Des montagnes, oui, les traverser en train

Souvent j’emporte un livre dans le train, et je ne le lis pas, happé par le paysage, ou amolli par le mouvement. Mais celui-ci, je l’ouvre aussitôt installé à ma place parce que je sais que, si je ne le lis pas dans cet espace suspendu, je l’aurai emporté pour rien : ce n’est pas là-bas, en Italie, que j’aurai envie de plonger depuis la Corniche Kennedy, suivre ces gosses de Marseille alors que je serai à Bergame. Un livre qui me faisait de l’œil, motif qui m’avait frappé lors de ce voyage déjà raconté ici et , longtemps déjà, j’avais quoi, vingt-et-un ans, pas tellement plus vieux qu’eux, ces corps bronzés se jetant depuis les ponts, les parapets, les promontoires : corps encore enfants qui goûtent le plaisir pur du saut, de l’éclaboussure, corps presque d’hommes qui prennent des risques fous. Un grand saut : il se pourrait qu’on l’envisage sereinement, en douceur, et alors ce serait une bifurcation lente, un glissement, non pas une dégringolade, une chute encore moins : c’est un peu de ça que nous avons parlé hier avec J.-E., et nous avons soulevé des questions qui me semblent des montagnes.

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Un chat un chat

Je lui dis qu’on trouvera un endroit à notre goût sur la place des Halles : j’ai souvenir d’un déjeuner, ici, avec R. et sa collègue, et d’une foultitude de restaurants alentour. Je joue à celui qui a ses habitudes : « On sera tranquilles, à l’écart du flux. » Oui, mais c’est lundi et c’est août, alors tout est fermé sur la place des Halles : hors les sentiers battus, point de salut, alors nous remontons la rue dans le sens du bruit, dans le sens du tapage : là-haut, ça bat son plein. Évidemment. Nous dînons donc sur la place Plum’, comme tout le monde, comme les touristes. Pourquoi prétendre que nous n’en sommes pas ? Nous avons choisi cette ville pour nos vacances. Laissons-nous faire. Ne résistons pas. Douceur de se laisser glisser. Tourisme, alors ? Nous visitons les musées, nous mangeons des glaces, nous baguenaudons en bord de Loire. Et même, l’avouerai-je ? Nous faisons un tour de grande roue. Un truc de touristes, de gosses et d’amoureux. J’ai adoré ça (et je ne suis pas un gosse), alors il est temps d’accepter l’évidence et d’appeler un chat un chat. Voilà ce qui arrive au fil de ces jours : nous faisons coïncider les mots et les choses.

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Que faire de lui ? Rien, bien sûr

