Il faut que tout change

C’est d’abord cette joie : l’arrivée à Montauban, reconnaître les lieux où j’ai vécu. Je n’y ai vécu que deux mois, certes ; et peu de temps s’est écoulé depuis. Mais c’est quoi, peu de temps ? Quelqu’un sait-il encore ce que ça veut dire, le temps long ? Moi, depuis six mois, je ne comprends plus rien à ces questions de durée. Et même avant : je n’étais pas très au clair là-dessus.

Joie de traverser le Tarn à pied, puis d’atteindre la place Nationale. Une familiarité. Plus tard, en rencontrant A., je lui dis :
« Je suis content de retrouver Montauban.
— Rien n’a changé », elle me répond.

C’est vrai : depuis trois cent ans, les briques n’ont pas bougé d’un iota. La ville est la même. Mais nous, entre les murs ?

Juste après, c’est V. qui me dit :
« Tes cheveux ont poussé. »

C’est vrai : depuis mon dernier séjour à Montauban, j’ai demandé à J.-E. de me raccourcir les côtés, mais pas le dessus. Mes cheveux n’ont pas changé, donc : ce sont les mêmes qu’au mois de juin. Eh bien, alors, justement ! Ils ont changé, puisqu’ils ont poussé. Leur longueur me fait une coupe différente : ma tête a changé. Oui, mais si je les avais coupés afin que ma tête ne change pas, alors ce sont mes cheveux que j’aurais changé : ceux de juin à la poubelle, et des nouveaux sur le crâne. Alors, « ne pas changer de tête » : au prix de quels changements ? Je pense au Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change. »

Joie de revoir les gens, les lieux. Voilà une chose qu’on espérait voir changer : les occasions de se rencontrer. Si je reviens à Montauban aujourd’hui, c’est parce que nos n’avions pas pu, au printemps, organiser la clôture de ma résidence. C’était interdit. Nous sommes en septembre : les règles ont un peu changé, mais pas tant que ça. Nous avons désormais le droit de nous réunir, mais dans quelles conditions ?

Ce soir, à la librairie, je m’adresse à des visages masqués, à des corps espacés. La situation est effarante. Mais le plus fou, c’est que je prends du plaisir tout de même. Moi qui voudrais pourtant refuser d’entrer dans le rang. J’ai trop besoin de ces moments-là, alors je ne réfléchis même pas : si on m’invite, je fonce. Je vais chercher le plaisir où il se cache. Je suis effrayé par notre capacité à nous habituer à tout, parce que notre désir d’être ensemble l’emporte : pour partager une idée, une émotion à travers ces barrières. Est-ce que le monde a changé ? Je ne crois pas au monde d’après. « Il faut que tout change pour que rien ne change. » Nous avons changé, c’est sûr. Et cette rencontre était belle. Un cadeau. Malgré tout ça, j’ai juste envie de dire : « merci ».

Mon appartement de la place Nationale, au deuxième étage. La vue, c’est celle qu’on connaît par cœur : une carte postale. La fenêtre de ma chambre est sur ce pan de mur biseauté, dans le coin de la place. Alors, si je pivote à quatre-vingt-dix degrés, je vois la rue Bessières. C’est dans cette rue que j’habitais au printemps. Mais je ne voyais d’elle qu’une façade, qui fermait mon horizon. Désormais, je la vois dans toute sa longueur, en enfilade. La rue Bessières n’a pas changé. Mais mon point de vue sur elle, si.

Ça peut durer longtemps

Je procrastine la plomberie. Je n’ai plus d’eau depuis des mois. Quand le voisin du dessous m’a montré l’état de son plafond, j’ai compris que quelque chose ne tournait pas rond chez moi, ou plutôt que quelque chose coulait en-dehors du tuyau. J’ai coupé l’arrivée d’eau et je me suis dit : « On verra ça plus tard. » Plus tard, il y a eu la résidence à Montauban. Je n’étais donc pas chez moi, c’est-à-dire dans cette chambre qui me sert de bureau, où je suis en train d’écrire ce billet. Depuis mon retour, je n’ai pas envie de m’intéresser à cette fuite d’eau. Je me rends coupable d’une autre fuite : j’évite le problème. J’arrive le matin avec ma bouteille pleine, qui suffit à me laver les mains, à me faire un café. Ça pourrait durer longtemps comme ça. Ça dure longtemps, déjà. Certains jours, au lieu de me reprocher de faire l’autruche, je préfère me féliciter de ma frugalité : « La preuve que je sais me contenter de peu. » C’était mieux avec l’eau courante, mais ça marche sans.

