Ça commence par un immense soulagement : Paris reste à gauche. Je refuse d’ergoter sur le genre de gauche qui a gagné, quelle nuance du spectre, quel degré de pureté. Ça pourrait toujours être mieux. On en a parlé longuement avant, on en reparlera plus tard. Mais ce soir, d’abord, je me dis qu’on est sauvés : …
Archives de l’étiquette : la politique
Il vous faut quoi de plus ?
Je tourne en rond, je bouillonne, je peste tout seul dans mon bureau en rafraîchissant les sites d’info et les applis : ils vont vraiment être aussi cons ? Ne pas s’allier ? Est-ce qu’ils croient sincèrement que nous, les électeurs de gauche, on en a quelque chose à foutre de leurs étiquettes ? de leur soi-disant pureté ? Alors, …
Douze gars sympas
Je suppose que les moutons sont à l’ombre. Il fait très chaud. Ils doivent avoir un abri quelque part. En tout cas, je ne les vois pas. Je suis sorti du tram, j’ai longé ce gros boulevard très calme, très minéral, sur trois cent mètres, et voilà : les murs de la prison. Et autour : un …
Un élan que vous n’arrêterez pas
Je marche avec J.-E. en bord de Seine comme si c’était l’été. Le soleil nous dore la truffe. Pleine face. Et puis on remonte en ville. Quelque part sur un boulevard, un teckel conduit un Vélib. C’est ce qu’il croit, le petit chéri, ses oreilles écartées à droite ou à gauche pour signaler qu’il va …
On a eu chaud
Le sable sous les pieds est carrément pénible. Je regarde, curieux : ma peau a rougi. Je craignais les brûlures d’en-haut (pas un seul nuage en vue), mais je n’avais pas pensé à celles du dessous. Il y a deux jours, au kiosque d’informations touristiques de Ravenne, aux trois ragazze et au ragazzo (le sourire …
Il y a des gens là-haut
On pourrait dire, par facilité : « coupés du monde ». Mais le monde, c’est aussi la pierre, les brins verts qui en émergent parfois, les parois humides qui s’élèvent à mille mètres au dessus de nos têtes et scintillent au premier rayon. Le monde, c’est aussi la neige qu’il faut fouler, alors que j’aurais préféré ne …
Nous sommes l’horizon désirable
Je m’inquiète pour J.-E. qui doit rester sans moi ce soir et les jours suivants. Non pas qu’il soit incapable de vivre sans moi (nous savons nous séparer quelques nuits, voire une semaine, afin de varier les manières de s’aimer, à distance ou tout proches, depuis dix-huit ans), mais il s’agit d’une soirée spéciale. Nous …
Avec les ailes que donne la foi
Il s’installe face à moi, au café, aussi beau que ce matin. Son sourire dit son plaisir. Timide quand même. Grand corps solide, ses épaules nues. Par facilité, je pourrais dire « un ange », mais non : il n’est pas « apparu » hier soir, il s’est approché et je l’ai accueilli. Il n’est pas blond. Ses boucles emmêlées, …
Ça ne sent pas bon
Dans la première salle, une brochette de chevaux fantômes, les yeux rouges, me font penser à la fougueuse cavale de notre chambre : les hommes sans visage montés sur des animaux plus beaux qu’eux, détourés d’un halo mystique, une ligne tracée par le père de J.-E. de son pinceau blanc ; pourtant leurs yeux sont noirs sur …
Et ça ruisselle en cascade
Deux jours de pluie dans un pays où, d’habitude, les gens viennent chercher le soleil en hiver. La première fois, déjà, il avait plu et B. s’en était excusé, comme s’il y était pour quelque chose : j’étais venu un hiver, aussi, il y a huit ans je crois, l’ami m’avait prêté son appartement et, …