La ville avait l’air d’un gâteau doré dans ses remparts

Une lumière vive éblouit soudain, puis disparaît. Jour, nuit. La revoici aussitôt occultée. Et ainsi de suite : un lever du jour en dents de scie. À l’est, ce sont les montagnes. Je me trouve entre Valence et Orange, à vue de nez (je calcule par rapport à l’horaire de mon train). Je lis. J’ai hésité à emporter Contre l’oubli ; Henri Calet est certes un bon compagnon, mais peut-être ai-je tort de lire des chroniques parisiennes pendant mon voyage ? Un manque d’exotisme sans doute. J’arrive pourtant sur une page qui me dépayse : l’auteur retourne dans le village où il a passé les années d’occupation, il retrouve ses camarades blessés et se souvient des disparus. Il écrit : « La voie ferrée suit la RN 7 que j’ai parcourue bien souvent. » Et : « Aux approches de Montélimar, on a vu des maisons détruites. » J’ouvre l’appli Plans sur mon téléphone : le GPS me localise en pleine Drôme, sur la voie empruntée par le train de Calet. Une coïncidence. Pour lui, c’est un pèlerinage. Pour moi ce matin, il s’agit d’une première fois : je suis invité à Carpentras pour parler de « l’auteur et le territoire » : comment on rencontre un lieu et les gens qui l’habitent, et comment ça se transforme en écriture, ces expériences-là.

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