La joie de se frotter à l’autre

Au pire, j’avais gardé un titre en stock. Si leurs idées étaient nulles (ou s’ils n’en avaient aucune), j’aurais fait le truc tout seul et ils m’auraient regardé travailler. Le « partage » aurait consisté à leur montrer l’outil (comment je maquette le bouquin) et à expliquer mes choix. Pauvre partage. Ce matin, je sollicite leurs idées et l’un des élèves demande : « Et vous, vous en avez, des idées ? » Je révèle alors mon plan B, le scénario minimal pour sauver les meubles. « Ah, vous nous avez sous-estimés, en vrai. » Disons que je limitais les risques. Je suis prêt à bosser seul si personne ne veut m’accompagner, mais si l’on a envie de travailler avec moi, c’est mieux. Ce matin, ils avaient envie. Ils ont trouvé un titre meilleur que le mien. Et de bonnes idées pour illustrer la couv. Résultat : le livre sera vraiment leur livre. Je n’étais pas certain que ce groupe s’implique dans le projet (composer le recueil de textes écrits par d’autres élèves). Au début, c’était pas gagné. Luxe du temps long : quatre séances, six élèves. À la fin, je crois qu’ils y croient : ils disent « nous » en parlant du livre, et « notre titre » à propos de celui proposé par une seule personne, puis adopté à l’unanimité. Je n’aurais pas pensé à ce titre, moi. Joie de me frotter aux idées des autres.

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