Un délicieux polygone, irrégulier sans aucun doute

Quarante-huit heures (et même plus, car je reçois encore un texto le troisième jour pour me dire : « On s’appelle ? ») — soixante-douze heures, donc, pour débriefer une soirée qui a duré, quoi ? cinq heures peut-être. Cinq heures d’une densité extrême, où rien n’était prévu : ça a commencé par une rencontre, sans rendez-vous. Plus tard, je résumerai …

Je suis pris à mon propre (et doux) piège

À la radio, un vieux critique de cinéma, qui l’avait vu à sa sortie il y a cinquante ans, dit que le Paris qu’on voit dans ce film1 n’existe plus : l’hôpital Laennec où travaille Veronika a été vendu au milliardaire Pinault et, surtout, il est impossible d’imaginer aujourd’hui que des jeunes gens pauvres passent leurs …

On m’a fait grandir ainsi

« Tu ne marches pas, tu sautilles. Tu gambades. Je ne te demande pas si tu vas bien : ça se voit. » Il a raison (j’ai rendez-vous avec L. dans le quartier de l’Horloge, on ira boire un café juste après, il remarque mon chapeau et dit que je soigne mon style, il ne se moque pas, …

Le désir qui cherche sa scène

Je n’avais pas remarqué tout de suite les pointillés : une rue brève, qu’il serait question de prolonger à travers les maisons, les jardins. Les lignes sont tracées par-dessus les blocs hachurés, des zones emplies de petits points irréguliers. Je vois ça sur les plans des années 1860. Je ne les avais pas remarqués car, …

C’est inventer un rituel

Je ne souhaite pas « Bonnes fêtes » aux gens que je ne connais pas assez pour savoir, avec certitude, qu’ils ont prévu de faire la fête prochainement. Je dis sans scrupule « Bonne journée » à de parfaits inconnus, car je suis sûr que tout le monde devra passer ladite journée, tant bien que mal, quelle que soit …

À peine avait-on mentionné son nom qu’il s’évanouissait à nouveau

Je n’ai pas senti le feu, comment dire, la flamme, le truc magique. Chaque fois, je me dis que la séance qui commence pourrait être une de ces parenthèses, un de ces moments suspendus : une écoute, une curiosité, et soudain la réaction chimique se produit. Je sens des ailes me pousser. Alors j’ose tout. J’en …

Je me blottis dans son ombre, lui dans la mienne

Je sens ses doigts sur ma peau, à l’endroit où j’ai fait un pli à la manche de mon t-shirt (nous sommes en plein soleil, face à la mer). Une caresse brève, vite interrompue — car une vague plus forte que les précédentes roule à nos pieds, nous reculons, deux pas en arrière. L’eau se …

Comment il voit les autres et comment il se voit, lui

Il trouve que c’est fou de voir la ville d’en bas, depuis la mer. On est dans l’eau jusqu’au cou comme on est immergés dans la ville : la mer froide, vivifiante, et la ville trop chaude, bien vivante. Il dit qu’il adore cette ville, qu’il voudrait vivre ici. Je lui rappelle qu’il y a …

J’avais envie de suivre un autre garçon (pourtant le même)

Mon corps, ma voix, mon sourire ne suffisaient pas. J’étais incapable de me présenter à l’autre, équipé de ce seul attirail : une enveloppe physique médiocre (l’image que j’avais de moi-même oscillait entre « ordinaire moins » et « ordinaire plus » selon les jours), un manque criant de répartie et d’humour, et l’absence totale d’expérience. Il fallait que je …

La joie et la fierté à l’état sauvage

Ça commence dans le métro : on est serrés, on a chaud. Ce n’est pas une rame bondée, ce n’est pas la promiscuité : c’est une foule joyeuse et solidaire, c’est le désir d’être ensemble. Une seule ligne de métro mène à Pantin, d’où partira la marche. Nous, on attend O. dans un café en haut de …