C’est immense de connaître de cette façon-là

C’était un retour à la terre. Pour celles et ceux qui sont nés sur cette terre, et pour les autres, comme moi, qui ont choisi de se laisser adopter. Les liens qui comptent, ce sont ceux qu’on choisit de maintenir vivants, ou qu’on invente parce qu’ils n’existaient pas. J’ai parlé de ça avec M., qui n’est pas né ici : il a grandi dans une région toute plate (qu’il aime), très différente de celle-ci (qu’il aime aussi). Depuis tellement d’années, il vient passer du temps sur ce bout de terre un peu dur, plein de cailloux, pas sage du tout : depuis là-haut, on voit Loubressac d’un côté, et les tours de Saint-Laurent de l’autre. Entre ces promontoires et le nôtre, c’est escarpé comme tout. C’est farouche en apparence, mais ça se laisse apprivoiser, il faut juste un peu d’amour. Je disais : M. est comme moi, car il serait malheureux de ne plus revenir ici, si les liens familiaux se brisaient – si les gens déménageaient, ou s’ils mouraient. Alors, les liens, on peut continuer d’en créer des nouveaux. Il était question de ça, pendant ces deux jours.

C’était un retour à la terre, littéralement. Pour celle à qui l’on pensait, nous autres rassemblés ici ; qu’on l’ait connue toute une vie, ou qu’on l’ait rencontrée quelquefois. Moi, je la connaissais à travers des mots empreints d’amour (j’ai failli écrire : « je la connaissais seulement », mais c’est immense de connaître de cette façon-là), prononcés par ceux que je considère comme ma famille depuis que je les connais. C’est-à-dire : depuis qu’on me l’a présenté (le grand) et depuis qu’ils sont nés (les petits). C’était un retour à la terre pour leur mère, pour leur grand-mère. Moi, j’ai pensé au père de J.-E. que je n’ai pas connu, qui avait choisi de retourner à la même terre, sur le même causse : le plateau d’en face, si proche à vol d’oiseau (des chemins caillouteux et sinueux, à pied d’homme). J’ai pensé à ma mère, surtout.

C’étaient deux jours à la ferme avec des petits Parisiens plus dégourdis que moi : du haut de leurs cinq et dix ans, ils ont sûrement passé plus de temps à la campagne que moi en trente-deux ans. Ils m’ont emmené voir les vaches, les ânes. Ils m’ont parlé d’un cochon qui porte un prénom d’homme. On ne l’a pas vu, le fameux bestiau, car il était planqué : ici, c’est l’espace, et les animaux restent à l’abri des fourrés si ça leur chante. Et on n’était même pas déçus, car galoper sur le causse jusqu’à cet endroit, c’est déjà une joie. On n’est jamais bredouille, tellement c’est beau. Et puis, on a vu les brebis.

C’était un matin à la campagne : au réveil, buvant mon café, je dis à A. que j’ai entendu son coq chanter. « Je n’ai pas de coq », me répond-elle. Elle n’a pas de voisins non plus, alors il n’y a pas de coq dans les environs. Mais il y a une poule qui a pondu des œufs autrefois, comme les autres, puis qui a cessé de le faire ; une petite crête lui a poussé sur la tête et, désormais, elle chante. Je voudrais savoir où elle a appris à faire ça. Je demande : « Elle a fréquenté des coqs ? » On la laisse vivre à sa façon, elle ne dérange personne. Plus tard, dans la même journée, c’est une conversation tout à fait différente. Pourtant, quelqu’un de nous dit exactement ces mots : « On ne peut pas demander à tout le monde de vivre de la même façon, puisque nous sommes tous différents. » Le lendemain, c’est encore une autre personne qui dit, dans un autre contexte : « On nous demande de s’occuper de tout le monde identiquement, mais c’est impossible, car les gens ne sont pas les mêmes. » Il a été question de ça, aussi.

