Quelqu’un s’approche

La dernière fois que mon corps est entré en contact avec un autre corps, c’était le 12 mars. Peu avant 19 heures, j’ai serré la main de deux personnes différentes, puis j’ai fait la bise à É., à qui j’ai fait la bise à nouveau aux alentours de 23 heures.

Il y a des gens qui vivent seuls, qui jamais ne se blottissent contre un corps comme je le fais, moi, quand je ne vis pas seul à Montauban. Des gens qui dorment seuls, mais qui sortent tout de même de chez eux : qui embrassent leur mère, leur voisine ou leurs neveux, qui serrent la main des collègues à la pause café. Et je pense aux autres, aux personnes qui ne font rien de cela, parce qu’elles n’ont pas de collègues, pas de mère, pas de voisine ni de neveux – et qui vont parfois chez le coiffeur, pour sentir des mains sur la peau de leur crâne. Pour que des mains qui appartiennent à un autre corps leur rappellent qu’elles ont un corps, elles aussi. Je pense à ma mère qui était si pudique et qui pourtant, quand nous marchions ensemble, aimait bien prendre mon bras. Je me souviens avec minutie des sensations éprouvées la première fois que ma peau a touché celle de J.-E., en-dehors des contacts définis par les règles du rapport amical : ce frôlement qui voulait paraître involontaire, et qui s’est attardé.

La dernière fois que ma peau a touché la peau de quelqu’un d’autre, c’était le 12 mars. La dernière fois que mon corps s’est approché à moins d’un mètre d’un autre corps, c’était le 17 mars : il me semble que, pendant la matinée de ce jour-là, le rayon s’est réduit à cinquante centimètres, l’espace de quelques secondes.

Imaginons : ce serait la nuit, et on ne serait pas seul. On ne verrait rien, on n’entendrait rien. On percevrait seulement la proximité d’un corps : « Quelqu’un s’approche. » On sentirait sa chaleur, puis son contact. Ce serait beau.

Extrait de L’épaisseur du trait, paru aux éditions Publie.net

Il manque le corps

J. me dit au téléphone que, parmi les dix collègues de S., six sont cloués au lit par le virus. Est-ce que S. a été contaminé ? « On ne le saura que dans quelques jours », me dit J. qui est confinée avec lui, puisque S. est son amoureux. J. est convaincue d’avoir déjà eu cette maladie il y a quinze jours : la grippe chelou qu’elle avait, c’était ça, elle en est sûre. Elle me décrit le même « symptôme d’après » que m’a expliqué T. dans son message : il a été malade ces derniers jours, ça va mieux maintenant, mais il a perdu l’odorat. Je lui dis : « Je ne crois pas avoir un odorat très sensible, ça n’est pas important pour moi, mais je suis sûr que, si je le perdais, il me manquerait ». Ça devient salement concret, cette menace. Elle est entrée dans des corps que je connais. Certes, les gens qui l’ont autour de moi vont bien, mais ils l’ont eu quand même. Voire : ils l’ont encore, comme mes voisines parisiennes. Est-ce qu’on dit encore « mes voisines », quand on ne vit plus côte à côte ? Je suis loin d’elles, loin de mon immeuble parisien, loin de cette petite cour qui ne doit plus résonner de la même façon que d’habitude. Loin de J.-E., surtout. On se manque, mais ça faisait partie du jeu de la résidence. C’est seulement plus radical que prévu. On se parle souvent, oui, au téléphone, mais il manque la présence, il manque le corps.

Ce que j’ai à dire est-il plus intéressant que ce que les autres diraient ? Laurent disait tout à l’heure : « C’est beau un écrivain qui fait son boulot. » Alors je continue, ça me donne quelque chose à faire. Je n’arrive pas à me concentrer suffisamment, toutefois, pour travailler sur les projets qui m’ont amené ici – pour « faire mon boulot », donc, reprenant les mots de Laurent.

