Quelqu’un que nous aimions a lâché notre main

La ville est floue, les maisons atténuées par le filtre doux de la brume. On se déplace comme dans du coton, confus, tout engourdis. Le brouillard est dans nos têtes, surtout, car je dors mal, et J.-E. ne dort presque pas. Dans la vallée, les nappes flottent en apesanteur. Vers le causse, elles s’accrochent aux …

C’est une histoire d’amour

J.-E. ne parle pas beaucoup de lui. Mais il aime parler de sa grand-mère. Quand j’ai connu J.-E., il m’a dit qu’il aimait une vieille dame et qu’il lui rendait visite le plus souvent possible, dans un village perché sur le causse, à six heures de train de Paris. Avec elle, il redevenait un petit …

Débordant largement la promenade

Par la fenêtre de notre chambre, j’observe celles de nos voisins. Dans chacune (il y a quatre fenêtres), la scène est quasi identique : un homme et une femme attablés pour le petit déjeuner. Je remarque que tous les hommes, sans exception, ont le torse nu. Je ne tire aucune conclusion de cette observation, ni aucun …

Ce n’est pas encore la photo parfaite

La fenêtre est grand ouverte. Je guette l’apparition de quelque chose. J’entends la voix de mon voisin, hors-champ (il habite l’étage du dessous) qui crie pour m’avertir : ça vient ! Soudain, dans l’encadrement de la fenêtre, surgit l’oiseau immense. C’est une mouette, mais énorme, vraiment énorme. Son image se fige devant mes yeux : la silhouette, ailes …

Y avait des mouflets dans son armée, à Napoléon ?

Un hussard, c’est un soldat à cheval qui porte un shako et un dolman. Un shako, c’est une sorte de képi orné d’une plume, qu’on appelle un casoar. Quant au dolman, c’est une veste très ajustée à la taille, ornée de brandebourgs. Et un brandebourg, c’est une variété de passement sophistiqué. Vous voyez : je me …

Appelons ce chapitre : « les années Montmartre »

Jules habitait au 1, rue des Batailles ; son immeuble a été démoli quelques années plus tard, en même temps qu’il a disparu lui-même sans laisser d’adresse. C’est en 1862 qu’il quitte la rue des Batailles, en épousant Elmina qui habite Montmartre (au 8, rue Durantin). Jules et Elmina ont un fils, qu’ils appellent Maurice : il …

Le Marsupilami ne répond plus

Je ne sais plus qui a eu l’idée de ce mot, de L. ou de moi. Il habite sur la Rive gauche, c’est loin de chez moi, au-delà du kilomètre légal. Impossible de se croiser à l’occasion d’une promenade fortuite. Pourtant, on a besoin de vie sociale — et on ne fait courir de danger …

Leur désinvolture n’est pas très respectueuse

Je suis attendu. C’est un événement que je n’ai pas organisé seul, mais qui repose essentiellement sur ma présence. Une soirée autour de mes livres, sans doute. Autrement dit : ça ne peut pas commencer sans moi. Je me trouve pourtant loin du lieu de la rencontre, car je dois d’abord accueillir François : il vient …

Cette mode absurde a provoqué l’extinction de l’espèce, ni plus ni moins

P. me dit que je devrais organiser un événement en librairie pour Les présents, lorsque ce sera de nouveau autorisé ; je ne l’ai pas attendu pour avoir cette idée. Puis il parle des paniers de légumes qu’il reçoit chaque semaine, et il se désole : « Dans mon jardin, je n’ai que du sable : que veux-tu faire …

À nous deux seulement

Allez, tant pis, je leur déballe Balzac. C’est peut-être risqué, mais au point où nous en sommes : la dernière séance était loupée, faut être sincère. Alors, autant essayer autre chose. Je rappelle aux élèves l’existence de ce blog où je publie leurs textes (je suis sûr qu’ils n’y vont jamais) : À nous deux maintenant ! et …