Je ne vois même pas le haut de l’hôtel de ville, son beffroi perdu dans le brouillard, alors les deux affreuses tours derrière le cinéma, je n’y pense même pas. Totalement effacées, oubliées. Je n’aimais pas leur surplomb : je me méfie de la verticalité. Ce matin, le ciel, au-delà de cinquante mètres : un écran blanc …
Archives de la catégorie : Journal
Pourtant ce marin me sauve
Il a le sourcil droit plus haut que le gauche. Quand les miens ne sont pas symétriques, c’est dans l’autre sens : je sais lever le gauche en fronçant le droit. Lui, je ne crois pas qu’il le fasse exprès : sa pose n’est pas forcée. Il regarde au loin parce que le photographe lui a dit …
On m’a fait grandir ainsi
« Tu ne marches pas, tu sautilles. Tu gambades. Je ne te demande pas si tu vas bien : ça se voit. » Il a raison (j’ai rendez-vous avec L. dans le quartier de l’Horloge, on ira boire un café juste après, il remarque mon chapeau et dit que je soigne mon style, il ne se moque pas, …
Le désir qui cherche sa scène
Je n’avais pas remarqué tout de suite les pointillés : une rue brève, qu’il serait question de prolonger à travers les maisons, les jardins. Les lignes sont tracées par-dessus les blocs hachurés, des zones emplies de petits points irréguliers. Je vois ça sur les plans des années 1860. Je ne les avais pas remarqués car, …
C’est inventer un rituel
Je ne souhaite pas « Bonnes fêtes » aux gens que je ne connais pas assez pour savoir, avec certitude, qu’ils ont prévu de faire la fête prochainement. Je dis sans scrupule « Bonne journée » à de parfaits inconnus, car je suis sûr que tout le monde devra passer ladite journée, tant bien que mal, quelle que soit …
Vous n’avez donc pas d’état ?
Je n’avais rien compris à ce tableau, je me disais : « On verra bien. » J’ai vu, mais je n’ai toujours pas compris si je devais de l’argent à l’Urssaf ou si elle m’en devait. Puis, j’ai reçu un appel à cotisations, alors j’ai payé les 259 euros demandés. Ensuite, j’ai reçu 750 euros, tombés directement sur …
Je nage, plus à mon aise que dans l’eau véritable
J’ai fait comme Théo dans Les présents (une fille me demande si mes livres sont autobiographiques et je lui réponds que, d’une certaine manière, les personnages me ressemblent, mais j’aurais dû ajouter : « et réciproquement », car aujourd’hui c’est moi qui imite Théo), j’ai fait comme lui au métro Mairie-de-Montreuil : j’ai pris la rue Pierre-de-Montreuil. Je ne …
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On rêve de la coquecigrue, de la licorne
Quand on parle de lui, les yeux brillent, le sourire hésite : on se demande s’il faut faire semblant d’y croire (passer pour un naïf) ou l’évoquer avec détachement (au risque de l’ironie) : « J’aime me bercer d’histoires, mais je ne suis pas dupe. » Le goût du mythe. On parle de lui comme on parle du yéti …
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La ville avait l’air d’un gâteau doré dans ses remparts
Une lumière vive éblouit soudain, puis disparaît. Jour, nuit. La revoici aussitôt occultée. Et ainsi de suite : un lever du jour en dents de scie. À l’est, ce sont les montagnes. Je me trouve entre Valence et Orange, à vue de nez (je calcule par rapport à l’horaire de mon train). Je lis. J’ai …
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À peine avait-on mentionné son nom qu’il s’évanouissait à nouveau
Je n’ai pas senti le feu, comment dire, la flamme, le truc magique. Chaque fois, je me dis que la séance qui commence pourrait être une de ces parenthèses, un de ces moments suspendus : une écoute, une curiosité, et soudain la réaction chimique se produit. Je sens des ailes me pousser. Alors j’ose tout. J’en …
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