Je digresse et tu le sais

À G. qui me demande si je serai à la BNF cet après-midi, je réponds oui, mais pas à Tolbiac comme lui, plutôt à Richelieu : « parce que je préfère les ors, les boiseries, le luxe. » Bien sûr, il rebondit : « la luxure. » Mais non, il se trompe, il ne m’arrivera rien de ce genre, car …

La fin de la honte et de la haine de soi

Je comprends facilement les deux premières phrases : « Część ! Jak się masz ? » Il s’adresse à la jument. Mais les mots qu’il prononce après, je suis déjà largué. Il ne reste pas grand-chose de mon polonais — d’autant que je n’ai jamais possédé de cette langue que des bribes : une heure hebdomadaire durant, quoi ? douze semaines ? Le seul …

Une présence unique éclaire la nuit

À l’emplacement de la rue des Batailles, après que toutes les maisons ont été rasées (celle où Jules a vécu, et puis l’usine Cail qui descendait jusqu’à la Seine), alors que la butte de Chaillot était toujours nue (esplanade vide où aucun des monuments envisagés n’a jamais été construit), au beau milieu des décombres du …

Grâce au temps que nous passerons ensemble

Le premier à qui je parle, c’est un gars qui m’aborde derrière la cathédrale, je suis assis sur le parapet de la zone archéologique (du fond de ce trou vingt siècles vous contemplent), j’ai marché depuis la Part-Dieu et avalé un casse-croûte en chemin ; il s’approche, il me dit « vous » une fois ou deux, puis : …

Façon d’être un homme

Le bruit, les gens. Ça semble gai sur la place, dans cette rue, quand on sort de la gare. On se dit : chouette, c’est Jour de fête. On s’imagine dans le village de Jacques Tati, mais en italien, et puisqu’on n’a rien préparé avant notre visite, eh bien, on suit le mouvement. Sur le premier …

Un chat un chat

Je lui dis qu’on trouvera un endroit à notre goût sur la place des Halles : j’ai souvenir d’un déjeuner, ici, avec R. et sa collègue, et d’une foultitude de restaurants alentour. Je joue à celui qui a ses habitudes : « On sera tranquilles, à l’écart du flux. » Oui, mais c’est lundi et c’est août, alors tout …

Que faire de lui ? Rien, bien sûr

Bien sûr, on a de la sympathie pour les animaux. Là, ce sont six chevaux brossés, peignés, chouchoutés, harnachés. Il y a des calèches à côté, je suppose qu’on les attellera deux par deux. Ça fait plaisir, et ce n’est pas anachronique dans ce décor désuet (je n’ai pas dit : vieillot), dans son jus (je …

Vous n’avez donc pas d’état ?

Je n’avais rien compris à ce tableau, je me disais : « On verra bien. » J’ai vu, mais je n’ai toujours pas compris si je devais de l’argent à l’Urssaf ou si elle m’en devait. Puis, j’ai reçu un appel à cotisations, alors j’ai payé les 259 euros demandés. Ensuite, j’ai reçu 750 euros, tombés directement sur …

Puisqu’ils sont bien ensemble, pourquoi ne pas continuer ainsi toute la vie ?

D’habitude, je n’ai pas de sympathie pour les goélands : ils sont trop parfaits, blancs immaculés, le bec impeccable, une sorte de dédain dans leur pose (comme les chevaux qui savent être beaux, mais pas mignons, ni sympas : je préfère les ânes). Alors cette famille qui habite sur le toit du garage, sous notre fenêtre, me …

Dans un espace très grand qui ressemble à la liberté

Ça se passe dans un jardin. Il fait beau. Des gens sont rassemblés pour un barbecue. J’identifie ces personnes à la catégorie des « adultes », bien que je sois adulte moi aussi, parce qu’ils appartiennent à un groupe différent du mien — peut-être sont-ils des amis de ma mère. La nature alentour est assez sauvage. Un …