Ça peut durer longtemps : c’est moins bien qu’avant, mais c’est supportable. On ne voit plus les visages des gens. On ne se réunit plus avec des inconnus dans un lieu clos. On n’embrasse plus ses amis (et quand on le fait, on a l’impression de faire une bêtise). Dans les librairies, on n’organise plus de rencontre entre les auteurs et les lecteurs : on n’échange plus d’idées, d’émotions, en sirotant un verre. On entre dans la boutique, on choisit un bouquin, on passe à la caisse. On ne partage plus, on consomme. C’est moins bien qu’avant, mais c’est supportable. On reste en vie, même si on s’emmerde. Les animaux domestiques s’emmerdent dans leur cage, mais ils sont en bonne santé. Ça peut durer longtemps comme ça.

À l’époque où je travaillais dans une organisation hiérarchisée, on appelait ça : « travailler en mode dégradé ». On n’aimait pas ça, on trouvait ça dégradant par rapport aux compétences qu’on estimait être les nôtres, on pensait qu’on valait mieux que ça. C’était pénible, mais on n’en mourait pas. On faisait le job ; on trouvait que le résultat était pourri ; on n’en était pas fiers ; on était payés à la fin du mois. On démontrait, grâce à notre bonne conscience professionnelle, qu’il était possible de continuer à jouer notre rôle, même dans ces conditions dégradées. Alors, ça pouvait durer longtemps. Et ça durait, de pire en pire. Ça marchait.

Promis : je vais finir par appeler un plombier. Ça ne peut pas durer. Pour me laver les mains, pour boire un café, ça va. Mais pour habiter, ça n’ira pas. Alors, si quelqu’un vient habiter ici ? La perspective de prêter cette chambre à J., bientôt, devrait me motiver : ce serait bien que tout fonctionne pour lui. Mais je crois que J. s’en fout. La dernière fois qu’il a dormi ici, il venait de passer dix jours dans la montagne avec son hamac. Alors, autant dire que l’eau courante à tous les étages, il sait s’en passer. Il sait se contenter de peu. Par contre, je pense qu’il supporte difficilement, lui aussi, de vivre moins bien. En mode « dégradé ». Mais il a cette qualité : il sait vivre autrement. En mode « Je sais ce qui est important pour moi. » Vivre ainsi : est-ce que ça peut durer ?

Remonter le temps (et la rue des Amandiers)