Je relis des textes que j’ai déjà écrits. Je les lis à voix haute, pour les faire exister, et parce que : ce que j’ai de plus intéressant à dire, c’est ce que j’écris. Ce matin j’ai écouté (et regardé) ces lectures de Mathieu Riboulet et Marie-Hélène Lafon : j’ai vu « passer » ça sur Twitter grâce à Anne-Lise, et je l’ai accueilli comme un cadeau. Le décor n’est pas beau, la vidéo n’est pas mise en scène : alors, n’aurait-on pas pu se contenter du son (de la voix) ? Mais non : on voit les corps. On voit les sourires, les regards. Et, au-delà, la complicité des corps : comment ils s’approchent, comment ils se passent le relais (la parole). Comment l’espace entre les corps (l’interstice) fait partie, aussi, de la complicité.

Sur mes deux premières vidéos, j’avais choisi un contre-jour. Une façon de dire : « C’est le texte qui compte, pas moi. » Cette fois, j’essaie autre chose. J’ai envie d’incarner ces mots. Non seulement par ma voix, mais par mon corps.

Un muscle, un os, un rythme

Ce n’est pas ce qu’on appelle des palpitations, parce que ce n’est pas le cœur que je sens, au fond de ce creux que j’ai dans la poitrine, là où le sternum s’enfonce (je suis sûr que cet os touche mon cœur, mais ça, c’est mon idée à moi). Là, la chose que je sens palpiter, c’est sur le côté droit, alors que mon cœur est comme celui de la plupart des gens : à gauche. Le muscle qui gigote sans raison, très vite, est situé en surface : c’est un de ces muscles rangés entre les côtes, un de ceux qui couvrent l’autre, le plus important, celui qui pompe le sang. N’empêche : un truc pulse fort et vite dans ce creux où les côtes s’enfoncent, et j’aime pas ça.

Dans le métro, j’observe ce garçon très jeune, qui porte un polo à manches courtes. Ses bras sont minces, mais pas maigres. Secs, mais pas trop. Tendres. Le renflement du biceps est bien rond, mais pas gros (surtout pas), il forme une bosse bien nette au-dessus de la saignée du coude qui, elle, est toute fine. Rond, mais pas mou. Fort, mais pas brutal. Joli comme tout. Je pense que le corps d’Adrien, dans le texte qui m’occupe ces jours-ci, devrait être exactement ainsi. Il y a un passage qui me fait hésiter. J’y ai glissé un peu de cette sensualité, qui n’est peut-être pas celle que mon personnage serait capable de voir chez Adrien : je signale le petit os de la cheville, qui dépasse du vêtement. Je me dis maintenant qu’il n’est pas intéressant du tout, cet os-là, pour mon récit. Je vois maintenant à quoi ressemble Adrien, puisqu’il est assis sur ce strapontin dans le métro. Je ne le décrirai pas, dans ce texte, car ce n’est pas du tout mon sujet. Mais je sais maintenant qu’il est blond (je n’y aurais jamais pensé tout seul). Et je vois alors tout son corps en conséquence. Et Jules, mon personnage, est tellement obsédé par la sensation de son souffle, par les battements du cœur… Alors, son attention ne peut pas être captée par l’os de la cheville, c’est absurde. Il peut être ému par la petite tête de la clavicule, en revanche. Cette émergence ronde sous la peau tendre, la clé de voûte de la cage thoracique – ça aurait du sens.

