Je nage, plus à mon aise que dans l’eau véritable

J’ai fait comme Théo dans Les présents (une fille me demande si mes livres sont autobiographiques et je lui réponds que, d’une certaine manière, les personnages me ressemblent, mais j’aurais dû ajouter : « et réciproquement », car aujourd’hui c’est moi qui imite Théo), j’ai fait comme lui au métro Mairie-de-Montreuil : j’ai pris la rue Pierre-de-Montreuil. Je ne …

À peine avait-on mentionné son nom qu’il s’évanouissait à nouveau

Je n’ai pas senti le feu, comment dire, la flamme, le truc magique. Chaque fois, je me dis que la séance qui commence pourrait être une de ces parenthèses, un de ces moments suspendus : une écoute, une curiosité, et soudain la réaction chimique se produit. Je sens des ailes me pousser. Alors j’ose tout. J’en …

La joie de se frotter à l’autre

Au pire, j’avais gardé un titre en stock. Si leurs idées étaient nulles (ou s’ils n’en avaient aucune), j’aurais fait le truc tout seul et ils m’auraient regardé travailler. Le « partage » aurait consisté à leur montrer l’outil (comment je maquette le bouquin) et à expliquer mes choix. Pauvre partage. Ce matin, je sollicite leurs idées …

Toujours cette grande affaire de l’identification

On ne perd pas son temps avec les questions banales : tout de suite dans le cœur du sujet (leur prof dit : « les pieds dans le plat »). C’est une élève du premier rang qui me demande : « Est-ce que le narrateur est homosexuel ? » Je retourne la question à la classe : « Qu’en pensez-vous ? Et pourquoi est-ce important de …

C’est le petit cadeau qu’il se fait

C’est le jour où j’arrive les mains dans les poches : cette séance, ce sont les élèves qui l’ont préparée et moi, je me laisse faire. Je tombe sur Céline à l’arrêt de tram, on fait la route ensemble et on arrive au collège, un peu en avance. La porte du CDI est fermée : à travers …

Demain ce sera rose

C’est fou le nombre de jeunes qui attendent sur ce quai avec un bouquet de fleurs : c’est dimanche, il est midi, ils sont attendus chez leur mère. Des tas de Parisiens ont leurs parents sur cette ligne. On avait déjà remarqué ça, à l’époque où nous faisions comme eux, prenant le train pour Marly-le-Roi. Cette …

On n’a pas tué leur imagination

Quand il faut garder le silence, ils savent se taire. Plus tôt dans la journée, ils émettaient un joyeux brouhaha : il s’agissait de chercher des idées et de les exprimer. Mais à présent, c’est un spectacle, alors on ne les entend plus : il faut regarder et écouter. Juste avant, C. leur a expliqué que le …

On n’est pas des monstres

Ils sont contents de revoir William. Je demande à Magali : « Pourquoi ils l’ont appelé William ? » Elle n’en a aucune idée. Magali est photographe, mais elle dessine aussi : la création artistique est souvent un entre-deux. On mêle les techniques, on entrelace le réel et l’imaginaire, on combine : on crée des hybrides. C’est le thème de l’atelier …

À nous deux seulement

Allez, tant pis, je leur déballe Balzac. C’est peut-être risqué, mais au point où nous en sommes : la dernière séance était loupée, faut être sincère. Alors, autant essayer autre chose. Je rappelle aux élèves l’existence de ce blog où je publie leurs textes (je suis sûr qu’ils n’y vont jamais) : À nous deux maintenant ! et …

Je peux choisir

« C’est un autre monde », disons-nous en parcourant les avenues courbes du Vésinet, les vastes pelouses. Ces énormes maisons sont délirantes : par leur taille, certes, mais aussi par le luxe d’ornements, la fantaisie des architectures. Et les parcs, immenses. Les enfants qui grandissent ici : je dis à J.-E. qu’on ne peut pas leur reprocher d’être égoïstes, …