Cet espace immense et doux qui sépare les yeux du museau

C’est en pleine forêt, mais à la croisée d’un chemin : je ne suis pas perdu. Je sais où je me trouve et, si je suis seul, je ne suis pas abandonné : les autres membres de mon groupe (ma famille, mes amis, je ne sais pas) ont choisi de s’installer ailleurs, mais à toute proximité. Je vais donc passer la nuit ici, et j’y serai très bien. Il fait encore jour : la forêt est lumineuse malgré sa densité. Très verte (c’est le printemps ou l’été). Près du lieu où je m’apprête à dormir (couché à même le sol, sur un tapis moelleux d’herbe et de feuilles), il y a une sorte de lac, coupé en deux par le chemin. Le mot « tourbière » me vient aux lèvres : l’image est pourtant celle d’un étang ou d’un marécage. Un grand panneau est planté dedans, orienté dans le sens opposé au mien : j’arrive à le lire à l’envers, comme par transparence : ce marais est à vendre. Je me demande qui pourrait acheter ça (le coût de l’assèchement, pour bâtir par-dessus, me paraît absurde). Je m’endors.

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Masculin / féminin (Paris est tout petit)

J’envoie cette photo à G. alors que je marche sur le boulevard Saint-Germain. Je lui écris : « le poulpe du boulevard Saint-Germain », parce que je passe devant cette devanture tandis que j’ai rendez-vous avec lui, et parce qu’il vient de me faire lire une nouvelle dans laquelle il est question d’un poulpe et de son tentacule (parce que « tentacule » est masculin et que, comme je le lui fais remarquer : ça tombe bien). Il me répond : « Moi, j’ai trouvé une licorne » et, en effet, sur la table du café de la rue Champollion où il m’attend, il y a La licorne de Pierre Herbart – la première fois qu’on s’est rencontrés, boulevard Saint-Germain, c’était Contre-ordre sur la table, et c’était moi qui le lisais.

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