Ce qui est Renaissance et ce qui ne l’est pas

Je connaissais déjà Fontenay-sous-Bois et Fontenay-aux-Roses, mais les gens d’ici, quand ils disent « Fontenay », c’est pour dire « Fontenay-le-Comte » — et cette ville-là, je ne la connaissais pas.

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La gare de Lyon : une anthologie

Dans Les boulevards de ceinture, je tombe sur ce passage :

Patrick Modiano, Les boulevards de ceinture

Ceux qui me connaissent savent que j’ai un faible, moi aussi, pour la gare de Lyon. C’est comme ça, je n’y peux rien. J’avais pris en photo cette phrase-ci, dans Mes amis : elle était trop belle pour être vraie :

Emmanuel Bove, Mes amis

Je me demande si tous mes auteurs préférés ont cité la gare de Lyon. Une idée apparaît : une Anthologie de la gare de Lyon. Le projet d’une vie (mais pas de la mienne).

Tout de même, quelques pièces de cette anthologie, piochées ici et là :

Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance
René Crevel, Mon corps et moi
Raymond Queneau, Le dimanche de la vie
Boris Vian, « Les filles d’avril », dans Le ratichon baigneur
Henri Calet, Le bouquet
Hervé Guibert, Le mausolée des amants
Jacques Roubaud, Ode à la ligne 29 des autobus parisiens

Plus près de Rueil

Avant ce matin, j’étais Loin de Rueil — comme le titre de Queneau : j’y pense malgré moi. Et puis, ce matin, on a tenté, chacun de notre côté, de raccourcir la distance, à petits pas. En réalité, quand je dis « Rueil », je ne parle pas de la ville (qui n’est pas si loin de chez moi, et qui est même à mi-chemin de là où j’ai grandi et de là où je vis), je parle plutôt des élèves de seconde du lycée Gustave-Eiffel que j’ai rencontrés ce matin. C’est grâce à Paul-Éric et aux autres professeurs, qui m’ont embarqué dans leur parcours Lectures pour tous.

Raymond Queneau, Loin de Rueil

On ne se connaît pas, eux et moi, il faut le dire franchement. J’ai le double de leur âge, on ne vit pas au même endroit et, surtout, surtout, je consacre la plus grande part de mon énergie à un phénomène qui leur semble probablement exotique (mais peut-être pas, d’ailleurs ?) : la création littéraire. Dans dix jours, j’anime un atelier d’écriture avec eux. J’ai hâte. Mais, avant cet atelier, j’avais envie qu’on fasse un peu connaissance — même si je sais qu’une heure, ça passe trop vite.

Ce que j’ai fait, moi, pour raccourcir la distance : je suis venu dans leur classe (en chasse-neige). Ce qu’ils ont fait, eux : beaucoup plus que cela. Ils ont préparé ma venue en listant des questions pour moi. Drôlement pertinentes, évidemment, les questions. Parce que les plus spontanées sont (aussi) les plus existentielles : « Est-ce que c’est un métier, écrivain ? », « Pourquoi écrivez-vous ? » — vous voyez le genre. Passionnant, d’y répondre, mais frustrant de n’avoir pas plus de temps pour le faire mieux. Ils se sont inquiétés de savoir si je mangeais à ma faim, parce que bon, on sait bien que les écrivains « meurent dans la misère ». Ils étaient chouettes, ces jeunes gens que j’ai vus ce matin ! Toutefois, ils en ont appris plus sur moi, que moi sur eux. J’espère qu’on fera donc un peu mieux connaissance la prochaine fois, pendant l’atelier : cette fois, ce sont eux qui vont écrire. Ce sont eux qui vont s’exprimer, c’est moi qui vais les découvrir. Je serai, à ce moment-là, encore un peu plus près de Rueil.

C’est tout au plus le jardin de Reuilly

Ça caille. Mon astuce pour chauffer mon petit corps au maigre soleil d’aujourd’hui : descendre, vers 11 heures, la rue Godefroy-Cavaignac, la rue Faidherbe et la rue de Reuilly. Ce n’était pas fait exprès, mais ça marche : le soleil est pile dans l’axe, je l’ai en pleine face, je ne vois rien du décor tant je suis ébloui. C’est doux. Mon but est de me promener au jardin de Reuilly — plus exactement, je compte tourner une séquence vidéo là-bas, pour un projet de clip accompagnant L’Épaisseur du trait. Moi qui ne fais jamais, jamais de vidéos avec mon téléphone. Quelle idée. Il faut bien commencer. Passant rue de Reuilly, devant la caserne qui se transforme à toute vitesse, je pense à Zazie, je peux pas m’empêcher.

— Eh bien, dit Gabriel, si c’est pas les Invalides, apprends-nous cexé.
— Je sais pas trop, dit Charles, mais c’est tout au plus la caserne de Reuilly.