Je lis Hic. Je lis au lit, comme je le fais les matins où je m’éveille seul. Quand je ne suis pas seul, c’est-à-dire en temps normal, c’est le soir que je lis au lit, avec J.-E., parce qu’on voit plus clair dans la chambre que dans le salon. À moins que ce ne soit qu’une excuse pour nous serrer dans le nid. Ce matin, il est déjà parti : je fais des rêves sans intérêt. Dans l’un d’eux, je me lève, je trouve le téléphone de J.-E. sur le chevet et je me dis : « Il l’a oublié », et ça m’inquiète terriblement parce qu’il ne pourra pas m’avertir si quelque chose lui arrive, une impossibilité de rentrer ce soir, une catastrophe, par exemple l’obligation de passer la nuit à Limoges (histoire vécue). Il s’est levé à cinq heures pour prendre son train. Ça m’a réveillé vaguement, mais seulement vaguement. On ne peut pas appeler vraiment cet état : l’éveil. Juste assez conscient pour m’apercevoir que j’avais un peu mal à la tête, et pour m’en étonner parce que, normalement, la petite gêne que je sens dans mon crâne le soir s’en va toute seule avec le sommeil, parce qu’elle n’est qu’une manifestation de la fatigue. Là, c’est peut-être à cause de ce vin blanc qui pique, que j’ai bu pourtant très modérément : je l’ai bu le ventre vide, et dehors, dans le froid. Le froid qui déjà, sans alcool, a tendance à rabougrir les tuyaux de la tête, à faire un peu mal derrière le front. Mais je me suis attardé sur le trottoir parce que je discutais avec F. : il a été question d’Un homme qui dort, des gosses qu’on rencontre dans les écoles, de la Seine-Saint-Denis et de la magie dans les villes, de l’écriture inclusive, et puis des communistes qui, en vrai, ne mangent pas les enfants. Je suis content d’avoir vu F. et, surtout, je suis content qu’il m’ait attrapé à ce moment-là, alors que j’étais sur le point de partir. Hésitant entre : faire mon timide, et : faire semblant de devoir partir urgemment parce que j’ai laissé un truc sur le feu. Je ne connaissais pas grand monde, je ne savais pas qui aborder, ni comment. Les lectures étaient terminées, ç’avait été vachement bien. Ceux qui ont lu savaient lire, et y prenaient du plaisir. C’était joué. Incarné. Drôle. Avant la lecture, j’avais déjà bu un demi-verre de ce breuvage, à l’invitation de V. qui m’avait indiqué le cubi, dehors, parce qu’il faut sortir de la librairie pour boire, oui. Je suppose que c’est pour éviter de tacher les livres. « La semaine dernière, au même endroit, j’ai fait une tache de rouge sur mon exemplaire de Hic, alors je sais de quoi je parle », je dis à quelqu’un, qui me demande en réponse : « Tu étais ici la semaine dernière ? » Et il se trouve que hic, ça veut dire ici, alors ça tombe bien, et je réponds que oui. Dans Hic, le récit commence dans un futur proche, puis remonte le temps jusqu’aux origines de l’humanité, et même avant. Une chronologie inversée, un récit à rebours. J’ai fait un peu ça, dans un autre genre, avec cette nouvelle « Ici-Haut », parue dans ce numéro de Papier Machine dont nous célébrons la sortie ce soir. Aller de la fin jusqu’au début. J’étais content que ça leur plaise. Je revois V., que je connais un peu, et je rencontre en vrai L., avec qui je n’avais échangé que dans le monde virtuel. Elle reconnaît ma bobine, grâce aux réseaux sociaux. Je lui dis : « Mais toi, tu n’as pas de visage » (je voulais dire : sur Facebook, on ne voit pas ta tête sur ta photo de profil). « Mais ce soir, tu en as un. » Moi, je ne sais pas trop quelle tête j’ai : il a plu pendant que je montais la rue des Amandiers, mes lunettes sont criblées de gouttes. La rue des Amandiers qui croise la rue des Panoyaux : passant au niveau de ce carrefour, je me suis rappelé l’ancienne adresse du Monte-en-l’Air, et j’ai pensé « Ça ne me rajeunit pas ». Je me suis rappelé cette excitation de fabriquer mes propres livres, en toute légèreté, pour rire ; cette excitation que je retrouve en travaillant avec Guillaume sur nos Histoires pédées. S’amuser. Je me rappelle aussi ma timidité : j’étais entré au Monte-en-l’Air en faisant semblant de chercher quelque chose, jusqu’à prendre mon courage à deux mains pour parler à un libraire et lui montrer mes petits livres. Il avait été drôlement chic avec moi : il ne les avait pas pris en dépôt, non, il les avait carrément achetés pour les mettre en rayon. J’étais fier. Ces petites choses agrafées, imprimées à cinquante exemplaires à la reprographie de la rue de Bretagne. Vous savez, la boutique qui fait le coin, en face de l’immeuble où habitait J.-E. à l’époque : c’était il y a une douzaine d’années, je n’étais pas vieux.

Papier, machine, plateau

Les gens de Papier Machine sont belges. Enfin, pas tous, mais ils fabriquent leur revue dans ce pays. Je les ai rencontrés à Paris il y a quelques années : il y a eu Œuf, puis Éponge. Ce nouveau numéro s’appelle Plateau.

