Y avait des mouflets dans son armée, à Napoléon ?

Un hussard, c’est un soldat à cheval qui porte un shako et un dolman. Un shako, c’est une sorte de képi orné d’une plume, qu’on appelle un casoar. Quant au dolman, c’est une veste très ajustée à la taille, ornée de brandebourgs. Et un brandebourg, c’est une variété de passement sophistiqué. Vous voyez : je me renseigne.

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Liste : films vus en avril 2020

Marguerite Duras. Les mains négatives.
Marguerite Duras. Césarée.
Paolo Sorrentino. La grande Bellezza.
Wes Anderson. À bord du Darjeeling Limited.
François Ozon. Gouttes d’eau sur pierres brûlantes.
François Ozon. Sitcom.
François Ozon. Potiche.
Jacques Tati. Mon oncle.
François Ozon. Scènes de lit.
François Ozon. Un lever de rideau.
Louis Malle. Zazie dans le métro.
Édouard Molinaro. Hibernatus.
Joseph Losey. Monsieur Klein.
Michel Mitrani. Les guichets du Louvre.
Bruno Podalydès. Le mystère de la chambre jaune.
Cédric Klapisch. L’auberge espagnole.

Je ne suis pas entraîné

J’ai demandé à J.-E. de nouer mon bras en écharpe pour lui éviter de bouger. La précaution est peut-être inutile, mais c’est l’époque qui veut ça : limiter les risques est devenu le maître-mot. Ce que j’appelais une « fatigue au poignet » commence à monter dans le coude et, tout à l’heure, j’ai senti deux ou trois fois une aiguille se ficher dans mon épaule, entre un os et un autre (je ne connais pas leur nom). Je ne voudrais pas qu’une tendinite s’installe, car je sais que c’est long à disparaître. J’ai fait une recherche : une tendinite, ça arrive quand on force un peu trop, par exemple quand on abuse du tennis alors qu’on n’y est pas entraîné. Qu’on a tapé des balles quatre heures de suite en oubliant de s’hydrater. Et ce n’est pas précisément mon cas, pour être sincère. Ma journée-type en ce moment consiste plutôt à passer du canapé au lit et inversement. La chaise, seulement pour les repas : quand J.-E. a débarrassé la table de son ordinateur et de ses codes Dalloz. Et je m’hydrate suffisamment. C’est même ma seule distraction : me servir un verre d’eau à la cuisine, c’est un peu comme une fête.

Je n’ai pas applaudi, à 20 heures, les travailleurs en première ligne. J’ai gardé le bras en écharpe. De la dernière ligne où je me situais déjà, je suis passé encore un rang derrière. Simple principe de précaution, dis-je à J.-E. : « Pour ne pas te faire subir mes plaintes si je me fais vraiment mal. »

Je lui promets aussi de ne pas être insupportable devant le film : il est d’accord pour qu’on voit Zazie dans le métro pour la centième fois et je m’engage à ne pas anticiper tous les dialogues à voix haute.

Je fais fait un peu d’exercice physique en marchant jusqu’à la Biocoop de la rue Boulle, un jour sur deux. Et une fois au Monoprix, où je me suis perdu dans les rayons. En traversant la cour, j’interromps la partie de badminton de mes voisins. Mais moi, de tennis, point.

Dans les rubriques « Hygiène pratique » et « Les conseils du médecin » de mon Mémento Larousse, je cherche « Tendinite » et « Articulations ». Il n’y a pas.

Éphélides (taches de rousseur). Éviter le soleil, porter des chapeaux à larges bords. Frictionner, matin et soir, avec une solution de sublimé à 1 gramme pour 500 d’eau ; appliquer, la nuit, de l’emplâtre de Vigo, et enlever, le matin, l’emplâtre avec du cold-cream ou du beurre frais, mettre ensuite de la vaseline avec de la poudre d’amidon.

Peut-on faire confiance à des gens qui préfèrent se brûler la peau au mercure plutôt que d’assumer leurs jolies taches de rousseur ? Ils sont fous.

Certes, je ne fais pas de tennis, mais un peu de gymnastique pour ne pas moisir. Peut-on faire confiance à des gens qui proposent cette figure, dessinée en bas à droite de la planche, comme un « exercice d’assouplissement » ? Ils sont marrants.

