On fait de longues promenades, jusqu’au bout de nos dix kilomètres légaux : les bords de Marne à Créteil, les Docks de Saint-Ouen, le parc des Beaumonts à Montreuil. On n’y trouve pas la densité humaine de notre rue de la Roquette, que j’aimais tellement il y a treize mois encore. En marchant vers ces lieux lointains, nous empruntons des rues désertes, les itinéraires bis de bisons assez futés pour éviter la foule. Ne pouvant contaminer personne d’autre que nous-mêmes, nous osons y baisser le masque, prendre l’air et le soleil, respirer. Et puis, quand les humains redeviennent nombreux, nous nous couvrons de nouveau. Je me souviens de l’été 2020 : le masque devenait obligatoire dans les rues. Nos promenades m’étaient insupportables. Je disais à J.-E. de continuer seul et je rentrais à la maison ; mes déplacements étaient réduits à leur fonction utilitaire ; je ne pouvais plus éprouver de plaisir. Je disais : « Prendre l’air sans pouvoir le respirer ? Jamais de la vie ! » C’était un principe. Puis, les mois ont passé, et aujourd’hui j’ai accepté. Pire : j’arrive même à prendre du plaisir lorsque nous sortons.






