – et que nous, spectateurs, ne connaissons pas non plus. Des fantômes coincés dans le passé ou dans le fantasme, ou dans les deux à la fois, chevillés solidement au plancher de cet appartement-là. Et le gosse, à qui « il faudrait parler », dit la mère, parce qu’il recommence à s’obséder : il pense à l’Espagne, et on ne sait pas pourquoi. Des images de la guerre civile, de l’exode des réfugiés républicains, de l’histoire avec une grande hache, apparaissent sur l’écran. Elles se glissent entre celles du récit intime, entre les images de la toute petite histoire née dans nos têtes, de l’histoire immense de nos peurs et de nos souvenirs.

Au cinéma, j’ai vu Le miroir de Tarkovski. J’y ai vu ça – alors qu’il y a tant d’autres choses à y voir, sans doute. Mais j’y ai vu, moi, ce qui est déjà dans ma tête. Ce que j’ai mis dans Les présents et ce que je mettrai dans d’autres textes encore. Ce film m’a parlé de moi. Aux autres, subjugués comme moi dans l’obscurité de la salle, il leur a parlé d’eux. Différemment. Un miroir, une mise en abyme du miroir (et le cinéma s’appelle : Le Reflet). Le dernier plan, fascinant de précision et de flou : chaque seconde est composée, chaque millimètre est à sa place (le soleil qui tombe exactement au bon endroit à la fin du travelling) – et les réponses qu’il ne donne pas. Et même, la question de plus, qu’il pose au tout dernier moment. Quel est ce cri de guerre, ce hululement de l’enfant, ce déchirement ?

L’eau douce et l’eau salée

J.-E. trouve que l’eau du robinet a un goût. Et nous en buvons beaucoup, de l’eau, et nous en suons presque autant, parce qu’il fait chaud. Une douce chaleur. Rien de commun avec les 45 degrés parisiens qui nous brûlaient comme l’enfer, il y a un mois à peine. Plutôt cette atmosphère chaude et bleue à la fois, qui baigne l’île et la mer alentour. Les premier, deuxième, troisième plans de l’image qui s’enfoncent progressivement dans cette douceur bleue, dans cette densité de l’air qui nous montre sa couleur : un bleu, oui, mais chaud, absolument.

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Les fantômes ont des doigts

Normalement, je ne suis pas fétichiste. J’ai acheté ce livre, d’abord, parce qu’il m’intéressait et qu’il était vendu à un prix normal. Le fait qu’il soit dédicacé par Pierre Herbart a seulement déclenché cette impulsion qui fait la différence : cette bonne raison que j’attends pour acheter un livre particulier, plutôt que les dix autres qui m’appellent du même cri strident. Je ne fais jamais la queue pour obtenir une signature de mes écrivains préférés (mais, puis-je l’avouer ? allez, oui : devant mes écrivains préférés, il n’y a pas souvent la queue) et on ne me verra pas courir les boutiques d’antiquités pour maniaques d’autographe. Mais là, la chose s’est présentée à moi, c’était juste naturel.

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Ces fantômes

Ce picotement entre les yeux, derrière, et là où le nez devient le front. C’est ça que je ressens. Je suis dans la rue des Francs-Bourgeois et il fait beau, je me dis que c’est le bon moment pour être ici, dans cette rue, cet endroit qui devient tellement épouvantable quand toutes les boutiques sont ouvertes, quand les touristes-de-masse déferlent. C’est vendredi matin. Il y a des touristes sympathiques, seulement. Pas encore les autres. Il y a des femmes de soixante, soixante-cinq ans, qui se promènent par deux ou trois : elles habitent en banlieue et ne connaissent pas Paris aussi bien qu’on pourrait le croire, elles sont de jeunes-retraitées-en-pleine-forme et font une sortie entre copines. Moi, je pense à ma mère. Qui a été retraitée pendant quelques mois et qui suivait assidûment les cours de l’université libre de Saint-Germain-en-Laye, pour rattraper les études qu’elle n’avait pas faites, mais aussi (je ne saurai pas dire « surtout » : je peux seulement deviner) pour tromper l’ennui, et puis pour le petit café qu’elle prendrait avec sa copine, après, en ville. Ce sont des touristes comme ça, ce matin. C’est pour ça que ça me pique.