C’étaient deux jours en famille. Parmi tous les gens qui étaient là, toutefois, personne n’était mon frère ni ma sœur. Personne n’était mon oncle, ni ma tante. Mais j’aime dire que les amis de J.-E. sont ses frères. Ce n’est pas vrai, mais tant pis. Ou tant mieux : si on le décide, ça devient vrai. On peut faire « comme si », à la façon des enfants. Les enfants font ça tout le temps, depuis le début. Je dis à N. (qui n’est plus vraiment un enfant) que j’aime bien quand il me dit « tonton » : c’est drôle, c’est comme un mot d’avant qui revient par habitude. Alors, R. fait semblant de s’étonner : il fait comme si c’était nouveau, comme si lui aussi ne m’appelait pas déjà ainsi. Il me dit que cette idée lui plaît : m’appeler « tonton ». À quoi bon me dire ça aujourd’hui, puisque je le sais déjà, puisqu’il l’a déjà prouvé cent fois ? Il a raison, R. : les choses les plus douces sont faites pour recommencer. Il faut les répéter. Si ça nous plaît d’inventer ça, continuons de dire « ça nous plaît ». Et inventons donc. Voilà : il y a eu ça, pendant ces deux jours.

On ne sait pas mentir

Je crois que je suis fidèle. Il me semble que je n’ai jamais quitté quelqu’un. Il y a certaines personnes que je ne vois plus parce que nous nous sommes éloignés, progressivement et réciproquement. Je n’ai pas le souvenir d’avoir cessé brusquement de désirer la présence de quelqu’un. Il y a des gens que je ne reverrai jamais, sauf si je retombe sur eux par hasard. On ne cherchera pas à se revoir ; et pourtant, nous avons aimé les moments que nous avons partagés. C’était bref et c’était bien. Je ne crois pas qu’une relation est plus belle parce qu’elle est longue (la construction lente d’une intimité), mais je ne crois pas non plus, au contraire, qu’elle serait belle parce qu’elle est brève (l’intensité d’un éclair). Une histoire est brève ou longue, belle ou moins belle, sans que je sache établir de lien entre les deux phénomènes. Puisque j’habite Montauban le temps d’une parenthèse (et pas n’importe quelle parenthèse : un moment de création et de partage), il est inévitable que des rencontres aient lieu, qu’elles soient intenses, et qu’elles s’arrêtent tôt. C’est comme ça. Je ne sais pas si cette échéance est une source d’excitation (je me rappelle mes trois mois d’Erasmus, à un âge où j’étais encore timide : sentant les jours défiler à toute vitesse, j’avais abattu des barrières que je croyais infranchissables, j’avais noué des relations magnifiques en si peu de temps) ou une source de frustration. Est-ce que cela me plaît, de sentir ce plaisir partagé à Montauban ? Oui : c’est grisant. Est-ce que je suis triste que l’histoire s’arrête déjà ? Je ne sais pas. Je dis à des gens : « On se reverra en septembre. » Parfois c’est vrai, parfois ça ne l’est pas. Mais ni moi ni les autres ne pouvons savoir si, effectivement, nous nous reverrons. Si le désir sera encore là dans trois mois. L’important, c’est que chacun y croit quand il le dit.

Je suis passé à l’école Jules-Guesde cet après-midi pour donner aux enfants leur exemplaire du livre qu’ils ont écrit : La boîte du temps, tout juste sorti de chez l’imprimeur. Ils m’ont fait un cadeau : un cahier de mots et de dessins pour dire ce que cet atelier a représenté pour eux. Je n’osais pas espérer ce cadeau, mais j’en avais très envie. Ils l’avaient senti, c’est sûr. Ils savaient que je serais ému. Quand j’ai dit : « je le garderai comme un trésor », ils n’ont pas été étonnés. Ils n’espéraient peut-être pas que je le dise, mais ils en avaient envie. Je sais que ça leur a fait plaisir, et à moi aussi. On a partagé un goûter, puis on s’est dit au revoir. Souvent, on dit « au revoir » pour signifier : « ce serait un plaisir de se revoir », mais on sait qu’on ne se reverra pas. Ou qu’on se reverra seulement par hasard. Pour autant, cet « au revoir » n’est pas un mensonge, puisque ce n’est pas une promesse. C’est seulement l’expression d’un plaisir, d’un désir, d’un sentiment. Et on ne sait pas mentir avec ces choses-là.

