Nous sommes en manque

Il faudrait faire descendre sa « pile à lire » (je crois n’avoir jamais utilisé cette expression), il faudrait trépigner d’impatience de retrouver son libraire, il faudrait télécharger tout ce que le web compte de livres à découvrir – vous savez : pour profiter de cette parenthèse enchantée. Jouir de cet instant précieux. Les versions numériques des « Histoires pédées » se vendent bien : cinquante ventes ces derniers jours. Ça me semble énorme. C’est grâce à l’article dans Têtu. Ou bien : c’est grâce à cet état de grâce appelé « confinement » : il faut occuper ces longues journées de paresse par la lecture. Il faut se faire du bien. Pour ça, des histoires érotiques, c’est le top. Car nous sommes en manque – à dire sur le ton de : « Nous sommes en guerre ». En manque de livres, en manque de sexe. En manque de quoi ?

J’ironise, mais si ces petites choses font plaisir à des lecteurs, j’en suis ravi. À moi, elles font plaisir. Est-ce que je suis heureux ? Je ne me pose jamais la question ainsi.

Je relis la nouvelle de A. qui rejoindra sans doute la collection. Elle est romantique et lyrique, un brin sophistiquée et, à la fois, joyeusement naïve. Elle sera une belle « Histoire pédée ». Et j’ai relu ma Lande d’Airou pour en isoler l’extrait le plus chaud et l’enregistrer à voix haute. C’était excitant : le récit est écrit à la première personne, alors, le disant moi-même, j’ai vu les images en prononçant les mots. J’ai désiré ce personnage.

Sa tête, c’est seulement une peau claire tendue sur le squelette et, dessous, un million de vaisseaux pleins de vie qui illuminent chaque battement de paupière, chaque frémissement des lèvres. Il est éblouissant, Charles. Et sur un visage si mince, sa bouche semble immense, et ses yeux le sont véritablement. Je n’ai pas assez des deux miens pour fixer les siens tandis qu’il me parle. Et moi, je ne peux pas maintenir mon regard dans l’axe du sien, craignant les étincelles : je baisse les yeux quelquefois vers son cou, la pomme d’Adam qui gigote quand les mots sortent de sa gorge, et la pâleur de la peau (que seul le blanc vif du vêtement met en relief), mouchetée d’un ocre délicat déposé par le soleil ; d’autres fois, je lève les yeux vers son front, vers sa tignasse en feu, un grand panache d’écureuil.

Dans la dernière version de sa nouvelle, A. a ajouté un garçon roux. Mais je crois qu’il est différent du mien. Plus costaud. Le mien est tout maigre. Tout sec, et tendre à la fois. J’ai écrit à A. que, quand j’avais quatorze ans, j’étais tombé amoureux de Malik Zidi à la télévision. Peut-être que ça a conditionné un truc. Quand, le soir, je revois avec J.-E. ce film découvert plus tard (j’avais vingt ans), Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, je suis troublé de voir combien ce personnage ressemble au mien.

Les personnages de ce roman étant réels, toute ressemblance avec des individus imaginaires serait fortuite.

Exergue du Dimanche de la vie de Queneau

J’avais seulement oublié qu’il mourait à la fin du film. Mais je ne suis pas surpris : on meurt toujours à la fin.

Je n’ai rien fait de la journée et je m’en veux. Le soir, dans l’obscurité, pour chasser la tristesse, rien ne marche mieux que de me dire : Ça ne durera pas. Fais ce que tu peux, le temps que tu pourras. Et la pression se relâche.

J’ai joué à un jeu lancé par D. : un cadavre exquis avec des auteurs et autrices que je ne connais pas. Mon tour arrivait en deuxième. Le premier avait sauté à pieds joints dans la consigne : un cadavre, aussi exquis soit-il, est un cadavre. À cette mort, il ajouté un soupçon d’amour. En prenant la suite, je me suis engouffré dans les deux directions à la fois : on pense à la mort, et on fait l’amour.

Si on ne parle pas de la mort et de l’amour, je ne sais pas de quoi on pourrait bien parler.

