Quand c’est fini, c’est pas fini

Les livres ont été imprimés il y a quelques jours : dedans, le texte écrit par les enfants au cours de cette dernière semaine d’atelier, si dense. Le vendredi après-midi, une heure avant leurs vacances, ils avaient terminé de saisir sur l’ordinateur, chacun, le chapitre qu’ils avaient choisi d’écrire. Vingt-quatre élèves, vingt-quatre chapitres pour composer un roman. Logique.

À ce moment, je leur avais fait le coup de Paludes :

« Si nous savons ce que nous voulions dire, nous ne savons pas si nous ne disions que cela. On dit toujours plus que CELA. »

J’ai trouvé que ça collait bien avec notre projet : les élèves avaient, certes, écrit l’histoire qu’ils avaient voulu écrire, mais, moi, premier lecteur de leur texte, je trouvais qu’ils avaient exprimé autre chose de plus. Et je leur ai expliqué mon idée de titre : Tout se transforme. Parce que, dans cette histoire, ils ont décrit une ville en mouvement : la leur ; et des personnages qui grandissent, comme eux. Et parce que « Rien de se perd, rien ne se crée », comme avec Lavoisier : pendant ces séances d’atelier, nous n’avons pas créé ex nihilo, mais en observant autour de nous, et en nous. Et les jeux des premières séances, ainsi que les sorties, n’étaient pas des moments perdus, mais une matière à transformer.

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Liste : lectures d’août 2019

François Bon. Autobiographie des objets.
Benoît Fourchard. Devaquet si tu savais.
Patrick Modiano. Un pedigree.
Benoît Vincent. GEnove, villes épuisées.
Henri Raczymow. La saisie.
Claude Burgelin. Album Georges Perec.
André Gide. Paludes.
Mathieu Riboulet. Avec Bastien.

« Nous savons ce que nous voulions dire »

« Que fais-tu ici ?
— Je cherche Paludes pour te l’offrir. »

Je suis tombé sur G. dans le rayon littérature de Gibert, par hasard. Alors on est restés ensemble. Je l’ai accompagné au rayon poche pour trouver mon cadeau qui n’était, de toute façon, pas une surprise, parce qu’il m’avait prévenu :

« Je vais t’offrir Paludes.
— Mais pourquoi ?
— Parce que c’est un livre pour les écrivains qui écrivent. »

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Les fantômes ont des doigts

Normalement, je ne suis pas fétichiste. J’ai acheté ce livre, d’abord, parce qu’il m’intéressait et qu’il était vendu à un prix normal. Le fait qu’il soit dédicacé par Pierre Herbart a seulement déclenché cette impulsion qui fait la différence : cette bonne raison que j’attends pour acheter un livre particulier, plutôt que les dix autres qui m’appellent du même cri strident. Je ne fais jamais la queue pour obtenir une signature de mes écrivains préférés (mais, puis-je l’avouer ? allez, oui : devant mes écrivains préférés, il n’y a pas souvent la queue) et on ne me verra pas courir les boutiques d’antiquités pour maniaques d’autographe. Mais là, la chose s’est présentée à moi, c’était juste naturel.

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Les abonnés au téléphone

À une époque (par exemple en 1929), lorsqu’on demandait à l’opératrice du téléphone à parler à Élysée 03-44, on tombait sur Picasso. Ça m’amuse de penser qu’à cette époque (1929, c’est la date de cet Annuaire officiel des abonnés au téléphone de la région de Paris), on pouvait être très célèbre et figurer dans l’annuaire, bêtement. N’importe qui entrait dans un café, demandait la cabine téléphonique et l’annuaire, et passait un coup de fil à une personnalité admirée.

Remarquez, je n’aurais pas spécialement eu envie d’appeler Picasso. C’était pour l’exemple.

À une autre époque (plus récente), j’étais étudiant et je faisais ce truc sur la rue Vilin. J’avais passé des heures à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, à consulter des annuaires : ceux où les abonnés sont classés par rues. Le plaisir était comparable à celui que j’éprouve en me promenant dans un plan, et en particulier dans un plan de Paris.

Le piéton de Paris, Léon-Paul Fargue, est dans mon annuaire lui aussi. Il le dit lui-même dans son livre, qu’il habite ce quartier-là : trouver son adresse n’est pas une nouvelle étonnante. Mais savait-on (savais-je, moi ?) qu’il était joignable par téléphone à Nord 01-38 ? Je le sais, maintenant.