Je me dis des phrases comme ça souvent, dans ma tête. Je ne sais pas si c’est un cadeau de vous en faire profiter. J’arrive au jardin par la placette du métro Montgallet, et cette rue que je sais par cœur mille fois, et je passe le portillon — c’est l’hiver, tout est déplumé ; mais c’est tellement vert, la pelouse et les haies, ces arbres en sommeil au milieu de ce vert, c’est très beau. La buvette est fermée (pour l’hiver) et nous souhaite de bonnes fêtes (sur l’ardoise). Mon idée, c’est de marcher sur la grande étendue d’herbe, un genre de travelling. Mais, des rubans de plastique rouge et blanc barrent le passage. « Pelouse en repos hivernal », qu’ils disent. Moi qui ne fais jamais de vidéos ! C’est ma veine. Je ne m’y attendais pas. Et c’est le gars qui a travaillé trois ans aux espaces verts (moi) qui se fait avoir comme un débutant.

— Ah les salauds, s’écrie Zazie, ah les vaches. Me faire ça à moi.
— Y a pas qu’à toi qu’ils font ça, dit Gabriel parfaitement objectif.

Il a raison, Gabriel. Et tant pis pour moi. Le temps est parfait : il fait très beau (le ciel, le soleil) et très froid (alors, quasiment personne dehors). J’emprunte le chemin circulaire qui commence du côté du cadran solaire puis qui surplombe l’avenue Daumesnil (marrant : quand j’étais enfant, je suis venu mille fois sur cette pelouse, et je n’ai aucun souvenir de l’avenue Daumesnil : je ne montais sûrement jamais sur cette promenade-là). La vue sur la pelouse déserte n’est pas mal. Et la passerelle, la passerelle…! Ça me suffira.

Je m’en vais, je prends le métro à Dugommier parce que j’ai rendez-vous avec Laurent à Edgar-Quinet : c’est tout droit.

À mon côté gauche (assis sur le strapontin), un garçon a les chevilles nues. J’ai dit, plus haut, comme il fait frisquet ce matin. Alors, « il n’est pas frileux », je pense — et pourtant, c’est à moi qu’on fait remarquer, d’habitude, que je ne suis pas frileux, parce que je garde le col ouvert quand tous les autres ont froid. Je n’aime pas les écharpes parce que ça me gratte. Lui, en porte une. Donc, il est peut-être frileux, finalement. Il doit avoir, avec les chaussettes, le même problème que moi avec les écharpes. Aussitôt, le métro sort en plein jour, parce que c’est l’aérien.

– Je vais t’esspliquer, dit Gabriel. Quelquefois, il sort de terre et ensuite il y rerentre.

On voit Bercy, je veux dire le ministère (c’est laid) et la Seine grise (c’est beau). Le ciel surtout, bleu et plat, métallique. Je sais, rien qu’en le regardant, qu’il est froid au toucher.

Liste : lectures de 2007

Marcel Proust. Du côté de chez Swann.
Yasmina Reza. Art !
Georges Perec. Tentative d’épuisement d’un lieu parisien.
Edmund White. The Married Man.
Truman Capote. La traversée de l’été.
Tennessee Williams. Sucre d’orge.
Philippe Garnier. Roman de plage.
Raymond Queneau. Zazie dans le métro.
Louis-Ferdinand Céline. Voyage au bout de la nuit.
Nicolas Dickner. Nikolski.
André Gide. Les caves du Vatican.
Kriss. La sagesse d’une femme de radio.
Jean Genet. Querelle de Brest.
Jack London. Carnet du trimard.
Daniel Arsand. Des amants.

Liste : lectures de 2004

André Gide. Les faux-monnayeurs.
L’herbe bleue.
Charles Juliet. Lambeaux.
Georges Perec. W ou le souvenir d’enfance.
Leslie Glass. L’heure du feu.
Eugène Ionesco. La cantatrice chauve.
Georges Perec. La disparition.
Voltaire. Candide.
Éric-Emmanuel Schmitt. Oscar et la dame rose.
Voltaire. Zadig.
Françoise Sagan. Bonjour tristesse.
Georges Perec. Un cabinet d’amateur.
Didier Daeninckx. Le der des ders.
Daniel Pennac. Au bonheur des ogres.
Daniel Pennac. La fée carabine.
Boris Vian. L’herbe rouge.
Marcel Pagnol. Marius. Fanny. César.
Charles Juliet. L’année de l’éveil.
Stefan Zweig. Le joueur d’échecs.
François Cavanna. Les Ritals.
Daniel Pennac. La petite marchande de prose.
Raymond Queneau. Exercices de style.
Georges Perec. La vie mode d’emploi.
Bret Easton Ellis. Les lois de l’attraction.
Raymond Radiguet. Le diable au corps.
Jean Cocteau. Les enfants terribles.
Fred Uhlman. L’ami retrouvé.
André Gide. Si le grain ne meurt.
Boris Vian. Les fourmis.
Richard Brautigan. Un privé à Babylone.
Georges Perec. Les choses.
Georges Perec. Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?
Georges Perec. Les revenentes.
Boris Vian. Trouble dans les Andins.
Hervé Bazin. La tête contre les murs.
Frédéric Beigbeder. 99 francs.
Jean-Paul Sartre. Huis-clos.
Charles Bukowski. Souvenirs d’un pas grand-chose.
John Fante. Bandini.