C’est excitant

Il y avait cette histoire de poulpe écrite par Guillaume. C’était excitant et marrant. On cogitait tous les deux sur cette question : écrire quelque chose d’érotique dans un ton qui ne déparerait pas avec le genre de littérature que nous aimons lire et écrire. Quelque chose de franchement explicite et, à la fois, de joyeux. Et même : de poétique. De son côté, le pari était réussi. Et moi, au même moment, j’ai découvert Lairoux, en Vendée, et j’ai écrit sur ce blog : « J’ai un faible pour Lairoux. » Ça a plu à Guillaume, l’idée que j’aime les roux. Il m’a répondu : « Il y a un village dans la Manche qui s’appelle : la Lande d’Airou. » C’était suffisant pour que je m’y mette, à mon tour. J’ai écrit cette nouvelle, dans laquelle le narrateur a un faible pour les roux et découvre, par hasard, la Lande d’Airou. Arrive ce qui doit arriver : je ne vous fais pas un dessin. J’ai aimé écrire ça. J’en ai parlé ici et .

On a pensé : « Deux nouvelles, c’est presque une collection. » Puis Guillaume a dit : « Mon copain Alban Robin écrit des contes coquins, tu verras, c’est bandant et rigolo. » Et moi, j’ai dit : « Ce serait étonnant que Laurent Herrou n’ait pas une histoire un peu salée à nous faire lire. » Voilà : quatre auteurs, quatre livres. C’est la collection « Histoires pédées » du collectif Pou. Plus tard, nous serons plus nombreux : la série s’agrandira. Pour l’heure, je vous invite – que dis-je : je vous encourage, je vous pousse – à découvrir ces premiers textes ! C’est une aventure excitante pour nous (de les publier), et ce sera excitant pour vous (de les lire). Pour nous donner un coup de pouce et faire partie des premiers : participez à la souscription sur Ulule. Et si vous voyez que l’objectif de la campagne est atteint, contribuez quand même ! Plus on est de fous, etc.

La campagne Ulule est ici.

Comment les corps se parlent

Je dis à J.-E. : « Ce n’est quand même pas normal qu’il n’y ait que des hommes dans la salle. » Des couples, surtout. Et puis, quelques tout seuls. Je ne reproche pas au public d’être gay, évidemment : ce serait idiot, puisque je le suis aussi. Mais je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas un seul mec hétéro dans la salle, ni une seule fille. Est-ce qu’on ne va pas voir des films où il est question d’hétérosexualité, nous ? On va même voir des histoires d’amour lesbiennes, c’est pour dire. Et là, pour Benjamin – où le sujet n’est même pas l’homosexualité, d’ailleurs (le film n’aborde pas du tout la découverte de sa différence, par exemple, ni l’appartenance à une minorité, ni le regard social, ni l’homophobie), car c’est seulement un film d’amour (la naissance du sentiment, la redécouverte d’une innocence, la crainte de s’engager, tout ça) – eh bien, cette histoire-là, on dirait qu’elle n’intéresse que nous. Tant pis pour les autres. Oh ! au dernier moment, une fille entre, qui s’assoit au premier rang. La lumière s’éteint.