Bien sûr, on a de la sympathie pour les animaux. Là, ce sont six chevaux brossés, peignés, chouchoutés, harnachés. Il y a des calèches à côté, je suppose qu’on les attellera deux par deux. Ça fait plaisir, et ce n’est pas anachronique dans ce décor désuet (je n’ai pas dit : vieillot), dans son jus (je ne dis pas : décrépit). À l’arrière-plan, un bâtiment de pierres, beaux lettrages Art Déco sur le fronton : Jeux, Lecture, Spectacles. Ce sont des chevaux de divertissement. L’animal adoucit les mœurs, apaise les maux, peut-être, il y a ici des gens qui souffrent, d’autres qui n’ont rien, mais qui s’inquiètent, c’est un hôpital à l’ancienne, architecture pavillonnaire, on déambule d’une unité à l’autre en traversant des cours, des jardins. Les bâtiments ne portent pas des numéros, mais des noms, toponymes vernaculaires ou dénominations honorifiques, petites maisons ou cloîtres à colonnades, blocs de béton aussi, quand même, je n’idéalise pas. Avant, il y avait un château, sur les ruines duquel on a construit l’hospice. La frontière était floue entre soigner les malades (les dérangés-dans-la-tête) ou enfermer les indésirables (ceux qui-dérangent-les-bien-pensants), les missions se chevauchaient, surveiller et punir, c’est ici qu’on a essayé la guillotine la première fois sur des gens (des déjà-morts) après qu’elle avait donné satisfaction sur des moutons (l’innocence même). C’est ici qu’on enfermait les pédérastes, les invertis. Maintenant on dit : les HSH, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Un pavillon nous est réservé, parmi les dizaines de cette ville-hôpital. Non, pas celui-ci (une maisonnette couverte de lierre), ni celui-là (beauté austère des façades de caserne) : au guichet, on me dit que je n’avais pas besoin d’entrer dans le bâtiment, car « tout se passe dans les Algeco dehors. » Un pavillon sur-mesure, oh, je n’aime pas, ça ressemble à une quarantaine. Bien sûr, on sait que cette variole du singe n’est pas mortelle, mais on ne peut pas éviter les images qui s’imposent dans nos têtes : les salles d’attente peuplées d’hommes, et d’hommes uniquement, d’hommes désemparés par le sida, on est baignés de cette culture-là, de cette histoire, ce sont des références communes, une épée de Damoclès avec laquelle on vit, alors on chasse cette image de notre tête, vite, parce qu’elle est disproportionnée : cette variole du singe fait mal, fait peur, mais quand même, moins que ça ; on a raison d’être vigilant, mais il ne faut pas s’affoler. Dans la chambre, on a posé un Lego adorable, petit singe de plastique, totem d’immunité, ça ne coûte rien, bien que le vaccin soit plus efficace. Alors on se fait vacciner. Le singe n’y est pour rien : encore une victime des dénominations abusives, bouc émissaire, pangolin expiatoire ou chauve-souris sacrificielle. On a de la sympathie pour les animaux, bien sûr, et pour les singes encore plus, à cause de la proximité généalogique qui force les sentiments, ces cousins perdus de vue, si proches et pourtant inconnus, on sait qu’on a des points communs, mais on ne se voit jamais, cousins de province, ou de plus loin encore, on ne se donne jamais de nouvelles, même à Noël ce n’est pas sûr qu’on se verra, on sait comment ça se passe : plus personne ne se marie, alors on se reverra pour un enterrement.

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« Il y a un côté absurde », disent-ils

J’écris en roue libre depuis plusieurs semaines, sans relire ce que j’ai fait dans les jours précédents, ni me référer aux chapitres écrits l’année dernière. Avant de m’engouffrer dans n’importe quoi, ce serait bien d’y jeter un œil à nouveau ; avant d’aller trop loin dans le bizarre-pas-bizarre — cette bifurcation qui m’excite : ouvrir une brèche plus grande dans le réel, sans basculer dans l’étrange-qui-semble-trop-étrange : un soupçon de fantastique doux, qui passe tout seul. Alors, je relis depuis le début. Et tant qu’à faire, je ne reste pas les bras ballants, je fais le ménage : je passe le papier de verre (à petit grain) pour gommer les saletés — pas les aspérités, car j’en ai besoin, mais les articulations moches — et il y en a. Pendant que le texte glisse, gagne en fluidité, moi je deviens liquide, because les quarante-et-un degrés dehors. Dans ma piaule, ça va, je limite les dégâts, je félicite mon ange gardien de l’avoir choisie exposée au nord (mon côté atelier d’artiste, lumière constante). Tandis que le voisin d’en face (l’immeuble en vis-à-vis du mien), eh bien, il est orienté plein sud, plein cagnard, obligé de vivre nu — je le plains, lui, mais je ne me plains pas, moi, parce qu’il est bien foutu, le mec. Remarquez que je ne suis pas très habillé non plus (qui l’est encore en cette saison ?) — si vous aimez mon travail, vous pouvez me tiper pour accéder aux contenus privés.