J’étais en Vendée. Il y avait ces villages réfugiés dans les hauteurs, mais pas tellement hauts non plus. Des anciennes îles, surnageant au-dessus du marais, à quelques mètres d’altitude. De modestes promontoires tout plats. Des plateaux.

J’ai écrit une histoire qui se passe sur un plateau de ce genre-là. J’avais envie de la raconter à rebours, et de remonter le fil jusqu’au début. J’ai appelé ça « Ici-Haut » et c’est paru dans ce numéro : Plateau.

Le numéro est très beau, comme à chaque fois. Mais, non, pas comme à chaque fois, car c’est toujours différent. Cette fois-ci, c’est mis en pages par Claire Allard, et elle a eu cette idée de composer mon texte en altitude, et à rebours. Collé au plafond, le titre en dessous. J’aime beaucoup.

Les gens de Papier Machine seront au Monte-en-l’air le vendredi 17 janvier. Moi aussi. Ce sera une soirée de lectures, et on boira des coups : venez !

« Nous savons ce que nous voulions dire »

« Que fais-tu ici ?
— Je cherche Paludes pour te l’offrir. »

Je suis tombé sur G. dans le rayon littérature de Gibert, par hasard. Alors on est restés ensemble. Je l’ai accompagné au rayon poche pour trouver mon cadeau qui n’était, de toute façon, pas une surprise, parce qu’il m’avait prévenu :

« Je vais t’offrir Paludes.
— Mais pourquoi ?
— Parce que c’est un livre pour les écrivains qui écrivent. »

Et G. sait de quoi il parle, en étant un lui-même. On va boire un verre rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Là, devant ma bière, je lui explique où j’en suis dans Les présents : il me semble que les choses dont j’avais prévu de parler, avant de l’écrire, sont effectivement présentes dans mon manuscrit, mais qu’il y a aussi d’autres choses dedans, en plus, que je vois seulement maintenant – si c’est un roman d’apprentissage, alors mon personnage apprend, et moi aussi à son côté : et c’est cela qui peut devenir le vrai sujet du texte. Non pas les choses que je voulais y mettre (et qui y sont), mais plutôt les choses qui finalement y sont aussi et surtout. Il comprend ça très bien, G.

Et le lendemain, je commence Paludes, et au début de Paludes il y a ceci, qui dit exactement (et en mieux) ce que je viens d’expliquer : « Si nous savons ce que nous voulions dire, nous ne savons pas si nous ne disions que cela. On dit toujours plus que CELA. »

André Gide, Paludes

La toute première phrase contient tellement : « Avant d’expliquer aux autres mon livre, j’attends que d’autres me l’expliquent ». Mais oui. C’est évident, mille fois évident : je n’ai commencé à comprendre ce que j’avais écrit que peu à peu, à chaque étape : quand je l’ai fait lire à J.-E., puis quand j’en ai discuté avec Pascale ou avec Guillaume, puis quand les textes sont devenus des livres, quand des gens les ont lus et en ont parlé avec moi. Je reçois, ce même jour de Paludes, un message d’une lectrice rencontrée à Lourdes il y a deux mois, qui me dit qu’elle garde de cette soirée un souvenir aussi vif que moi. Sait-elle seulement qu’elle a contribué à me faire comprendre ce que j’écrivais ?

Un autre truc que je fais en ce moment dans Les présents : je précise le rôle de chaque personnage, qui s’est construit de manière intuitive, mais que j’ai compris seulement en parlant avec Guillaume. Je ne suis pas en train de dire qu’il m’a expliqué cela lui-même, mais plutôt que parler avec lui m’a fait le comprendre – c’est plus intéressant ainsi. Théo comme une sorte de Perceval qui n’ose pas toucher l’objet de sa quête quand il l’a sous les yeux. Le père, du côté de la fiction. L’ami, du côté du savoir exact. Le gars du bistrot qui est le même que l’ami. Édouard, l’aiguillage. Les deux petites vieilles, qui ouvrent et ferment le cycle. Maintenant que je sais cela, je me sens plus fort.