Le titre ne va pas du tout : quand le film porte le nom du personnage, c’est qu’on n’a pas trouvé de meilleure idée. Mais, à part ça, rien à redire : tout est plus intelligent qu’on le croyait d’abord, c’est juste, c’est drôle, on a envie de s’y reconnaître. J’ai vachement aimé. Tout est parfait, alors. Ou presque. C’est-à-dire qu’il aurait pu être un tout petit peu meilleur (et un tout petit peu plus réaliste) s’il n’avait pas le même défaut que tous les films : il est inutilement prude. Je veux dire : il s’agit d’une histoire d’amour, et on ne voit pas les personnages faire l’amour. Tomber amoureux, c’est aussi cela : désirer le corps de l’autre. Et ensuite, aimer longtemps, c’est aussi : continuer de désirer l’autre alors qu’on le connaît déjà. Cela me semble fou, de décrire ce sentiment, et la relation dans laquelle le sentiment se matérialise, sans montrer cette magie fragile des corps. Et, puisque le ton de ce film n’est jamais provoquant, ni vulgaire, ni violent, il n’y a aucune raison que la mise en scène de l’amour physique prenne l’un de ces caractères : on pourrait le montrer de façon tendre, drôle, poétique – c’est-à-dire : dans le ton du film. C’est ce que j’ai essayé de faire dans La lande d’Airou, que Guillaume et moi publierons bientôt : écrire les gestes sexuels comme j’écris le reste, parce que le sexe n’est pas une chose séparée du reste. Alors, évidemment, ma nouvelle ne pourra être lue par des enfants, mais il n’y a aucune raison qu’ils l’aient entre les mains. Et, de toute façon, ils ne s’intéresseraient pas non plus aux autres choses qui sont dans le texte. Pareil pour ce film : nous étions tous adultes dans la salle, alors nous aurions bien supporté de voir un peu plus de peau nue, sans nous en offusquer. Le soir de leur rencontre, les deux garçons s’embrassent au salon devant la projection du film que l’un d’eux vient de réaliser (le Benjamin du titre). À l’écran, pour nous, cinq secondes de baiser (cinq secondes d’écran, seulement ? pour cet événement tellement capital ?). Puis, l’autre retire son t-shirt. Et là : ellipse. On les retrouve le lendemain matin, au lit, s’éveillant. Je comprends l’utilité de l’ellipse : qu’on ne nous montre pas tous les détails, certes, puisque le ton du film n’est pas à cette crudité. Mais, combien ç’aurait été riche, si on avait coupé la scène seulement quelques minutes plus tard ! pour sentir ce que sentent ces personnages, pour comprendre leur histoire. Par exemple : ce Benjamin, qui raisonne trop, qui parle tout le temps, parle-t-il aussi pendant l’amour ? ou bien, est-ce le seul moment où il se tait ? Lui qui est si peu sûr de lui, continue-t-il de se laisser guider par l’autre, ou bien prend-il confiance au moment de se sentir désiré ? Ose-t-il s’abandonner complètement ? Sont-ils pressés, les deux amants ? éprouvent-ils l’urgence de leur plaisir ? ou prennent-ils le temps de se connaître, de s’explorer l’un l’autre ? Sont-ils maladroits ? ou sont-ils surpris, au contraire, par le parfait accord de leurs gestes ? Je ne crois pas qu’on puisse être fondamentalement différent, en faisant l’amour, de ce qu’on est dans les autres circonstances (c’est pourquoi j’ai cette envie que le sexe soit montré avec la même intention esthétique que le reste), mais, tout de même : on est capables avec le corps de dire et d’éprouver des choses qu’on n’exprime pas autrement. Alors, prétendre partager avec le spectateur les sentiments de ces personnages, et l’intimité de leur relation, sans montrer comment les corps se parlent, ça me semble un peu court. Le réalisateur s’est-il empêché de le faire, anticipant les réactions des spectateurs ? Car son film est suffisamment mainstream pour plaire à tout le monde : le genre comédie romantique, en plus intelligent peut-être… Alors, a-t-il craint de faire fuir le public hétéro en lui montrant un petit bout de sexe ? Il serait idiot, le public. Et de toute façon, si le réalisateur a cru cela, eh bien, il s’est planté. Puisqu’il n’est pas venu, ce public-là.

Il va et il vient (en douceur)

Il y a un gars sur le toit d’en face. Plus précisément, il n’est pas sur le premier toit face à moi, mais sur le second, si bien que je l’aperçois seulement de manière alternative : il passe le plus clair de son temps sur la moitié de son toit qui est cachée, à mes yeux, par cet autre toit situé entre lui et moi. Et, de temps en temps, il vient sur l’autre partie, celle que je vois distinctement. Il va et il vient. Je crois qu’il travaille surtout dans le coin qui m’est invisible. Il est sans doute couvreur. Ou bien : paysagiste, en train d’aménager un jardin en terrasse ? Quand il vient dans mon champ de vision, c’est pour prendre un outil, puis il repart. J’imagine ça. Mais je n’en sais pas plus, car je ne vois que la moitié supérieure de son corps : impossible de savoir ce qu’il fabrique, plus bas.