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Enfant presque idiot, ne sait presque rien

Je racontais à H. ma précédente visite aux Archives en disant : « Je ne suis pas un vrai chercheur » — car j’avais été content de ne rien trouver : mon départ bredouille était une bonne histoire. Je lui disais que j’y retournerais pour le seul plaisir de feuilleter des grimoires : Rue des Batailles est un prétexte ; nul besoin de savoir dans quelle école Maurice a été scolarisé, s’il l’a été (ce n’est pas obligatoire dans les années 1870). Cela n’ajoutera rien à mon récit ; tout au plus, un supplément de cette couleur locale dont je devrais me méfier. Aux Archives, je demande les écoles les plus proches de la rue Gérando, où vivait le petit Maurice quand le père a disparu : celle du 63 rue des Martyrs (devenu le lycée Edgar-Quinet) et celle du 9 impasse de l’École (sic). Le premier registre sera le bon. Comme il n’y a pas de table alphabétique, je passe en revue les élèves par ordre d’inscription : nom, prénoms, professions des parents, etc. ; et au bout de la ligne, une appréciation terrible, définitive, qui résume plusieurs années de la vie du gosse en quelques mots. Au mieux, je lis : « Bon caractère, assez bon élève, doux » ou « Bon garçon ». Avec plus de détails : « Bien gentil, épelant, écrivant un peu, sachant un peu compter », « Bon petit élève mais en retard pour son âge » ou « Sait la division à un chiffre ». Mais quand il s’agit d’être vache, ils savent y faire, les frères qui tiennent cette école : « Pauvre élève, coureur, paresseux, fort peu avancé, placé au cours moyen par grâce. » Voire, en deux mots : « Enfant insupportable ». Et vlan, sale môme : ton compte est réglé. La violence scolaire. Un truc très important, apparemment, c’est de connaître « les quatre règles ». Mais la qualité la plus prisée, et de très loin, c’est l’obéissance : « Assez intelligent, bien soumis », « Bonne conduite, soumis » ou « Gentil garçon, bien docile ». Je lis les professions des parents : des ouvriers, journaliers, petits employés. Beaucoup de mères seules. La quantité de pères morts ! Un registre scolaire en forme de cimetière. Cette école chrétienne se fait-elle une spécialité du recueil d’orphelins ? Ou bien, est-ce si banal de n’avoir plus de père ? Manque-t-il tant d’hommes adultes à Paris, après les deux sièges, puis les massacres et les déportations de 1871 ?

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Je traque les fantômes

La rue de Steinkerque, c’est cette rue épouvantable entre le métro Anvers et le Sacré-Cœur garnie de boutiques de souvenirs, qu’aucun Parisien n’aurait l’idée d’emprunter. Avant, c’était différent : des gens y habitaient, y travaillaient, y jouaient, y faisaient leurs courses, s’y baladaient sans faire de photo. La preuve — paradoxale — c’est cette photo : car il fallait bien qu’un photographe soit présent pour nous montrer ça. Il faut dire qu’on n’avait pas encore inventé l’avion : les touristes étaient moins nombreux, ils venaient en bateau et en diligence hippomobile pour s’encanailler dans les cabarets. Il faut dire aussi que, au bout de la rue de Steinkerque, il n’y avait pas le Sacré-Cœur : on aperçoit seulement la base de l’édifice, sa façade inférieure, le socle de la grosse meringue qui n’est pas encore bâtie.

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Un roman de plus sur la terre

