On n’a pas tué leur imagination

Quand il faut garder le silence, ils savent se taire. Plus tôt dans la journée, ils émettaient un joyeux brouhaha : il s’agissait de chercher des idées et de les exprimer. Mais à présent, c’est un spectacle, alors on ne les entend plus : il faut regarder et écouter. Juste avant, C. leur a expliqué que le CDI a été transformé par les comédiennes, qui ont passé la journée à installer le décor. Puisqu’on ne peut pas aller au théâtre, c’est le théâtre qui se déplace. Les mômes ont compris. Je connais des gens qui aimeraient être à leur place. Mais eux aussi, les enfants, ils aiment être à cette place. Ils aiment la pièce et ils le font savoir : quand la comédienne tire sur une ficelle et qu’un truc jaillit de la cafetière, ils font « Ooooh… » Puis, quand elle se cache sous la table pour projeter des ombres chinoises, ils se lèvent afin de mieux voir : ils suivent les mouvements du spectacle avec leurs yeux, avec leur tête, avec tout leur corps. Quand c’est drôle, ils rigolent. Ils n’ont pas peur de montrer à tout le monde qu’ils prennent du plaisir. Ils ne pensent pas « C’est du théâtre, alors c’est chiant » ; ni « C’est un truc scolaire. » Ils se laissent prendre simplement par la main. Puisque c’est magique, la magie opère. Eux qui sont gavés d’écrans et de technologie, ils s’émerveillent quand une languette de papier fait remuer des petits poissons colorés. L’année dernière, ils ont quitté leur école primaire dans des conditions absurdes ; ils sont au collège depuis six mois et n’ont jamais vu le visage de leurs profs en entier. Ils sont masqués, mais leurs yeux pétillent. Ils n’ont pas oublié ce que c’est que d’être des enfants.

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Un muscle, un os, un rythme

Ce n’est pas ce qu’on appelle des palpitations, parce que ce n’est pas le cœur que je sens, au fond de ce creux que j’ai dans la poitrine, là où le sternum s’enfonce (je suis sûr que cet os touche mon cœur, mais ça, c’est mon idée à moi). Là, la chose que je sens palpiter, c’est sur le côté droit, alors que mon cœur est comme celui de la plupart des gens : à gauche. Le muscle qui gigote sans raison, très vite, est situé en surface : c’est un de ces muscles rangés entre les côtes, un de ceux qui couvrent l’autre, le plus important, celui qui pompe le sang. N’empêche : un truc pulse fort et vite dans ce creux où les côtes s’enfoncent, et j’aime pas ça.

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