J’ai l’idée un peu bête de prendre une image de cette silhouette, la prochaine fois qu’elle passe. Marrant, non ? ce mec sur le toit. Une présence insolite à l’horizon. Tiens, le voilà. Je prends mon téléphone et, maintenant, c’est à travers l’écran que je regarde le gars. Et lui, que fait-il ? Il lève les bras, il fait passer son t-shirt au-dessus de sa tête : il se déshabille. Et voilà : il est nu. Non : à moitié nu, je suppose, mais c’est la seule moitié que j’ai sous les yeux. Je n’avais pas prévu ça. Je ne peux pas garder cette photo, quand même. Ce n’est pas du tout mon histoire.

Mon histoire, en voulant faire cette image, ç’aurait été : un gars se balade sur le toit. Et maintenant, elle devient : un beau gars (car il est beau : je le remarque à présent que le zoom de l’appareil photo pallie ma myopie), un beau gars est nu sur le toit d’en face. On quitte le champ de l’anecdote poético-urbaine pour un autre. Ça devient un fantasme à deux balles. Un scénario érotique cheap, mais efficace. Le fantasme de tout le monde, donc celui de personne : c’est-à-dire que ça marche à tous les coups, mais mollement, sans passion. Si je réfléchis à cette question, par rapport au fantasme, c’est parce que je suis en train d’écrire une nouvelle érotique (oui oui : c’est de la faute de G. qui m’encourage dans cette voie). Je fais ça, assis derrière mon bureau, pendant que ce bonhomme saugrenu va et vient sur le toit d’en face.

Ce que j’ai envie de décrire dans cette nouvelle, ce sont des garçons qui ne plairont pas forcément à tout le monde (je connais même des gens qui n’aiment pas les garçons), mais qui me plaisent à moi. Je voudrais qu’on puisse prendre du plaisir à la lire, pourtant, même si les corps que je décris ne sont pas ceux qu’on aime (ils seront beaux, mais ils ne seront pas stéréotypés comme celui de l’ouvrier viril et bronzé qui s’exhibe devant ma fenêtre). J’aimerais que le lecteur n’éprouve pas forcément de désir lui-même, mais qu’il me fasse assez confiance pour s’identifier au désir de mon narrateur. Ça, ça me ferait vraiment plaisir.

C’est marrant à écrire, en tout cas. Je pense que G. trouvera ça marrant aussi. Je me pose des questions de vocabulaire que je ne me pose pas d’habitude : je voudrais n’être pas ridicule (ridicule, ça rime avec tentacule, n’est-ce pas, G. ?). Si mon fantasme à moi, ce n’est pas le couvreur-paysagiste nu, mais le gars que je décris dans ma nouvelle, alors par quel miracle ça pourrait intéresser quelqu’un d’autre ? J’en sais rien et, au fond, je m’en fous. Un fantasme érotique n’est pas plus risible qu’un autre genre de fantasme. L’épaisseur du trait, ça n’est que du fantasme : soit le lecteur n’y adhère pas et passe son chemin, soit il accepte que je le prenne par la main et on y va ensemble. Quand je démarre mon roman par quatre pages de descriptions maniaques, et que j’explique ensuite qu’on n’évolue pas dans un quartier de Paris, mais sur le plan de ce quartier, c’est un fantasme à moi, et il est autrement plus tordu que mes innocents fantasmes romantiques. Romantiques, oui, parce qu’ils sont ainsi, les fantasmes à l’œuvre dans ma nouvelle : tant pis ou tant mieux, mais je ne sais pas faire autrement. Je voudrais décrire les gestes d’une façon qui ne soit jamais technique, mais plutôt avec les mots qui témoignent de la perception que mon narrateur aura de ces gestes. De ses sensations. Et de son regard qui est, je crois, poétique. Emprunt de douceur. Il ne s’agira pas que de la seule mécanique, non – même si elle a son charme aussi, la mécanique.

C’est toujours comme ça : alors que l’intérieur de ma tête est occupé par un sujet, le monde extérieur se mobilise pour me parler de ce sujet. Alors que pour la première fois, je m’efforce d’enrichir mon vocabulaire pour écrire un récit un peu excitant, soudain, pour la première fois (je passe pourtant des heures chaque jour devant cette fenêtre), un beau corps nu va et vient sous le soleil. Pour vous donner un autre exemple, il m’est également arrivé ceci, le même jour : j’étais en train de faire usage de cet ustensile insolite appelé brossette interdentaire que m’a conseillé ma dentiste, et j’ai eu l’idée, pour la première fois, d’en lire le mode d’emploi. A priori, cela n’a rien à voir avec la recherche esthétique qui occupe mon esprit, n’est-ce pas ? La quête du vocabulaire, d’un côté, et l’hygiène bucco-dentaire, de l’autre. Eh bien, si on croit ça, on se trompe. Parce que, voici ce que j’ai lu :

Tout est là, je crois. Le mouvement mécanique, certes, mais la douceur. Surtout, la douceur ! Et ne pas forcer. Jamais. Cette notice, ce n’est pas rien. C’est presque une philosophie de vie.