J’attendais plus de ce livre. À tout moment, j’espérais que ça décolle ou que ça bifurque, je croyais que l’écriture fluide, agréable, m’emmènerait dans une direction insoupçonnée, qu’elle ne se suffirait pas en soi. Je suis déçu, car je n’étais pas le lecteur naïf : j’étais comme aux prises avec un outil de travail. Je comparais ce livre au livre idéal que je voudrais lire ou écrire. Je dis alors à H. : « Il m’aide à préciser ce que je veux faire, et surtout ne pas faire. » Ce n’est pourtant pas un mauvais livre. Il me l’a conseillé parce qu’il pouvait résonner avec Rue des Batailles : le portrait d’un ancêtre recomposé par les archives, mêlé aux sentiments que la narratrice projette sur ce fantôme. La différence principale, c’est la transmission préalable d’une légende familiale qu’il s’agirait de confirmer ou de contredire par les recherches — tandis que mes personnages de Rue des Batailles n’ont légué aucun souvenir : dans ma famille, personne ne connaissait leur existence. J’espérais alors que la narratrice ferait une découverte qui bouleverserait cet héritage symbolique (l’option rocambolesque) ou bien qu’elle s’abandonnerait aux fantasmes d’une identification sentimentale (l’option poétique, voire fantastique). Mais elle reste entre deux. Alors, c’est intéressant, ça se lit bien. Et puis, quand on a fini, ça se pose en haut d’une pile. Oh, l’affreux geste ! « Voilà, je le range ici. » C’est presque comme dire : « Je l’oublie. »

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Un délicieux polygone, irrégulier sans aucun doute

Quarante-huit heures (et même plus, car je reçois encore un texto le troisième jour pour me dire : « On s’appelle ? ») — soixante-douze heures, donc, pour débriefer une soirée qui a duré, quoi ? cinq heures peut-être. Cinq heures d’une densité extrême, où rien n’était prévu : ça a commencé par une rencontre, sans rendez-vous. Plus tard, je résumerai cette soirée à G. en quelques mots : « C’était l’épisode 2 de la série Les folles soirées de la Pride. » Un titre à la con peut cacher une réalité complexe et passionnante : si, si, ça arrive. L’année dernière était euphorique. J’ai donc choisi de porter la même veste rouge satinée, comme un augure : elle m’attire la chance. Après la marche, la soirée commençait en douceur, elle roulait toute seule. Puis elle a décollé avec cette rencontre, disais-je, non pas une rencontre de hasard, mais de coïncidence. Nous marchions sur le boulevard ; passant devant la terrasse d’un café, un regard, puis une voix ; puisque je vous disais que ça arrivait aussi dans la vie réelle ! Je dis à l’ami impromptu : « Je n’aurais pas cru te voir ici. » Je savais qu’il était à Paris, mais on croit souvent, à tort, que Paris est grand. Or Paris est un village — mieux : « Paris est tout petit pour ceux qui, comme nous, etc. » Je parlais de lui justement. Je fais l’entremetteur, je nomme mes amis réciproquement. Il nous présente le gars qui l’accompagne. On s’installe, on commande à boire. C’est très cher. Pour le verre suivant, on ira ailleurs. Inutile de préciser où : comme d’habitude : car la seule chose que nous avions prévue, évidemment, c’était le décor.

On peut s’appeler pour que tu me racontes tout ?
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Je suis pris à mon propre (et doux) piège

