Mais la bipédie c’est une autre affaire

Nous posons un pied devant l’autre ; au-delà, difficile de savoir ce qui arrivera. Nous le devinons, car nous avons lu la carte : les sentiers en pointillés, les courbes de niveau, nous décodons ce langage sans y penser : l’image mentale se forme en temps réel. Mais le vrai paysage, c’est autre chose. Et …

En les autres peut-être, en soi surtout

La première chose qu’il me dit, quand je le trouve au coin de la rue du Temple et de la place de la République : « Je suis monté sur la statue et j’ai dansé sans ma chemise. » Ce qu’il me dit le lendemain, avant de reprendre son train : « Il y a quelques jours encore, je me …

L’animal nocturne comme un cadeau

Il y a quatre personnages. L’un est un homme. Les autres, un oiseau, un crustacé, un reptile : des chimères, en vérité. Des allégories peut-être. De quoi ? L’homme a pour mission de défendre le temps, c’est-à-dire le globe de bronze où tournent deux aiguilles. Car c’est une horloge, le monument du quartier éponyme. Mille fois nous …

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

J’ai failli écrire : « ambiance pompes funèbres », mais en général les magasins de deuil sont décorés de couleurs pastels et de motifs mièvres, un kitsch sobre et consensuel, certes pas trop gai, mais surtout pas plombant. Tandis qu’ici, c’est plutôt le genre lugubre : une porte métallique gris foncé, parfaitement rectangulaire. Le style agence immobilière. Pour avoir …

Paris est tout petit

Il dit qu’il a tout appris en observant la vallée de son enfance : comment les arbres poussent, comment vivent les bêtes et les gens, d’où vient l’eau et vers où elle coule. C’est le sujet de son exposition : la vallée. Mais en vérité, il s’agit de parler de tout le reste : le dedans des corps, …

La taille, oui, mais la durée compte aussi

De deux séductions, c’est celle du travail la plus forte : je décline une invitation à déjeuner, répondant que je suis à fond dedans, que je ne veux pas sortir du doux tunnel où je me suis engouffré moi-même. Ce n’est pas un prétexte pour éconduire l’ami, car je n’en ai pas besoin avec ceux qui …

Nous sommes de ceux qui regardent tout

Une dame me demande : « La sortie sud, c’est où ? » Elle me prend pour un habitué des lieux. Ça veut dire que j’ai une tête à savoir où je vais. Et ça me plaît d’avoir l’air de ça, dans cette ville que j’aime. Je dis : « C’est par là. » Elle veut être sûre : « C’est bien de ce …

Que faire de lui ? Rien, bien sûr

Bien sûr, on a de la sympathie pour les animaux. Là, ce sont six chevaux brossés, peignés, chouchoutés, harnachés. Il y a des calèches à côté, je suppose qu’on les attellera deux par deux. Ça fait plaisir, et ce n’est pas anachronique dans ce décor désuet (je n’ai pas dit : vieillot), dans son jus (je …

« Il y a un côté absurde », disent-ils

J’écris en roue libre depuis plusieurs semaines, sans relire ce que j’ai fait dans les jours précédents, ni me référer aux chapitres écrits l’année dernière. Avant de m’engouffrer dans n’importe quoi, ce serait bien d’y jeter un œil à nouveau ; avant d’aller trop loin dans le bizarre-pas-bizarre — cette bifurcation qui m’excite : ouvrir une brèche …

Tout fout le camp, et le pont de bois s’effondre

Le truc qui bouge tout seul dans ma main s’appelle : muscle opposant du pouce (opponens pollicis), j’ai regardé sur Wikipédia. C’est vraiment bizarre : je pose mon avant-bras à plat sur le bureau et je regarde ce muscle tressaillir. Il est nerveux, le pauvre. La semaine dernière, je sentais une sorte de fatigue dans le poignet, …