C’est un film pour les enfants

« Ce panorama est pour toi », me dit J.-E. sur le boulevard des Batignolles, quand nous passons au-dessus des voies de chemin de fer de la gare Saint-Lazare : les trains, j’aime ça. C’est une des raisons pour lesquelles nous allons dans le 17e arrondissement, voir Bébert et l’omnibus au Mac-Mahon. Les autres raisons, c’est que le film a l’air rigolo, qu’on aime bien voir de vieux films, et qu’on n’a jamais été au Mac-Mahon.

C’est un film pour les enfants. Dans la salle, la plupart des gens ont le double de mon âge, voire : le double de l’âge de J.-E. : disons, pour simplifier, mon âge plus le sien. Alors, les enfants, ce seraient nous ? Non : les enfants, ce sont eux, qui avaient dix ans quand Bébert et l’omnibus est sorti au Mac-Mahon pour la première fois. Ils sont venus par nostalgie. Ou alors : ils viennent tous les jours à toutes les séances, car ils sont de cette sorte de cinéphiles qui hantent également les salles du Quartier latin que nous fréquentons parfois.

« Là, regarde ! Un cinéphile ! »

Un homme vient d’entrer. Il marche voûté, son manteau semble très lourd. Il porte un grand sac plastique empli de documents mystérieux. Il s’assoit au deuxième rang, au bord de l’allée. Pas de doute, c’en est un.

Puis, juste avant que les lumières s’éteignent, entrent des enfants d’aujourd’hui, accompagnés de parents.

Le film est marrant. On voit la Samaritaine, qui n’est pas un magasin de luxe. On voit des enfants turbulents, un ado à lunettes qui lit Tintin, un jeune homme qui conte fleurette aux vendeuses et aux serveuses. Une insouciance, quoi. Bébert est un môme insupportable et attachant, c’est décrété dès les premières images. Il doit rentrer chez lui avec son grand-frère à Tournan, mais ils se font avoir par un embranchement à la gare de Gretz-Armainvilliers : l’aîné abandonne Bébert dans un wagon qui aboutit à Verneuil-l’Étang. Le petit passe donc la nuit dans cette gare, semant le bazar, pendant que sa famille tente de le retrouver.

On ne pourrait plus faire le même film aujourd’hui, c’est entendu. Parce que les trains de Seine-et-Marne ne dégagent plus ces panaches de vapeur, et qu’on les appelle « RER E » ou « ligne P du Transilien ». Et parce qu’on ne poursuit plus les trains en vélo pour demander au chef de gare de téléphoner : on sort son portable de sa poche.

Mais aussi (surtout), parce que l’inquiétude des parents de Bébert ne serait plus du tout la même dans un film d’aujourd’hui. Un père qui craint que son petit, laissé seul, « fasse des bêtises » là où il passe, mais qui ne craint pas pour sa sécurité : ce père n’emporterait pas la sympathie du public. Il serait un mauvais père. Quand il découvre que son fils passe la nuit à la gare, au milieu de cheminots (c’est-à-dire : seul avec des hommes), et que l’un de ces hommes l’a emmené coucher chez lui, eh bien, ce père est rassuré de savoir son fils à l’abri. Dans un film d’aujourd’hui, il serait horrifié. Il aurait peut-être raison de l’être. Le serais-je, à sa place ? Et le public, comme le père, serait suspendu à cette inquiétude latente, alors que le film se veut une comédie innocente. L’atmosphère du récit serait modifiée, qu’on le veuille ou non. Il serait impossible aujourd’hui de faire abstraction de la menace qui pèse sur l’enfant : un film qui ne prendrait pas en compte cette question serait incompréhensible, inaudible. Une comédie aussi insouciante que celle-ci serait, au mieux, « naïve ». Au pire, irresponsable.

Est-ce que je le déplore ? (Ceci n’est pas une question rhétorique : je m’interroge vraiment). Je le constate, c’est tout.