Dans la rue Caumartin, une plaque signale l’immeuble où Stendhal a écrit La chartreuse de Parme en cinquante-deux jours. La frime. On arrive au théâtre : une placette à arcades, que je ne connaissais pas. Ce n’est pas trop mon quartier, ici. Pendant le spectacle, je pense : « ce gars-là, je l’ai déjà vu quelque part », car l’un des artistes sur la scène a une tête qui me revient. Mais, pas moyen de me rappeler quel endroit, quel film, quelle pièce. Quand tout est fini (on applaudit fort, longtemps ; mes mains qui tapent en décalé par rapport au rythme général : ç’a toujours été un problème pour moi, le rythme), je regarde dans le programme : son nom aussi me dit quelque chose. Mais ça ne me dit toujours pas où, quand, comment. Au bar du théâtre, on dit merci à L. de nous avoir invités, et on cause un peu avec M., mais très peu : je suis content de les voir, mais ils sont avec leurs amis et, nous, on est un peu timides. Pour rentrer, on change d’itinéraire. La pluie a cessé. Rue Danielle-Casanova, une plaque signale l’immeuble où Stendhal est mort.

J’ai commencé Temps profond, le journal de Denis Roche que m’a offert F. et dont G. m’a parlé en des mots élogieux. Au début, il écrit : « J’ai décidé que ce serait le prologue de mon livre parce que je crois que commencer un livre c’est comme aller frapper à la porte d’une tombe pour y faire entendre le bruit qu’on fait dehors. »

Frapper, tambouriner, battre. Palpiter.

Il ne fait pas chaud, dans la chambre, mais je baisse quand même le radiateur d’un cran ou de deux. Je dis à J.-E. : « On se fera un câlin, c’est plus écologique que le chauffage électrique ». À nouveau, ce soir, ce muscle qui tressaute, juste dessous mes côtes, ou entre elles, cette pulsation désagréable contre le sternum. Ce n’est pas le cœur, mais quand même.

Je n’ai rien vu

Ça ne s’est pas passé comme dans mon rêve. J’ai lu des passages de L’épaisseur du trait et J. et M., les interprètes, ont interprété. Je voulais que ce soit intéressant pour tout le monde, cette lecture, et surtout pour moi : alors je nous avais donné des petits défis. J’étais curieux de savoir comment serait interprété par le corps ces extraits de mon livre où il est question, très précisément, d’être un corps dans un espace. Le début, quand je décris le plan du quartier en deux dimensions : il paraît que ça n’a pas été facile de le traduire dans une langue qui, par définition, s’exprime en trois dimensions. Ensuite, cette rencontre silencieuse avec Ulisse, dans le noir : ces frôlements, ces tâtonnements, ces caresses, ce dialogue de deux corps : comment ça se dit, dans cette langue silencieuse, cette langue du corps ?

A.-L., de la bibliothèque Saint-Éloi, est bilingue : elle a apprécié l’interprétation en connaisseuse, et elle m’a dit que c’était très juste. Les amis, eux, n’ont rien compris, mais ils m’ont dit que c’était beau à voir et, même, fascinant. Ensuite, O. m’a dit : « une performance poétique ». Et moi, eh bien, je n’ai rien vu : je lisais.

photo Guillaume Vissac

T. m’a posé une question et, en lui répondant, j’ai « joliment botté en touche » (me dit-il). Il m’a demandé pourquoi Alexandre rentrait chez lui après son voyage, si cette fin était une évidence pour moi, ou si j’avais envisagé qu’Alexandre reste dans son « ailleurs ». Il ne sait pas, T., combien sa question est pertinente, parce que je me la pose maintenant, pour Les présents. Dans mes premières versions, j’avais cette envie de boucler la boucle : Théo rentre chez lui, et le lecteur reconnaît les lieux et les sensations liées à ce lieu. Mais, n’est-ce pas un peu facile ? Je veux dire : c’est la fin qui s’impose toute seule, celle que j’écris sans me poser de question. Et Guillaume me demande si, après son voyage (car il y a aussi un voyage initiatique dans Les présents), Théo ne pourrait pas prendre une autre décision que ce simple retour à la case départ. Il pose seulement la question, Guillaume, et il me laisse réfléchir là-dessus. Et si Théo faisait le choix de l’imaginaire ? Un autre choix que celui d’Alexandre dans L’épaisseur du trait – et là, c’est moi qui formule l’alternative ainsi.