Assis en tailleur, l’ordinateur posé devant moi : quand j’écris, mes avant-bras reposent entièrement sur mes cuisses, et mes mains sur le clavier : elles ne restent pas en suspension, comme parfois au-dessus de mon bureau. Aucune tension superflue ne s’exerce sur mes articulations. Alors, c’est quoi le problème ?

Il est vrai que je ne suis pas assez (pas du tout) entraîné au tennis. Mais je ne suis pas entraîné non plus à rester enfermé.

C’est tout au plus le jardin de Reuilly

Ça caille. Mon astuce pour chauffer mon petit corps au maigre soleil d’aujourd’hui : descendre, vers 11 heures, la rue Godefroy-Cavaignac, la rue Faidherbe et la rue de Reuilly. Ce n’était pas fait exprès, mais ça marche : le soleil est pile dans l’axe, je l’ai en pleine face, je ne vois rien du décor tant je suis ébloui. C’est doux. Mon but est de me promener au jardin de Reuilly — plus exactement, je compte tourner une séquence vidéo là-bas, pour un projet de clip accompagnant L’Épaisseur du trait. Moi qui ne fais jamais, jamais de vidéos avec mon téléphone. Quelle idée. Il faut bien commencer. Passant rue de Reuilly, devant la caserne qui se transforme à toute vitesse, je pense à Zazie, je peux pas m’empêcher.

— Eh bien, dit Gabriel, si c’est pas les Invalides, apprends-nous cexé.
— Je sais pas trop, dit Charles, mais c’est tout au plus la caserne de Reuilly.

Je me dis des phrases comme ça souvent, dans ma tête. Je ne sais pas si c’est un cadeau de vous en faire profiter. J’arrive au jardin par la placette du métro Montgallet, et cette rue que je sais par cœur mille fois, et je passe le portillon — c’est l’hiver, tout est déplumé ; mais c’est tellement vert, la pelouse et les haies, ces arbres en sommeil au milieu de ce vert, c’est très beau. La buvette est fermée (pour l’hiver) et nous souhaite de bonnes fêtes (sur l’ardoise). Mon idée, c’est de marcher sur la grande étendue d’herbe, un genre de travelling. Mais, des rubans de plastique rouge et blanc barrent le passage. « Pelouse en repos hivernal », qu’ils disent. Moi qui ne fais jamais de vidéos ! C’est ma veine. Je ne m’y attendais pas. Et c’est le gars qui a travaillé trois ans aux espaces verts (moi) qui se fait avoir comme un débutant.

— Ah les salauds, s’écrie Zazie, ah les vaches. Me faire ça à moi.
— Y a pas qu’à toi qu’ils font ça, dit Gabriel parfaitement objectif.

Il a raison, Gabriel. Et tant pis pour moi. Le temps est parfait : il fait très beau (le ciel, le soleil) et très froid (alors, quasiment personne dehors). J’emprunte le chemin circulaire qui commence du côté du cadran solaire puis qui surplombe l’avenue Daumesnil (marrant : quand j’étais enfant, je suis venu mille fois sur cette pelouse, et je n’ai aucun souvenir de l’avenue Daumesnil : je ne montais sûrement jamais sur cette promenade-là). La vue sur la pelouse déserte n’est pas mal. Et la passerelle, la passerelle…! Ça me suffira.

Je m’en vais, je prends le métro à Dugommier parce que j’ai rendez-vous avec Laurent à Edgar-Quinet : c’est tout droit.

À mon côté gauche (assis sur le strapontin), un garçon a les chevilles nues. J’ai dit, plus haut, comme il fait frisquet ce matin. Alors, « il n’est pas frileux », je pense — et pourtant, c’est à moi qu’on fait remarquer, d’habitude, que je ne suis pas frileux, parce que je garde le col ouvert quand tous les autres ont froid. Je n’aime pas les écharpes parce que ça me gratte. Lui, en porte une. Donc, il est peut-être frileux, finalement. Il doit avoir, avec les chaussettes, le même problème que moi avec les écharpes. Aussitôt, le métro sort en plein jour, parce que c’est l’aérien.

– Je vais t’esspliquer, dit Gabriel. Quelquefois, il sort de terre et ensuite il y rerentre.

On voit Bercy, je veux dire le ministère (c’est laid) et la Seine grise (c’est beau). Le ciel surtout, bleu et plat, métallique. Je sais, rien qu’en le regardant, qu’il est froid au toucher.