Il y a des gens qui connaissent Bordeaux. Moi, je connais la forêt du Bourgailh à Pessac, son caméléon géant en bois vernis, son Bike Park lunaire et son belvédère de dix-huit mètres qui offre une vue sur rien : le ciel blanc opaque. Je lis que le parc est aménagé sur une ancienne décharge (clin …
Archives de la catégorie : Journal
Je digresse et tu le sais
À G. qui me demande si je serai à la BNF cet après-midi, je réponds oui, mais pas à Tolbiac comme lui, plutôt à Richelieu : « parce que je préfère les ors, les boiseries, le luxe. » Bien sûr, il rebondit : « la luxure. » Mais non, il se trompe, il ne m’arrivera rien de ce genre, car …
Chez l’autre qui n’est pas là
Le cinéma est fermé, je suis assis avec H. autour d’une minuscule table de bistrot, tout contre le rideau de fer, les affiches de films au-dessus de nos têtes. C’est un renfoncement courbe qui me fait penser à la rue de Jouy : une adresse qui semble logique, par rapport au lieu où je me trouverai …
La taille, oui, mais la durée compte aussi
De deux séductions, c’est celle du travail la plus forte : je décline une invitation à déjeuner, répondant que je suis à fond dedans, que je ne veux pas sortir du doux tunnel où je me suis engouffré moi-même. Ce n’est pas un prétexte pour éconduire l’ami, car je n’en ai pas besoin avec ceux qui …
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Alors que personne ne nous le demande
On croirait qu’un thème « orange » a été décidé, et pourtant non. Ça s’est fait comme ça. Juline a préparé un velouté de potimarrons, un curry de butternuts et patates douces, un gâteau de pain d’épices à la crème d’oranges. Et nous, on a apporté des clémentines et des kumquats. Quand elle nous a demandé : « Vous …
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J’explore, j’approfondis, je radote
J’avais vingt-et-un ans, c’était l’année des voyages : je n’avais rien demandé et la chose m’arrivait quand même. À l’époque, j’avais déjà compris que j’étais un petit gars chanceux, mais ce truc-là je ne l’avais pas vu venir : il y avait déjà ce départ en Pologne programmé, car dans mon école le séjour Erasmus était obligatoire …
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Le désir de prolonger ce geste
Nous allions parler d’amour, je le savais. À peine nous nous sommes trouvés sur la place du Châtelet (depuis combien d’années n’avais-je pas eu le loisir d’observer cinq minutes cette fontaine, où personne d’autre que nous n’avions rendez-vous ce soir ?), il m’a assuré qu’il ne passerait pas la soirée à parler de lui, qu’il n’accaparerait …
« Splendeurs et misères des couturières », ou « Le pari des Rabot »
J’avais envie de romanesque, voire de rocambolesque : quelque chose de feuilletonnant. J’ai été servi par Un conte de deux villes. Quand je l’ai fini, H. m’a dit : « J’adore les scènes d’auberge, et aussi la description du salon glacial d’un aristo français » — il m’impressionne, il connaît tout. C’est le seul livre de Dickens que j’ai …
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La fin de la honte et de la haine de soi
Je comprends facilement les deux premières phrases : « Część ! Jak się masz ? » Il s’adresse à la jument. Mais les mots qu’il prononce après, je suis déjà largué. Il ne reste pas grand-chose de mon polonais — d’autant que je n’ai jamais possédé de cette langue que des bribes : une heure hebdomadaire durant, quoi ? douze semaines ? Le seul …
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Une présence unique éclaire la nuit
À l’emplacement de la rue des Batailles, après que toutes les maisons ont été rasées (celle où Jules a vécu, et puis l’usine Cail qui descendait jusqu’à la Seine), alors que la butte de Chaillot était toujours nue (esplanade vide où aucun des monuments envisagés n’a jamais été construit), au beau milieu des décombres du …
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