La Vendée, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas

Merci à Delphine Blanchard pour sa lecture de Je connaîtrai Luçon : je suis rentré à Paris, mais grâce à ce livre et grâce à son article dans Ouest France, je suis encore un peu en Vendée – sur le fameux vélo.

On peut télécharger le livre en PDF ici : jeconnaitrailucon.antonincrenn.com.

Luçon, c’est fini

N’est-ce pas étrange, qu’il fasse vingt degrés et un grand soleil, une semaine avant la Toussaint ? Quand j’étais à Luçon au printemps, déjà, on me disait que j’avais joui de conditions météorologiques exceptionnelles : il avait fait beau tout le temps. Cette fois, c’est l’automne et, ce matin, à la terrasse du café du Commerce, j’ai regretté une dernière fois d’avoir laissé mes lunettes de soleil à Paris. Je dis « une dernière fois », parce que ce n’est pas la première (j’ai été ébloui, à plusieurs reprises, par les lumières d’ici), et parce qu’il n’y en aura plus d’autre ensuite : c’est ce matin que je boucle ma valise.

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Jour de fête pour l’escargot (festina lente)

J’avais pensé : « Ce dimanche, j’irai me promener à Nantes ». Ce petit festival littéraire auquel participe Thierry aurait été l’occasion faisant le larron. J’aurais pris le train tôt, j’aurais fait un tour au jardin des Plantes, j’aurais grignoté quelque chose sur le pouce, j’aurais traversé la ville en me perdant un peu, de façon à arriver juste à temps pour cette lecture qui m’intéressait. Ç’aurait été bien. Mais la ligne de train que j’aurais dû emprunter n’est pas fiable : c’est le Bordeaux-Nantes – vous savez, un tronçon du feu Vintimille-Brest – et, souvent, il ne circule pas. C’est ce qui arrive ce dimanche, allez savoir pourquoi.

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Passerage de Luçon

Il est beau, ce terrain vague luçonnesque, à deux pas de « chez moi ». Un tas de caillasse, un beau « merdier » (c’est le mot que j’utilise dans Passerage des décombres) avec des trucs qui poussent dedans. C’était l’occasion de faire cette vidéo.

Je suis à peu près sûr que ces plantes-là ne sont pas des Lepidium ruderale, mais c’est l’intention qui compte, n’est-ce pas. Le terrain vague que j’avais sous les yeux en écrivant ça, à l’époque, il a disparu. Et si d’aventure cette vidéo vous donnait envie de connaître mon Passerage en entier, eh bien, le livre est toujours ici !

Je ne suis pas désœuvré

De nouveau seul : François est parti hier. Je suis seul dans cette maison aux trois quarts vide (car je n’occupe qu’une seule chambre sur les quatre). Seul, aussi, dans cette ville où je fais un tour, afin de m’aérer les neurones et de reposer mes yeux du trop-d’écran – dans cette ville qui semble aux trois quarts vides, elle aussi. La rue où je réside est occupée par des commerces désoccupés, des vitrines à vendre ou à louer – ou bien : ni à vendre ni à louer, seulement à laisser vieillir sur place, à attendre – quoi ? Il faut dire que c’est dimanche, et que le dimanche à Luçon invite à la mélancolie. Surtout après les quatre derniers jours écoulés. Et puis, hier soir, j’ai revu Les lieux d’une fugue : quarante minutes d’une beauté triste dans de lents travellings désertiques.

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Je me laisse faire

La pluie cesse : le ciel est encore bien sombre, mais les maisons commencent à s’illuminer de nouveau sur le fond gris. C’est joli : « typiquement un temps à arc-en-ciel », je me dis, et je me penche à la fenêtre pour voir s’il n’y en a pas un. Il n’y en a pas un, mais deux. L’un sur l’autre. Je prends la photo et la publie bêtement sur Facebook, sur Instagram. Content de moi. Puis, j’entends des pas sous ma fenêtre : je me penche à nouveau. C’est François : le gars qu’on voit dans les vidéos ! Le même que sur l’écran, tout pareil – mais vu du dessus (car je suis au premier étage). Les arcs-en-ciel ont filé et lui ne les a pas vus : il était concentré à faire son créneau devant la maison.

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Dans la vraie vie

Demain, il y a François Bon qui débarque chez moi. Marrant, non ? François Bon, c’est quelqu’un qui a écrit des livres qui sont rangés dans ma bibliothèque. C’est quelqu’un que je vois et que j’entends sur mon écran quand je suis sa chaîne YouTube (j’avoue, je n’ai pas tout regardé). C’est quelqu’un que je lis sur son site et sur tous les réseaux sociaux imaginables. C’est quelqu’un que je n’ai jamais vu en vrai. In real life, comme disent les gens – et François qui répliquera « le web aussi, c’est la vraie vie ».