Voilà ce que j’aime, quand je rencontre des amis, des lecteurs, quand on parle avec sincérité des choses qu’on a lues et écrites : ça m’ouvre des perspectives. Ce n’est pas un bête exercice promotionnel (ouf !), mais une expérience de création. Mes mots qui prennent de l’épaisseur, qui s’incarnent dans des gestes. Et qui résonnent dans les têtes des autres, et qui me reviennent un peu changés, un peu meilleurs.

Une histoire de cœur

Il y avait d’abord cette histoire de bilan, où la sécu me voulait du bien : « on va observer votre corps pour voir si tout va bien ». J’avais trouvé ça plutôt naze, je l’avais dit. Puis, j’ai reçu les résultats par la poste et, sans surprise, c’est à l’avenant : un peu naze aussi.

C’est un rapport de quelques pages, à côté duquel une feuille d’impôts est un morceau de poésie pure. Ça commence par cette phrase :

« Le bilan ci-après ne montre pas, dans son ensemble, d’anomalies remarquables. »

Mais, arrêtez-moi si je me trompe : ces mesures chiffrées qu’on a faites de mon corps (assorties d’aucune question d’ordre émotionnel), ces données mathématiques, physiques, chimiques, ne relèvent-elles pas de sciences exactes ? « Le bilan ci-après, dans son ensemble », disent-ils : est-ce à dire que, dans l’ensemble, je vais plutôt bien ? Mais cela, je le sais déjà, merci. Je le sais, car je le dis tous les jours : « Comment vas-tu ? – Ça va », et, en disant cela, je sous-entends que, dans l’ensemble, ça va, mais que peut-être certains points plus précis me perturbent, dont je ne parlerai qu’à mes intimes. Car on n’expose pas à tout le monde ses tracas physiologiques, ses inquiétudes domestiques ou métaphysiques, ses histoires de cœur.

« Dans l’ensemble, vous allez bien », disent-ils. Cela pourrait signifier que, quand on y regarde de plus près, ça ne va pas. La phrase est ambiguë. Et, aussitôt, ils en remettent une couche : « pas d’anomalie remarquable ». Quel sens donnent-ils à « remarquable » ? Ce mot peut exprimer la qualité exceptionnelle, énorme, de ces anomalies que je n’ai pas (suggérant que j’ai, en revanche, d’autres anomalies mineures), ou bien, il peut signifier, au sens strict : « ce que l’on remarque ». Ils disent donc, les gens de la sécu : « les anomalies que nous savons voir, nous » – sous-entendu : « il existe plein d’autres anomalies, mais on ne les a pas remarquées ». Imaginez, si j’étais du genre anxieux, combien une phrase aussi floue compromettrait ma sérénité.

Une page marrante : celle des analyses chimiques. Les substances que j’ai dans le sang. Des chiffres totalement abscons, mais, pour chaque, ils indiquent la fourchette de normalité. J’ai vérifié : mon chiffre à moi est toujours dedans. Je suis dans les clous. Sauf pour un chiffre, un seul, où je suis au-dessus : le « cholestérol HDL ». Je suis nettement au-dessus, même. Ah bon ? Mais, le cholestérol, n’est-ce pas ce truc qu’on attrape en bâfrant des rillettes à tous les repas ? Moi qui ne mange pas d’animaux, c’est à n’y rien comprendre. Il y a le fromage, certes, mais il faudrait que j’en avale une brouettée chaque jour pour avoir du cholestérol, non ? Ils n’expliquent rien, sur la feuille, les gens de la sécu, et c’est sur le web que j’ai trouvé la lumière. Le cholestérol HDL, c’est « le bon cholestérol », car c’est comme dans les westerns : il y a le bon et la brute – quant au truand, c’est celui qui trafique les chiffres de ses analyses. Alors, si j’en ai trop, ça veut dire que je vais bien.