À la radio, un vieux critique de cinéma, qui l’avait vu à sa sortie il y a cinquante ans, dit que le Paris qu’on voit dans ce film1 n’existe plus : l’hôpital Laennec où travaille Veronika a été vendu au milliardaire Pinault et, surtout, il est impossible d’imaginer aujourd’hui que des jeunes gens pauvres passent leurs après-midi aux Deux-Magots. C’est J.-E. qui me parle de cette émission à propos de La maman et la putain, pendant que nous marchons dans le Marais, entre mon bureau de vote du 11ᵉ et celui où j’ai procuration dans le 6ᵉ. Nous avons vu ce film le weekend précédent. Il me dit : « Le critique a raison sur ce point, mais sur le reste je ne sais pas. » Le reste, c’est la manière dont Alexandre aborde Veronika : elle l’aguiche des yeux depuis la terrasse du café (la femme exprime son désir en premier), puis il engage la conversation en la suivant sur le boulevard. Drague-t-on encore ainsi en 2022 ? Nous ne connaissons pas grand-monde qui oserait agir de la sorte. « Mais c’était rare en 1972 aussi », je dis. Car j’affirme que, si l’on veut comparer ce film au Paris d’aujourd’hui, il faut certes comparer deux époques, mais aussi (surtout) comparer la réalité et la fiction. Et puis : considérer la question sociologique, car en 1972 il y avait encore moins de députés de gauche à l’Assemblée qu’aujourd’hui : la majorité des citoyens avait choisi Pompidou, la France se couvrait d’autoroutes et l’avortement était encore un crime. Alors l’amour libre, pour la plupart des gens, c’est de la science-fiction ou une pratique de hippies : la seule option tolérable était l’adultère bourgeois, en mode vaudeville, à condition qu’il soit pratiqué par l’homme. Je suis convaincu qu’en 1972 « les gens » ne vivaient pas comme dans ce film, puisque « les gens » n’existent pas. Tant de manières différentes de mener sa vie !… Moi, en 2022, est-ce que je vis comme « les gens » ? Un comportement minoritaire est toléré, ou bien scandaleux, mais il reste minoritaire. Si l’on considère que « les gens » du Paris de 2022 sont mes voisins (je pense ici à quelques uns en particulier), alors il me semble que je n’habite pas la même planète qu’eux, tandis que je me sens étrangement proche de la vie montrée par ce film : une fiction d’il y a cinquante ans, pourtant.

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Je suis l’un de ces adultes : visible et fier

Je ne suis pas étonné de reconnaître des visages familiers : ici, se sont donné rendez-vous des personnes qui se ressemblent, qui me ressemblent. Non, il ne s’agit pas vraiment de ça. Plutôt : bien que tous et toutes différent·es, nous nous identifions à un même monde (idéal) où la diversité est joyeuse et célébrée. Nous sommes fiers d’appartenir à ce vaste collectif : il est question de fierté, évidemment : car c’est la Pride des banlieues. Suis-je à ma place ici ? Je ne vis pas en banlieue. J’y ai certes passé les vingt premières années de ma vie, mais c’était une autre sorte de banlieue : les marges blanches et cossues des Yvelines plutôt que le ban des « quartiers » de la petite couronne. Ici, aujourd’hui, je reconnais des gens que je connais. Je reconnais N., que j’avais rencontré à travers les Histoires pédées, puis qui m’a accueilli à la Flèche d’Or avec mes élèves (en vérité, c’étaient les élèves de F. qui me les prêtait le temps d’un atelier ; F. qui marche avec nous cet après-midi ; F. qui dit que c’est sa première marche des fiertés) ; j’avais désiré cette visite parce qu’elle était l’occasion d’associer les mots « gentrification » et « résistance » dans une conversation joyeuse ; et de prononcer aussi le mot « queer », en compagnie d’adolescents certes parisiens, mais qui habitaient pour la plupart en cités ; non pas des petits Parisiens blancs, mais des jeunes gens racisés qui ne fréquentent pas les quartiers chics. Je suppose qu’ils étaient proches (dans leurs goûts, dans les obstacles subis) de ceux qu’on appelle les « jeunes de banlieue ». Alors, je ne suis pas étonné de rencontré N. ici. Et puis, cent mètres plus loin, à travers la foule colorée : une surprise. Un garçon avec qui j’étais hier soir dans un bar parisien, un ami d’ami ; je l’ai revu dans la nuit et en rêve ; j’ai raconté ce rêve à J.-E. au petit déjeuner (un baiser au fort goût d’alcool) ; quand je le lui montre du doigt (« c’est lui »), J.-E. me demande : « Tu lui parleras de ton rêve ? » Et puis quoi encore ? Il n’a qu’à lire mon blog. Juste après, je tombe sur H. et les copains ironisent : « Tu connais tout le monde. » Je dis à H. : « Toi, tu es un vrai banlieusard », puis : « Saint-Denis, ça a du sens pour moi, je travaille souvent ici, ou dans des coins qui y ressemblent. » Je n’essaie pas de me justifier. J’explique juste.

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