Mais nous, on a trouvé ça très rigolo, Bébert et l’omnibus. Les deux mômes, devant nous, aussi.

Terrifiant et marrant

Les monstres ne sont pas des créatures méchantes en soi, juste différentes. Une étrangeté effrayante, parfois, et désirable d’autres fois (ou les deux ?) Il y avait cinquante-six élèves de sixième (c’était à Sainte-Hermine en octobre) : ils ont inventé autant de monstres et autant de rencontres. Et à la fin, on fuit en courant. Ou on devient amis. Tout est possible.

Après mon atelier d’écriture, Thierry Bodin-Hullin leur a expliqué son métier d’éditeur en travaillant sur leurs textes : il les a transformés en livre. L’envie est venue comme ça, en rencontrant les profs, grâce à l’équipe de la médiathèque de Luçon qui nous a proposé ce beau projet (merci !)

Voilà le livre : il est beau comme tout.

En lisant la maquette de Thierry, j’avais pensé à la fin de la « Lanterne magique de Picasso » de Prévert :

D’un monde triste et gai
Tendre et cruel
Réel et surréel
Terrifiant et marrant
Nocturne et diurne
Solite et insolite
Beau comme tout.

Dans vingt ans, ils auront mon âge, les sixième. Ils retomberont sur ce livre à la faveur d’un déménagement, parce qu’il se sera glissé derrière un meuble qu’il aura fallu déplacer (par exemple). Ils le reliront en pensant : « On faisait des trucs chouettes. » Ils se diront : en fait, c’était marrant, le collège. Terrifiant et marrant.

La joie et les moutons

« Et ces moutons ! ils ont des cornes !
— C’est parce que ce sont des chèvres.
— Et ces coqs, ils s’appellent comment ?
— Des poules. »

Ils traînaient les pieds pour traverser le quartier, une heure plus tôt, dans le froid. Mais maintenant qu’il s’agit de courir après les poules, ils sont bien contents d’être dehors. Moi aussi. J’aime bien caresser les chèvres, comme tout le monde.

« On pourra toucher les cochons ?
— Vous pouvez entrer dans les enclos, mais calmement. J’ai pas forcément envie que les animaux soient aussi excités que les collégiens. »

Plusieurs d’entre eux sont déjà venus ici : c’est vrai que c’est une attraction, cette ferme maraîchère de l’avenue de Stalingrad. Inattendue, au milieu des cités, à deux pas du collège et du métro. Et c’est vrai qu’ils sont excités. À cause des animaux, oui, évidemment ! Mais pas seulement. Cette activité « recyclage du papier » a pris une tournure que je n’aurais pas soupçonnée. Elle n’avait rien pour provoquer, a priori, une ambiance de stade de foot. Mais nos sixième d’Elsa-Triolet ont une tendance à l’enthousiasme qui dépasse les prédictions.

« Ici à la ferme, on n’aime pas jeter. Alors on récupère et on transforme. »

Les mômes commencent à déchiqueter menu, dans des bassines, les catalogues et journaux qu’on leur donne. Ça, déjà, c’est marrant à faire. Après, il faut mixer : c’est un peu intimidant. Puis, quand A., l’animateur, plonge un tamis dans la tambouille grisâtre : moues concertées dans l’assistance. Il dépose le cadre de bois sur deux tasseaux :

« Et on recouvre avec le tissu.
— Repose en paix », dit un petit malin.

Le résultat, c’est une feuille de papier reconstituée, plaquée sur le linge, que A. tend à bouts de bras pour le montrer à l’assistance, à la manière de sainte Véronique présentant le visage du Christ imprimé sur son voile. Dans la salle : total respect.