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Combien de fantômes

J’étais encore dans mes plans, à me promener. Là, c’était dans le Guide commode de la banlieue de Paris dressé par André Lecomte (38, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, téléphone Turbigo 89-18). La ville où j’ai grandi a pas mal changé, depuis, en particulier sur les bords de Seine qui m’intéressent tout spécialement. J’aurais bien aimé faire ça, comme métier : être le gars qui dessine les lignes sur le fleuve pour signifier le mouvement lent du courant. Quand ils ont construit l’immeuble où j’ai vécu, dans les années 80, ils en ont profité pour changer le nom de l’impasse qui y mène : cité Zapon, ça faisait sans doute trop lotissement pavillonnaire, ça faisait ouvrier, un peu cheap ; ils ont mis hameau Sisley à la place, qui sonne plus distingué, plus villa des happy few, vous voyez ce que je veux dire ? Quand j’étais petit, il restait encore une occurrence de l’expression « cité Zapon » sur l’armoire électrique du parking, à l’entrée de la résidence.

Je n’ai pas souvent l’idée d’utiliser Google maps. Pourtant, je trouve ça fascinant, comme tout le monde – c’est-à-dire effrayant et excitant à la fois. Je viens de vérifier : ce que j’ai toujours appelé « l’impasse » (autrement dit : la cité ou le hameau) n’a toujours pas été visité par la voiture de Streetview. Vous ne pourrez donc pas vous y promener. Dans les autres rues du quartier, on peut. On n’y rencontre pas un chat : dans ces banlieues-là, on reste chez soi, on ne déambule pas. Ah, si : voilà quelqu’un. Comme c’est bizarre. Dans ma rue. Un garçon roux qui transporte une banane.

J’ai toujours eu un faible pour les garçons roux et je ne cherche pas à savoir pourquoi. « Ils » lui ont flouté sa petite gueule de fantôme. Quelques rues plus loin, je vais voir mon lycée. Par curiosité seulement ; en aucun cas par nostalgie. Un endroit sinistre (un parallélépipède rectangle posé sur une cour de béton : une architecture assez typique de prison scolaire). Devant la grille, ce garçon m’adresse un grand geste amical.

C’est trop tard, mec, c’était il y a quinze ans qu’il fallait me faire coucou, pendant ces trois années de lycée où je n’ai jamais été aussi seul de ma vie. Gros malin. Il arrive après la bataille, celui-là. Et puis, d’abord, ce n’est même pas à moi qu’il fait coucou : c’est à la Google car. Les fantômes parlent aux fantômes.

Un coup de fil de J.-E. : il m’appelle de la gare de Bretenoux, son train est en retard et sa correspondance a sauté. « Ils » vont lui trouver un hôtel à Brive. Tu parles d’une tuile. Je suis triste pour lui – et pour moi, parce que j’aurais voulu dormir avec lui. Mais je me rappelle comme, il y a quelques années, j’étais juste paniqué à l’idée de dormir seul : un coup comme celui-ci devait se prévoir, s’organiser, de manière à me laisser le temps de trouver un copain pour sortir avec moi, pour que je rentre tard à la maison sans avoir vu la nuit tomber, et que je me couche seul, certes, mais fatigué. Ce soir, non, je n’éprouve pas cette angoisse. Je ne suis même pas inquiet. Je suis seulement, disons : chiffonné, parce que j’aurais été mieux avec lui que sans lui.

En rentrant à la maison, en préparant mon dîner, j’ai l’idée d’appeler ma mère. Avant, ç’aurait été typiquement le moment idéal pour se téléphoner : la bonne heure (un début de soirée) et la certitude d’avoir du temps devant nous pour parler. Mais ça, c’était avant. J’ai déjà eu la même pensée cet après-midi : ç’aurait été, aussi, un moment idéal et j’ai quasi fait le geste de prendre mon téléphone. Et je me suis arrêté. Il y a donc eu une époque où des circonstances absolument identiques à celles que je vis en ce moment auraient été idéales pour lui téléphoner, et, depuis, tout a changé. Cette époque, je n’arrive pas à comprendre si elle est tellement loin d’aujourd’hui : en distance ou en temps (je crois que c’est un peu la même chose), elle est tout près de moi. Mais, si c’est une distance qui ne se parcourt plus, est-ce que ça a encore du sens de la mesurer ? Il y a un grand mur au milieu, qui arrête mon geste quand je voudrais prendre mon téléphone. Et c’est cela qui a changé.