André Gide (avenue des Sycomores, 18 bis) répondait à Auteuil 04-55. Gaston Gallimard (rue Saint-Lazare, 79) à Louvre 48-22. André Breton (rue Fontaine, 42) à Trinité 38-18. Il y a un docteur Destouches dans le 18e (Marcadet 57-82), mais il ne s’appelle pas Louis-Ferdinand. Contre toute attente, Aragon, Cocteau et Colette ne sont pas abonnés au téléphone. Ou alors, ils sont sur « liste rouge » (cela existait-il, à l’époque ?). Je ne trouve pas non plus Henri Calet (avec qui j’aime tant me promener dans Paris) : il n’avait sûrement pas les moyens de s’équiper d’un tel appareil — le téléphone, c’est un truc de riches. L’Hôtel du Nord est introuvable : ni au nom de l’hôtel, ni à celui de Dabit, ni au classement par rues (quai de Jemmapes, 102) : un établissement de pauvre standing pouvait bien s’en passer, il faut croire. Par contre, si je ne trouve pas Proust non plus (qui aurait eu les moyens, lui, de s’abonner), ce n’est pas étonnant : c’est parce qu’il était déjà mort.

Que sont-ils devenus ? Je veux parler des numéros (en ce qui concerne les gens, on le sait déjà). Je suppose qu’ils ont été réattribués — NORd 01-38, autrement dit 607 01-38, est probablement aujourd’hui 01 46 07 01 38 — à des abonnés qui n’ont même pas idée que leur numéro a servi autrefois à converser avec des personnes illustres. Et qui, probablement, s’en fichent pas mal.

Liste : lectures de 2007

Marcel Proust. Du côté de chez Swann.
Yasmina Reza. Art !
Georges Perec. Tentative d’épuisement d’un lieu parisien.
Edmund White. The Married Man.
Truman Capote. La traversée de l’été.
Tennessee Williams. Sucre d’orge.
Philippe Garnier. Roman de plage.
Raymond Queneau. Zazie dans le métro.
Louis-Ferdinand Céline. Voyage au bout de la nuit.
Nicolas Dickner. Nikolski.
André Gide. Les caves du Vatican.
Kriss. La sagesse d’une femme de radio.
Jean Genet. Querelle de Brest.
Jack London. Carnet du trimard.
Daniel Arsand. Des amants.

Liste : lectures de 2005

Romain Gary (Émile Ajar). Gros-câlin.
Amélie Nothomb. Métaphysique des tubes.
Alexandre Soljenitsyne. Une journée d’Ivan Denissovitch.
Stefan Zweig. La confusion des sentiments.
Ernesto Che Guevara. Voyage à motocyclette.
Jean Genet. Journal du voleur.
Franz Kafka. La métamorphose.
Jean Cocteau. Journal d’un inconnu.
Bret Easton Ellis. Moins que zéro.
Richard Brautigan. Retombées de sombrero.
Philippe Labro. Quinze ans.
Hervé Guibert. À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie.
Hervé Guibert. Le protocole compassionnel.
Albert Camus. L’étranger.
Amélie Nothomb. Les combustibles.
Oscar Wilde. Le portrait de Dorian Gray.
Éric-Emmanuel Schmitt. La secte des égoïstes.
Amélie Nothomb. Les catilinaires.
Amélie Nothomb. Hygiène de l’assassin.
Jack Kerouac. Sur la route.
Jean-Patrick Manchette. Le petit bleu de la côte ouest.
William Burroughs. Junky.
Thomas Mann. Tonio Kröger.
John Fante. Demande à la poussière.
Richard Brautigan. Mémoires sauvées du vent.
André Gide. Corydon.
Bret Easton Ellis. American Psycho.
Hervé Guibert. La chair fraîche.
André Gide. L’immoraliste.
Mark Haddon. Le bizarre incident du chien pendant la nuit.
Charles Bukowski. Women.
Jean Cocteau. Les parents terribles.
Brigitte Smadja. La tarte aux escargots.
Claude Ponti. Zénobie.
Thomas Mann. La mort à Venise.
Mikhaïl Boulgakov. Le maître et Marguerite.