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C’est dimanche (j’ai vu des vaches)

Je me suis éveillé tard. Parce que c’est dimanche, sans doute. Mais comment mon corps le sait-il ? Alors que je dors dans un lit qui n’est pas le mien, que la lumière qui passe par l’interstice des volets n’a pas la couleur de chez moi, que les bruits du dehors me sont inconnus ? Aucun indice de dominicalité ; aucun moyen, pour mon horloge biologique, de savoir qu’aujourd’hui on reste au lit. C’est un mystère. En fait, non, c’est simple : j’ai dormi dix heures d’affilée parce que les deux premières nuits, j’ai dormi mal. Alors, je me rattrape. Plus tard ce matin, je suis retourné au lit : plus précisément, dessus et tout habillé. Parce que je lis un de ces romans qu’on dévore à plat ventre sur son lit et que, souvent, je ne peux pas le nier, les bouquins que je lis ne sont pas aussi romanesques que celui-là. Là, je me laisse porter par le souffle de la narration, par l’épopée. C’est la suite du Monde réel d’Aragon, c’est-à-dire que c’est le premier volume des Communistes. J’en suis à la page 500, donc j’approche de la fin, mais il y a encore trois volumes derrière, c’est pas fini. Comme je lis tout ça en pointillé (j’ai commencé la série il y a plus d’un an), je me perds dans les personnages : c’est foisonnant comme du Balzac, mais la différence c’est qu’on ne trouve pas leurs arbres généalogiques sur le web aussi facilement qu’on trouve, par exemple, la chronologie de chaque micro-apparition de Rastignac dans la Comédie humaine. Tant pis pour ceux qui n’ont pas pris de notes. L’histoire qui s’y déploie est fascinante parce qu’elle est infinie : elle prend ses racines dans les débuts du vingtième siècle, mais ces racines sont elles-mêmes nourries par tous les siècles précédents, on le sent, et les développements pourraient s’étendre jusqu’aujourd’hui. L’histoire est passionnante parce qu’elle est réelle – et pour être si réelle, elle est faite de fiction. Et les personnages existent, pour moi – et leur vie se prolonge au-delà du roman. C’est-à-dire que le volume Aurélien, consacré à l’histoire d’Aurélien, s’arrête quand on en a fini avec le morceau de la vie d’Aurélien qui nous intéresse ; mais que sa vie, après, continue. Elle continue d’une façon moins passionnante, c’est le moins qu’on puisse dire : plus rien, dans son existence étriquée, ne mérite qu’on lui consacre un roman. Alors il est relégué au rang de personnage secondaire, tertiaire, quaternaire. D’anecdote insignifiante. Et le jeune Aurélien qu’on a aimé parce qu’il était romantique devient un bourgeois fadasse et lâche, engoncé dans son conformisme, qui se contente de faire tapisserie dans la galerie de figurants. Et Aragon n’a pas peur de ça : d’abîmer son personnage.

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Le train, il y en a que ça berce

Comme il habite près de la gare Montparnasse, L. m’a proposé de déjeuner chez lui avant d’attraper le Luçon-Express. L’idée était bonne, mais, dans ma tête, est apparue l’image lamentable de moi-même soulevant ma valise avec peine jusqu’au sixième étage où vit L. et, à cause de cette image, j’ai préféré renoncer. Parce qu’elle pèse des tonnes, ma valise : elle est bourrée de bouquins. Alors, tant pis pour les petits plats de L. : je l’ai retrouvé à la pizzeria, impasse de la Gaîté. Le déjeuner était gai (pas seulement à cause du nom de la rue), puis il m’a accompagné à la gare, mais pas jusque sur le quai : on aurait pu apprécier qu’il aille jusque sous les fenêtres de mon wagon agiter son mouchoir, à l’ancienne – mais c’est impossible désormais, parce qu’il y a ces portiques idiots qui vous barrent l’accès au quai, et qui vous gâchent vos adieux romantiques.

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Ça passera très vite

Ces derniers jours ressemblent étrangement à une tournée d’adieux. À l’approche de mon départ pour Luçon, on dirait que les gens qui m’aiment s’inquiètent. S’inquiètent-ils – au choix : de ne plus me voir pendant trois semaines ? ou bien de me savoir là-bas pendant trois semaines ?

Je dis à certains amis : « voyons-nous avant mon départ en exil », leur annonçant la date de mon train pour Luçon. En forme de blague. Mais, en fait, une résidence n’a rien d’un exil. Pour preuve : quand Napoléon a été condamné à l’exil, c’est sur l’île d’Elbe qu’ils l’ont envoyé, pas à Luçon – et moi, j’en reviens tout juste de l’île d’Elbe, où j’étais en vacances.

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