L’intensité jamais ne déçoit

Il y a un cadre. S’il n’y avait pas de cadre, il n’y aurait rien dans le cadre. Logique. Ici, le cadre est matérialisé par les contours de la salle de classe (l’espace) et les cinquante-cinq minutes du cours (le temps). Devant les élèves, P. dit qu’il n’aime pas les horaires, la routine, les programmes …

On a « fait » quelque chose

D’autres sont anxieux à ma place, tandis que je reste libre d’y penser quand je veux, avec légèreté. Ils me demandent des nouvelles de mon manuscrit. Est-ce que j’ai reçu des réponses ? Oui, bof, non, pas trop, mais ça va : je dis que presque personne ne l’a lu pour l’instant, qu’il vivra sa vie sans …

En les autres peut-être, en soi surtout

La première chose qu’il me dit, quand je le trouve au coin de la rue du Temple et de la place de la République : « Je suis monté sur la statue et j’ai dansé sans ma chemise. » Ce qu’il me dit le lendemain, avant de reprendre son train : « Il y a quelques jours encore, je me …

Comme un poisson dedans

L’endroit est familier (une architecture à taille humaine) et à la fois exotique (un palmier dans la cour). C’est l’école des Beaux-Arts du Havre et j’ai été, moi aussi, étudiant dans une école d’arts : une sorte d’effervescence dans un cadre institutionnel : je sais qu’un tel assemblage est possible. Il y a des copies d’antiques en …

L’animal nocturne comme un cadeau

Il y a quatre personnages. L’un est un homme. Les autres, un oiseau, un crustacé, un reptile : des chimères, en vérité. Des allégories peut-être. De quoi ? L’homme a pour mission de défendre le temps, c’est-à-dire le globe de bronze où tournent deux aiguilles. Car c’est une horloge, le monument du quartier éponyme. Mille fois nous …

Les désirs ne coïncidaient plus avec les possibles

Il me dit que je suis beau. Je lui réponds que je le sais déjà, puisqu’il me l’a dit ce matin, au réveil. Il me dit aussi, plus tard, tout bas, au creux de l’oreille, comme pour me confier un secret, qu’il m’aime, et qu’il ne faut le répéter à personne. Et moi, je réponds : …

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

J’ai failli écrire : « ambiance pompes funèbres », mais en général les magasins de deuil sont décorés de couleurs pastels et de motifs mièvres, un kitsch sobre et consensuel, certes pas trop gai, mais surtout pas plombant. Tandis qu’ici, c’est plutôt le genre lugubre : une porte métallique gris foncé, parfaitement rectangulaire. Le style agence immobilière. Pour avoir …

De photons qui s’agitent fort

Je parle très exalté, je prononce des phrases définitives sur ma conception de l’écriture et de la vie en général, des formules séduisantes, un résumé de mon rapport aux choses et aux gens, comme s’il avait lentement mûri à la faveur d’une quête philosophique, mais en vérité c’est improvisé. C’est le genre de choses que …

C’est poreux

« Et la dernière œuvre dont vous n’avez pas encore parlé, c’est vous », me dit-elle dans la cuisine après qu’on a traversé l’expo ensemble. Je ne sais pas si elle est ironique. Elle n’a pas l’air du genre à se moquer. Alors je réponds ça — parce qu’il me semble qu’elle a un peu raison, et …

Chez l’autre qui n’est pas là

Le cinéma est fermé, je suis assis avec H. autour d’une minuscule table de bistrot, tout contre le rideau de fer, les affiches de films au-dessus de nos têtes. C’est un renfoncement courbe qui me fait penser à la rue de Jouy : une adresse qui semble logique, par rapport au lieu où je me trouverai …