Le frottage de cervelle de six péquins

Je me doutais que ça se passerait comme ça : la routine ne pouvait, ne devait pas durer. Elle était douce, pourtant. Le mois de mars comme une enfilade de petits rituels : le café du matin avec tout le monde, les déjeuners idem, les dîners en tête-à-tête avec Sophie ; le travail solitaire dans …

Ça dessine comme qui dirait un motif

Ils m’ont manqué et, quand je reviens, ils sont là. Chacun son tour quelques heures, alors que je reste si peu de temps à Paris. Ceux que j’aime et qui m’aiment : ils me font du bien, une pure joie, pas une consolation comme ils savent m’en donner parfois, car ces jours-ci je n’ai pas …

Mauvaise conduite et fréquentation irrégulière

Chaque texte entraîne le suivant. Parce que j’ai écrit ceci, j’ai envie d’écrire cela. Ça ne veut pas dire que je ferai mieux. Ça ne veut même pas dire que le premier était raté. Juste que chacun naît du précédent, comme un approfondissement du même sillon, ou un pas de côté, voire une bifurcation. On …

Petite veilleuse ou bonne étoile

Comment les livres se vendent (dans un monde idéal) : un lecteur entre dans la librairie à la recherche d’un titre de Valère Novarina (par exemple) ; le libraire lui répond qu’il ne l’a pas en rayon ; le lecteur déçu mais curieux dit qu’il va acheter autre chose ; il demande : « Vous avez …

Puisque c’est une expérience

Je sors joyeux de chez — je ne sais pas comment l’appeler. D’ailleurs je ne l’appelle pas : si lui m’accueille avec un « Bonjour Antonin », je me contente de « Bonjour ». Il n’a pas besoin de prénom. Il n’a pas besoin d’une personnalité, d’une histoire : le sujet de nos séances, c’est moi seul. Je le désigne quand …

Tout défaire pour tout refaire

Au début de Rue des Batailles, il y a un tableau. Je ne parle pas de celui qui est devenu la couverture du livre, mais d’un tableau au sens théâtral : une scène, un lieu, des personnages, un moment. Deux garçons dans une chambre. Au fond, c’est toujours ce qui me guide. Un manuscrit dans mon …

Deux jeunes hommes sortent du lot

J’ai fait ce qu’il fallait, c’est-à-dire rien, ou pas grand-chose : ce qui me manquait (écrire sur ce blog), ce qui me repose, me répare, me recoud l’esprit — c’est l’expression d’Hugo. Si bien que j’ai oublié la culpabilité de ne pas avancer dans les chantiers en souffrance (à Pierre qui me demande comment ça va, …

Satisfaction d’avoir construit une cabane

Il y a un grand vide à combler. Depuis que j’écris mon journal sous cette forme (une entrée par jour dans un document de traitement de texte, que j’imprime à la fin de l’année sans le relire), c’est-à-dire depuis 2019, je n’ai qu’un seul trou : une lacune de deux ou trois semaines la première année. …

Alors les heures et les heures

Il faut trouver le moment approprié pour chaque livre. Parfois on t’offre un chef d’œuvre en te promettant de riches heures de lecture : « Ça va changer ta vie, je t’assure » — mais ça parle d’un sujet qui n’est pas dans ton radar à cette étape de ta vie, ou bien c’est écrit d’une manière difficile …

Flagrant délit d’angélisme

Dans le texto où Sonia me donne le code de la porte (la petite porte discrète donnant accès au palais où m’attend le photographe), elle dit aussi : « J’espère que tu as bien dormi. » Je souris en lisant mon téléphone, dans la rue, sous le doux soleil d’Arles. La formule est certes banale, convenue, mais je …