Je lis Paludes et, le soir, j’en parle à L. aux Souffleurs, où il faut parler fort pour s’entendre. L. a fini d’écrire son roman. Il se sent orphelin, dit-il. Il y a mis ce qu’il devait y mettre, dans son texte, et sûrement plus. Mais, aussi, un peu moins – dit-il. « Nous savons ce que nous voulions dire », certes, et L. voulait peut-être en dire trop ; pendant qu’il écrivait, il a atteint un mur qu’il n’a pas franchi. Probablement parce que son œuf était plein – dans Paludes, le livre qu’on écrit est un œuf : il est plein, on ne peut plus rien y ajouter. Puisqu’il reste encore à L. des choses à dire, alors, il pourra les mettre dans un autre œuf. Et il se sent moins orphelin, d’un coup, parce qu’il a encore beaucoup à écrire. Et des œufs à couver.

Quelque chose qui me dépasse

Quand on descend en ville depuis la gare, le premier grand hôtel qu’on trouve au bord de la route est abandonné depuis belle lurette : une piscine, vide, est le repaire de gigantesques plantes farouches, qui poussent à même le béton. C’est beau.

Mais, ensuite, Lourdes ce n’est plus du tout comme ça. C’est plus sage. C’est même, par moment, franchement toc. La grande basilique plantée au-dessus de la grotte (avec des mosaïques pseudo-byzantines), Guillaume trouve qu’elle aurait sa place dans un jeu vidéo, ou dans le Seigneur des anneaux. On tourne de cent quatre-vingts degrés et, devant ces autres bâtiments, il dit : « on se croirait en banlieue parisienne » (et c’est vrai que ça a un genre des Étoiles d’Ivry ou de Saint-Denis, en moins bien). Mais, en vrai, le monument qui vaut vraiment le coup à Lourdes, c’est la basilique souterraine. À condition d’aimer le brutalisme, bien sûr (et j’aime ça, moi).

Impressionnant, de trouver cette chose immense, enfouie au bord de la rivière. On n’est pas loin du surnaturel.

Tout autour de la ville, c’est la montagne. Je dis au patron de l’hôtel combien j’aime la vue depuis ma fenêtre et, pour la lui décrire (lui rappelant laquelle est ma chambre, et vers où elle est orientée), je lui dis que je vois la montagne au loin et, devant, le cimetière. Alors, il croit que je me moque — comment lui expliquer que ça ne me déplaît pas, à moi, le cimetière (sans passer pour un tordu) ? Le mieux est de changer de sujet. Le truc incroyable, c’est qu’il a lu les livres de Guillaume, même ceux qu’il a écrits il y a dix ans. On ne tombe pas tous les jours dans un hôtel pareil.

Mais, la chose vraiment impressionnante, surnaturelle, incroyable, elle arrive le soir. À la librairie Le Square. Les lecteurs, les lectrices sont là, invités par Julie et Stéphane. On parle de nos livres. Avec intérêt, avec enthousiasme. Une dame nous dit, à Guillaume en même temps qu’à moi, combien elle a été émue par nos livres. À moi, elle dit comme L’épaisseur du trait a été une lecture importante pour elle. Et moi, qui ai tellement l’impression, dans ce livre, de n’avoir parlé que de mes sentiments, que des petits choses qui tournent dans ma petite tête, je trouve magique de rencontrer cette femme qui s’est sentie concernée par mes mots, mes phrases. Elle a parlé de « douceur », de « délicatesse ». Souvent, je fais le malin, quand j’écris sur le blog, mais là, ce soir, je vous le dis sincèrement, les yeux dans les yeux. Je suis tout nu, j’arrête de frimer. Je ne fais pas le modeste, je vous le dis comme je le ressens : à la librairie, tout à l’heure, j’étais très ému. J’ai eu envie d’y croire, et de faire confiance à cette dame : parce que ce qu’elle m’a dit, finalement, c’est que j’ai réussi à écrire quelque chose qui me dépasse, qui est un peu plus grand que moi. De la littérature, quoi. Et c’est beau d’entendre ça.