La plus belle page est celle avec les dessins : l’électrocardiogramme. Ils me disent (en substance) : « ça fonctionne pas trop mal, ne vous en faites pas ; ah, attendez, il y a juste cette histoire d’arythmie sinusale, mais c’est rien du tout ». Ah, bon. Merci docteur. Est-ce cela qu’on appelle : jargonner ? Alors, moi, je décompose bêtement le mot : a-rythmie ; a privatif devant rythme ; le rythme du cœur qui est détraqué. Rien d’inquiétant, vraiment ? Sinusale : comme la courbe sinusoïde des lointains cours de lycée ? Une courbe régulière, alors. Qui monte, qui descend. Un rythme normal, donc. Pas détraqué du tout.

Je cherche. Et j’apprends comment fonctionne mon cœur. Il paraît que ce n’est pas le cas de tout le monde, mais que, moi, quand j’inspire, quand je gonfle mes poumons, je fais affluer le sang dans le cœur par les veines caves ; et mon cœur, grossi de sang, s’accélère. Quand j’expire, il ralentit. Vous ne faites pas ça, vous ?

Voilà ce qu’il m’apprend, ce bilan de la sécu. Que mon cœur palpite plus fort quand l’air du dehors, chargé d’oxygène, emplit mon corps. Que les battements de mon cœur varient au rythme de mon souffle. Et que ça porte un nom : arythmie sinusale. Une histoire de cœur, donc. De rythme et de souffle, de vie qui palpite et qui varie – et des mots pour le dire : une sorte de poésie, hermétique quelque peu, mais poésie quand même.

Ma boîte à moi

Je suis monté sur la chaise (la seule chaise) pour atteindre le levier rouge au-dessus de la porte d’entrée (la seule porte) et rouvrir l’eau. D’un coup, ça glougloute dans les tuyaux : voilà, la machine se remet en route. Je laisse couler un peu, ça crachote. J’emplis la bouilloire deux fois. D’abord, pour l’utiliser comme arrosoir (les trois plantes : un palmier qu’on m’a offert ; un truc exotique dont les graines viennent des serres d’Auteuil, qu’on m’a offert aussi, à l’époque ; une bouture que ma voisine avait en trop et que – ah oui, décidément – elle m’a offert). La deuxième fois, pour faire bouillir de l’eau. Et fabriquer un café avec.

Après plusieurs semaines d’absence, je me glisse à nouveau dans l’espace de cette pièce, de cette chambre, de ce bureau. De cette boîte conçue aux mesures de mon corps. Assis sur la chaise (la seule chaise), mes coudes sur le bureau (ce bureau parfaitement destiné à nos mensurations, à cette pièce et à moi). Mes yeux arrivent juste à la hauteur de la ligne qui sépare, sur l’immeuble d’en face, le toit en zinc du ciel (mon horizon). De la main gauche j’attrape la bouilloire, la tasse. De la droite, si je veux, j’ouvre la fenêtre. En m’affalant sur le lit, j’atteins la prise électrique. Alors je m’affale, oui, pour brancher et débrancher l’ordinateur. Et, parfois, profitant d’être étalé ainsi sur cette moelleuse banquette, je tends la main vers la bibliothèque, je choisis un bouquin.

Pour un autre corps que le mien, on aurait inventé un autre espace. Celui-ci est moulé sur ma forme, sur la longueur de mes jambes et de mes bras. On se reconnaît, cette boîte et moi. On sait par cœur les dimensions de l’autre, on évolue l’un dans l’autre sans y penser. On ne pense à rien. C’est naturel, ou bien c’est automatique. Alors, parfois, on oublie. On cesse de faire attention à ce qui nous est le plus familier, le plus cher : au corps de l’autre. Et, là, qui est le plus coupable ? La boîte, ou moi ? La boîte s’est déplacée de dix centimètres, le bureau a bougé ; et moi, j’ai fait un geste plus ample qu’à l’habitude, moins habile.

La bosse apparue sur mon tibia qui, dès demain, se colorera de bleu : c’est l’empreinte. C’est la marque de ce point précis de coïncidence entre mon corps et cet espace.