Masculin / féminin (Paris est tout petit)

J’envoie cette photo à G. alors que je marche sur le boulevard Saint-Germain. Je lui écris : « le poulpe du boulevard Saint-Germain », parce que je passe devant cette devanture tandis que j’ai rendez-vous avec lui, et parce qu’il vient de me faire lire une nouvelle dans laquelle il est question d’un poulpe et de son tentacule (parce que « tentacule » est masculin et que, comme je le lui fais remarquer : ça tombe bien). Il me répond : « Moi, j’ai trouvé une licorne » et, en effet, sur la table du café de la rue Champollion où il m’attend, il y a La licorne de Pierre Herbart – la première fois qu’on s’est rencontrés, boulevard Saint-Germain, c’était Contre-ordre sur la table, et c’était moi qui le lisais.

Dans la rue Champollion passent un garçon et une fille : « ce sont des amis », me dit G. Alors il leur fait signe, et on cause : ils vont voir un film dans le cinéma d’en face, un film de Godard grâce auquel ils sauront, tout à l’heure, deux ou trois choses à propos d’elle. Je parle à G. de mon expérience vendéenne (il connaît bien la Vendée, lui aussi, parce que le monde est petit), de ce sentiment qui m’est tombé dessus inévitablement, parfois (« qu’est-ce que je fous là ? ») et des rencontres magiques qui ont eu lieu, souvent. Et de cette autre rencontre magiquissime, à Lourdes avec Guillaume.

Dans la rue Champollion passe un garçon à qui je tape sur l’épaule : c’est B. Il me dit : « Tiens, ça c’est Paris : se rencontrer par hasard, comme l’autre jour avec L. » (parce que Paris est tout petit, on le sait). Il va voir un film dans l’autre cinéma d’en face, qui est l’occasion pour moi de me rappeler Varsovie, parce que c’est un film de Wajda. Il boit une bière avec nous à toute vitesse, pour ne pas rater sa séance.

On parle, avec G., de cette nouvelle avec le poulpe, et d’un truc gentiment érotique que j’avais écrit il y a des années, publié dans une revue au nom d’un autre animal aquatique, féminin celui-là (puisque c’est explicitement du genre femelle qu’il s’agit dans le titre), qui mettait en scène un personnage nettement inspiré d’un gars qui existe en vrai, et qui s’appelle C., comme le personnage de G. Mais de tentacule, dans cette nouvelle, point. La coïncidence s’arrête là.

Et moi qui parlais à G. de Lourdes, je reçois un message de Philippe adressé à Guillaume et à moi, dans lequel il nous dit qu’une lectrice (je vois très bien qui, évidemment) lui a parlé de nous à la Biocoop de Lourdes. Que la magie continue d’opérer, quoi. Je suis ému aussitôt, et les deux pintes que j’ai bues m’autorisent à l’exprimer plus facilement encore (comme si j’avais besoin de ça). Je suis troublé aussi, parce que Philippe dit « la Biocoop », et il a raison de le faire, mais moi je dis toujours « le Biocoop » et, un peu plus tôt dans la journée, en faisant mes courses au Biocoop de la rue Bréguet, j’ai rencontré S. qui m’a répondu, quand je lui ai demandé comment elle allait : « tu vois, je contemple les légumes de la Biocoop », et elle a eu raison de le faire. Ça ne m’a même pas étonné de la rencontrer là, alors qu’on ne se croise jamais dans le quartier, parce que Paris est tout petit. Et non pas : toute petite – même si on est tenté, souvent, de dire Paris au féminin, comme tentacule, mais on a tort de le faire, car c’est bien mon beau Paris que dit Queneau, et Paris est tout petit que dit Prévert, oui oui, tout petit.