Encore en douceur

C’est le jour, et pourtant je pense à nos nuits : pourquoi me manquent-elles déjà ? Serrer son corps contre le mien, ne plus parler ni penser, s’abandonner. M’abandonne-t-il ? Toujours j’ai aimé marcher dans la ville, parler au café avec lui. Mais déjà il manque la nuit. Elle me manquera. Nous marchons dans la ville, nous parlons …

J’arpente les lieux vides et je déjeune dans des restaurants désolés

Ça se passe aux confins — de Bagnolet, de Montreuil et de Paris. C’est le moment où, d’une enjambée, on quitte Bagnolet en imaginant trouver Montreuil parce que ce sont « les puces de Montreuil », mais sur ce trottoir-là (on marche à droite) c’est Paris. On n’y croit pas. Parce que derrière le grillage c’est la …

Sais-tu danser ?

Il commence par dire qu’il n’a pas d’équilibre : comme si c’était une question de ça. Puis, qu’il ne sait pas danser. Mais ici personne ne sait. Je suis venu parce qu’il voulait que je vienne. J’avais prévenu : « Moi, j’ai envie et tu le sais, mais ce sera à toi de réclamer. » Il m’a dit que …

Comme le jour et la nuit

L’un des charmes de mon quartier, c’est qu’à toute heure on y trouve des gens qui veillent. Oui, il est trois heures ce mercredi soir, ou ce jeudi matin, et pourquoi n’y aurait-il personne dehors ? Un garçon et une fille s’embrassent. Ça commence bien. La suite, j’aime moins : ça traîne, ça titube, ça s’épave, ça …

En les autres peut-être, en soi surtout

La première chose qu’il me dit, quand je le trouve au coin de la rue du Temple et de la place de la République : « Je suis monté sur la statue et j’ai dansé sans ma chemise. » Ce qu’il me dit le lendemain, avant de reprendre son train : « Il y a quelques jours encore, je me …

L’animal nocturne comme un cadeau

Il y a quatre personnages. L’un est un homme. Les autres, un oiseau, un crustacé, un reptile : des chimères, en vérité. Des allégories peut-être. De quoi ? L’homme a pour mission de défendre le temps, c’est-à-dire le globe de bronze où tournent deux aiguilles. Car c’est une horloge, le monument du quartier éponyme. Mille fois nous …

Paris est tout petit

Il dit qu’il a tout appris en observant la vallée de son enfance : comment les arbres poussent, comment vivent les bêtes et les gens, d’où vient l’eau et vers où elle coule. C’est le sujet de son exposition : la vallée. Mais en vérité, il s’agit de parler de tout le reste : le dedans des corps, …

Une présence unique éclaire la nuit

À l’emplacement de la rue des Batailles, après que toutes les maisons ont été rasées (celle où Jules a vécu, et puis l’usine Cail qui descendait jusqu’à la Seine), alors que la butte de Chaillot était toujours nue (esplanade vide où aucun des monuments envisagés n’a jamais été construit), au beau milieu des décombres du …

La joie et la fierté à l’état sauvage

Ça commence dans le métro : on est serrés, on a chaud. Ce n’est pas une rame bondée, ce n’est pas la promiscuité : c’est une foule joyeuse et solidaire, c’est le désir d’être ensemble. Une seule ligne de métro mène à Pantin, d’où partira la marche. Nous, on attend O. dans un café en haut de …

Il nous reste le jardin de Reuilly

On descend l’avenue Gambetta à visage découvert. Il est trois heures du matin, on a pas mal picolé, l’avenue est déserte. On ne craint pas de projeter nos fluides et notre haleine sur des inconnus : il n’y a personne. Il ne fait même pas froid, on avale de grandes bouffées d’air. C’est un moment …