Liste : livres lus en décembre 2021

Leslie Kaplan. Mathias et la Révolution.
Georges Bataille. L’impossible.
René Crevel & Max Ernst. Monsieur Couteau, mademoiselle Fourchette.
Nicolas Petit. Carnets de Pavie.
Denis Belloc. Le Petit Parmentier.
Fanny Garin. La porte de La Chapelle.
Pierric Bailly. L’homme des bois.
Violaine Bérot. Comme des bêtes.
François Durif. Vide sanitaire.
Marine Baousson & Juliette Poney. Vulgaire.

C’est inventer un rituel

Je ne souhaite pas « Bonnes fêtes » aux gens que je ne connais pas assez pour savoir, avec certitude, qu’ils ont prévu de faire la fête prochainement. Je dis sans scrupule « Bonne journée » à de parfaits inconnus, car je suis sûr que tout le monde devra passer ladite journée, tant bien que mal, quelle que soit la manière envisagée. Je leur dis en substance : « J’espère que cette journée sera bonne pour vous, selon vos propres critères d’évaluation. » J’estime que mon vœu est gentil sans être intrusif. Tandis que la « fête »… mais qui fait la fête ? Je dis, à mes amis qui célèbrent Noël : « Joyeux Noël ! » — parce qu’ils ont prévu une soirée spéciale avec des gens qu’ils aiment. À d’autres, qui n’ont rien organisé de particulier, je ne dis rien. Ou bien, je leur dis ce que je dirais à n’importe quel moment : « Tiens, j’ai pensé à toi en voyant tel truc, je me suis dis que, etc. » Ceux qui n’ont pas de gosses ne tiennent pas à attendre le Père Noël, leurs chaussons posés au pied d’un sapin mort, en tartinant sur des toasts le foie malade d’un canard mort. Il y a des gens qui aimeraient jouer encore le rôle des gosses et se laisser gâter par des adultes, mais tous les adultes de leur famille sont morts et ils s’aperçoivent, soudain, qu’ils sont eux-mêmes des adultes. Il y en a qui dépriment sec à Noël. Moi, ça va. Avec J.-E., nous n’avons pas tué de sapin. Nous avons fait frémir une grande marmite de légumes racines en attendant J. qui est venue avec des préparations savantes, dorées avec amour, et nous avons siroté ensemble quelques boissons à bulles. C’était gai. On s’arrange pour que ce joyeux dîner ne ressemble pas aux Noëls d’antan : on s’épargne l’épreuve d’une pâle copie de nos Noëls en famille, où les absences ne seraient que plus criantes : les chaises vides nous sauteraient aux yeux (j’ai failli écrire : à la gorge). À quoi bon compter les disparus ? On pense à eux n’importe quand, et souvent. Pas besoin de les commémorer à date fixe, pas besoin d’un calendrier inventé par d’autres que soi, nous avons chacun notre petite horloge intime, les petits coups de marteau sur le gong, ding ding, dans la tête, juste-là derrière les yeux, parfois, ça lance, ça tape un peu.

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