Dans une langue que je ne pige pas

J’avais prêté à F. Chambres séparées, de Pier Vittorio Tondelli, en lui disant combien ce livre m’avait bouleversé. Que c’était, pour moi, un souvenir de lecture important. Il m’a rendu le livre en me disant qu’il l’avait lu en plusieurs fois, ménageant des pauses, parce que c’était « un peu trop fort » émotionnellement. J’ai aimé qu’il …

Ventre à terre

Il était « ventre à terre », mais littéralement. Au sens figuré, ça voudrait dire qu’il court comme un dératé, à perdre haleine, à toute vitesse. Mais là, c’était le contraire : il avait relevé ses petites pattes pour les passer en mode hors service : elles ne touchaient plus par terre. Seul le ventre glissait sur le sol, tout …

Châtellerault, roman

À Châtellerault, il y a Guillaume et moi (pour le weekend). À Châtellerault, Guillaume écrit une ode, parce qu’il est poète. À Châtellerault, il y a l’ancienne église Saint-Romain (dont les pierres sont vraiment, vraiment usées). À Châtellerault, j’ai gribouillé ça. Saint-Romain D’abord, le silence. Les pierres déformées, des éponges. Gorgées des voix de ceux, …

Ils jouent le jeu

Soulagé. Je suis soulagé, parce qu’ils ont tous choisi un post-it qui leur fait plaisir. Sur ces petits feuillets fragiles, les précieuses idées qu’ils avaient lancées la semaine dernière : « ce qui pourrait se passer dans ce lieu » (le collège, la ferme, le Stade de France, la tour Pleyel, le tunnel-qui-fait-peur) au fil de notre roman. …

Un dimanche après-midi (deux jours)

Une promenade : la Seine est grise, mais pas le ciel. Sur le quai : C. et L. qui vont dans le sens opposé au nôtre. Un hasard. On leur tombe dessus, on se fait la bise. « Paris est un village », leur dit-on pour rire, car ils sont de province, de passage – et nous avons dîné …

Terrifiant et marrant

Les monstres ne sont pas des créatures méchantes en soi, juste différentes. Une étrangeté effrayante, parfois, et désirable d’autres fois (ou les deux ?) Il y avait cinquante-six élèves de sixième (c’était à Sainte-Hermine en octobre) : ils ont inventé autant de monstres et autant de rencontres. Et à la fin, on fuit en courant. Ou on …

Si la photo est bonne

À nouveau, je choisis un livre presque au hasard (trouvé à la Petite Rockette, jamais entendu parler de lui ni de son autrice). Antonia, de Gabriella Zalapì. Je l’ouvre : il y a des photos en noir et blanc. C’est un journal (presque fictif) : la vie de cette Antonia, reconstituée à partir des traces qu’elle laisse …

La chance (mais pas que)

Quelqu’un me demande quelle joie me procure l’écriture. C’est un mot que je n’utilise pas beaucoup : joie – et qui est pourtant dans le titre d’un billet récent. Je suis pris au dépourvu et, même si je ne me sens pas obligé de répondre à ce message avec tant d’exactitude, je prends le temps de …

Le voyage (c’était doux)

C’était mon cadeau d’anniversaire : J.-E. m’a emmené voir la mer. On a pris le train à travers un brouillard opaque. Dans cette ville où nous arrivons, les avenues sont larges et longues, les immeubles hauts. On n’en voit pas le bout, ni le haut : perdus dans la blancheur épaisse de cette atmosphère bizarre. La mer …

La joie et les moutons

« Et ces moutons ! ils ont des cornes !— C’est parce que ce sont des chèvres.— Et ces coqs, ils s’appellent comment ?— Des poules. » Ils traînaient les pieds pour traverser le quartier, une heure plus tôt, dans le froid. Mais maintenant qu’il s’agit de courir après les poules, ils sont bien contents d’être dehors. Moi aussi. J’aime bien caresser les …