Le désir de prolonger ce geste

Nous allions parler d’amour, je le savais. À peine nous nous sommes trouvés sur la place du Châtelet (depuis combien d’années n’avais-je pas eu le loisir d’observer cinq minutes cette fontaine, où personne d’autre que nous n’avions rendez-vous ce soir ?), il m’a assuré qu’il ne passerait pas la soirée à parler de lui, qu’il n’accaparerait …

Nous sommes de ceux qui regardent tout

Une dame me demande : « La sortie sud, c’est où ? » Elle me prend pour un habitué des lieux. Ça veut dire que j’ai une tête à savoir où je vais. Et ça me plaît d’avoir l’air de ça, dans cette ville que j’aime. Je dis : « C’est par là. » Elle veut être sûre : « C’est bien de ce …

Un chat un chat

Je lui dis qu’on trouvera un endroit à notre goût sur la place des Halles : j’ai souvenir d’un déjeuner, ici, avec R. et sa collègue, et d’une foultitude de restaurants alentour. Je joue à celui qui a ses habitudes : « On sera tranquilles, à l’écart du flux. » Oui, mais c’est lundi et c’est août, alors tout …

Il y a eu des premières fois, et celles-ci ne finissent pas

L’impression d’avoir répété ces mots mille fois sans me lasser : « Être de retour à Luçon, ce n’est pas seulement chouette, c’est important. » La première matinée, je n’ai rien de prévu : ma feuille de route est vide, tandis que celles de mes camarades de festival est chronométrée. Je ne rencontre ni élèves, ni lecteurs. Je marche …

Les conditions propices à cette bifurcation

Nous pouvons parler de mille choses, lui et moi, je le sais, j’ai déjà vérifié cette magie : ça ne marche pas avec tout le monde, mais c’est chouette lorsque ça arrive, la conversation est animée, fluide, et jamais banale. Il est le genre de personne qui ne s’encombre pas de lieux communs : il attaque aussitôt …

Je me blottis dans son ombre, lui dans la mienne

Je sens ses doigts sur ma peau, à l’endroit où j’ai fait un pli à la manche de mon t-shirt (nous sommes en plein soleil, face à la mer). Une caresse brève, vite interrompue — car une vague plus forte que les précédentes roule à nos pieds, nous reculons, deux pas en arrière. L’eau se …

À quoi bon cette intimité ?

Pendant que J.-E. et Q. sont sortis, je dis à F. : « Je ne sais pas pourquoi, et je crois que je ne tiens pas à le savoir : depuis quelques jours je m’émerveille de tout, comme par principe, parce que j’ai décidé que toute chose serait belle et grande, et ça marche. Je dis …

J’avais envie de suivre un autre garçon (pourtant le même)

Mon corps, ma voix, mon sourire ne suffisaient pas. J’étais incapable de me présenter à l’autre, équipé de ce seul attirail : une enveloppe physique médiocre (l’image que j’avais de moi-même oscillait entre « ordinaire moins » et « ordinaire plus » selon les jours), un manque criant de répartie et d’humour, et l’absence totale d’expérience. Il fallait que je …

La taille de son cœur est augmentée

Je n’ai rien vu à Nantes : je n’ai pas vu des choses, j’ai vu des gens. En sortant de la gare, je traverse le Jardin des Plantes. Je voudrais que cela devienne un rituel. Devant le château, je photographie la duchesse Anne pour l’envoyer à J.-E. : une façon de lui dire : « Je …

On n’a pas tué leur imagination

Quand il faut garder le silence, ils savent se taire. Plus tôt dans la journée, ils émettaient un joyeux brouhaha : il s’agissait de chercher des idées et de les exprimer. Mais à présent, c’est un spectacle, alors on ne les entend plus : il faut regarder et écouter. Juste avant, C. leur a expliqué que le …