Puis, ce sont des prénoms scandés : « Amsha ! Amsha ! », « Aïssatou ! Aïssatou ! », pour encourager les joueurs et les joueuses descendant dans l’arène – que dis-je : pour les chauffer, pour les galvaniser. Le tamis plongé dans la bassine : des cris de joie. Le linge posé délicatement sur le cadre : le public retient son souffle. La pression monte. Les deux mains du gladiateur (de la gladiatrice ?) saisissent fermement l’ouvrage, car le mouvement suivant est décisif. Recueillement. Inspiration. Et c’est le grand saut vers l’inconnu : retourner rapidement le tamis ; taper d’un coup sec sur les tasseaux. Le surplus d’eau gicle sur le sol ; les applaudissements fusent. Les deux mains soulèvent le voile précieux : la feuille de papier est là, bien formée. La présence réelle, offerte à la foule. La foule qui tape des pieds, qui siffle, qui lance des hourras. Il fait de plus en plus chaud dans la salle : la ferveur est brûlante, les supporters sont bouillants. Un par un, une par une, les mômes se succèdent sur le ring : le volume sonore monte d’un cran à chaque fois. Et la pression aussi. Pour les ultimes challengers, elle est énorme. Mais la joie populaire ne faiblit pas : elle fait pousser des ailes aux plus timides.

Depuis leur pré glacé, je suis certain que les bêtes perçoivent la rumeur du monde, les bravos, les hourvaris. Ils sentent la chaleur : ils ne sont pas seuls.

Après le pique-nique, après le balayage des papiers déchirés, après le rangement dans l’ordre et avec le sourire, un groupe se forme. Les garçons et les filles forment un cercle au milieu de quelques-uns, qui dansent. Oui : qui dansent. Les autres tapent dans leurs mains. Ils acclament, ils accompagnent, ils encouragent. Ils emplissent le volume de cette grange avec leurs voix et leurs rythmes. Avec leur joie. Et moi, j’ai écouté, j’ai regardé.

Des mots sont passés

« Tu m’enverras une carte postale de Montauban ? » J’ai l’habitude d’envoyer une carte à R. et S. à chaque fois que je suis en voyage : R. me montre la boîte où il les range, avec celles de sa famille. Et des photos, et d’autres trésors. Quand j’avais l’âge de R., ma mère nous habituait, ma sœur et moi, à écrire des cartes quand nous partions en vacances. En réalité, elle profitait de nous pour ne pas les écrire elle-même : on faisait des dessins, et elle ajoutait un petit mot. La plupart des gosses de mon âge ont fait comme moi, j’en suis sûr, puis ils ont laissé tomber. Moi, je continue, mais pas avec tout le monde. Le truc chouette avec R., c’est qu’il en écrit aussi.

On était chez eux, hier. Les parents parlaient avec J.-E. de choses dont parlent les adultes. J’étais assis par terre avec S. qui me montrait un jouet : on place une sorte de diapositive sur une lumière, à l’intérieur d’un caisson transparent, puis on met une feuille par-dessus le couvercle en plexi. Et on décalque l’image. Il paraît que c’est une idée du père Noël. Est-ce qu’on croit au père Noël, à quatre ans ? Il étalait toutes les diapos, j’ai proposé de choisir un animal. Il m’a demandé : « C’est un animal, celui-là ? », en me montrant un chat habillé qui jouait de la guitare. J’ai supposé que oui. Alors, il s’est appliqué. Il a commencé à repasser les traits sur son papier. Sa petite main occupée à cette tache méticuleuse, et ses oreilles grand ouvertes sur la conversation sérieuse d’à côté. Et les neurones, qui n’en perdent pas une miette. Il me demande :
« C’est quoi, résister ? »
Je n’écoutais pas, moi, ce que disaient les grands, alors je ne sais pas pourquoi ce mot a surgi. J’explique :
« Par exemple, tu as envie de faire un truc, mais quelqu’un t’en empêche. Alors, toi, tu décides de ne pas te laisser embêter. Tu fais ton truc quand même.
— Ah, c’est comme se défendre, alors. »
Il passe son dessin en revue, vérifie qu’il n’a pas oublié une chaussure du chat. D’autres mots passent dans la pièce, des sons, des ondes qui traversent nos têtes.
« Et c’est quoi, la volonté ? »

C’était le petit déjeuner d’après réveillon, c’était le 1er janvier. Et voilà, nous sommes en 2020.