Mais protégés par une fiction douce

D’abord, je suis content de les rencontrer pour partager ce qui compte pour moi — lire, écrire — je commence presque toujours par dire ça devant une classe — puis, à eux, je dis que ce lieu a un goût particulier pour moi, car je le fréquentais à leur âge (dire « à votre âge » à …

Le nez sur la mécanique horlogère

Le personnage du voyageur : je m’obstinais à le nommer « le voyageur », faute de nom. Je me suis forcé à lui donner un corps, après que je me suis aperçu qu’il restait un fantôme, et que je n’avais rien à dire à son sujet. J’ai inventé des trucs, mais c’était bidon. Alors je me suis demandé …

Tout fout le camp, et le pont de bois s’effondre

Le truc qui bouge tout seul dans ma main s’appelle : muscle opposant du pouce (opponens pollicis), j’ai regardé sur Wikipédia. C’est vraiment bizarre : je pose mon avant-bras à plat sur le bureau et je regarde ce muscle tressaillir. Il est nerveux, le pauvre. La semaine dernière, je sentais une sorte de fatigue dans le poignet, …

C’est un immense dessin en couleurs

Je n’avais pas demandé ça du tout. J’avais dessiné sur mon bras un bonhomme, au feutre noir, peut-être cinq centimètres de haut : de face, statique, comme s’il posait pour un portrait, coupé à la ceinture et au-dessus des mains par un cadre vaguement orné (j’avais dédoublé le trait pour bien signifier mon intention : une sorte …

J’ai rêvé que j’étais chez moi

C’est le moment du départ. Je suis en voyage et je dois rentrer chez moi. Il y a presque toujours ça, dans mes rêves : je quitte une maison dans laquelle j’ai vécu quelques jours. Et cette maison provisoire, je la vois en détail. Je peux la décrire. Pourtant, elle est différente à chaque fois. Il …

Je peux choisir

« C’est un autre monde », disons-nous en parcourant les avenues courbes du Vésinet, les vastes pelouses. Ces énormes maisons sont délirantes : par leur taille, certes, mais aussi par le luxe d’ornements, la fantaisie des architectures. Et les parcs, immenses. Les enfants qui grandissent ici : je dis à J.-E. qu’on ne peut pas leur reprocher d’être égoïstes, …

Nous sommes au milieu du carrefour

En allant vers le stade, ou vers le gymnase, nous passons nécessairement devant l’immeuble où j’ai grandi. Je voudrais le montrer à la personne qui m’accompagne, mais il est masqué par les arbres du parc, au premier plan. Pourtant, c’est un grand ensemble, un gros volume… Je lui montre alors les deux blocs d’immeubles situés …

Les deux plaisirs

Est-ce que Pâques a toujours lieu en avril ? J’ignore comment la date est calculée. Noël, au moins, c’est clair : on sait quand ça tombe. Je me souviens d’Avril. C’était le nom d’une boulangerie où nous n’allions jamais, parce que ce n’était pas la plus proche de chez nous (il y avait celle « du coin », cent …

Je me souviens de Saint-Germain-en-Laye

Je me souviens de la traversée de la Seine, puis de la côte, puis des quatre ou cinq volées de marches pour arriver à Saint-Germain.Je me souviens de la maison de la presse, fermée, puis transformée en boutique de fringues.Je me souviens de la viennoise au chocolat, que je préférais à tout autre goûter car …

Combien de fantômes

J’étais encore dans mes plans, à me promener. Là, c’était dans le Guide commode de la banlieue de Paris dressé par André Lecomte (38, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, téléphone Turbigo 89-18). La ville où j’ai grandi a pas mal changé, depuis, en particulier sur les bords de Seine qui m’intéressent tout spécialement. J’aurais bien aimé faire ça, comme …