Châtellerault, roman

À Châtellerault, il y a Guillaume et moi (pour le weekend). À Châtellerault, Guillaume écrit une ode, parce qu’il est poète. À Châtellerault, il y a l’ancienne église Saint-Romain (dont les pierres sont vraiment, vraiment usées). À Châtellerault, j’ai gribouillé ça.

Saint-Romain

D’abord, le silence. Les pierres déformées, des éponges. Gorgées des voix de ceux, de celles. On n’entend pas les voix, ni le vent, rien.

Les pierres, des éponges. Les grandes ouvertures. Les ogives – non : le haut est arrondi : ces arches rondes, ce n’est pas gothique, c’est roman : Châtellerault, roman. Ces grandes ouvertures, murées. Ils en ont percé de plus petites à côté (carrées) et le carré, ce n’est pas roman.

Si c’était un roman : une de ces fenêtres s’ouvrirait. Une des carrées. Celle-ci, qu’ils ont affublée d’un balcon. Ils, ce serait qui ? Ça pourrait être lui : celui qui ouvrirait les volets. Qui pousserait le panneau de contreplaqué barrant le cadre de grosses pierres molles ; d’éponges. Qui dirait : Attends-moi là. Qui descendrait.

On irait sur l’île : l’éponge. La Vienne est un affluent de la Loire : je n’ai pas voulu le croire quand je l’ai lu d’abord. Mais, là, ce serait lui qui le dirait ; alors. Il dirait aussi : elle est montée d’un coup. L’île, inondée. Comme ça. Il plierait les genoux et, d’un coup, s’élèverait jusque-là. Un bond. Retomberait au sol sans bruit. Parce que la terre : une éponge. Molle. L’île gorgée de l’eau de la Vienne. Les arbres qui trempent dedans. Nos pieds aussi. On s’avancerait un peu ; surtout lui. Il saurait jusqu’où les poser sans s’enfoncer, sans sombrer. Je serais plus prudent.

Il ne dirait plus rien. Je lui parlerais des pierres en forme d’éponge, que j’ai grattées de l’ongle et qui s’effritaient. Je dirais n’importe quoi pour occuper le silence. Le vent ne sifflerait pas, les arbres ne bruisseraient pas. Les pierres gorgées de ces sons auraient tout absorbé.

La terre, éponge collée à mes semelles. La peau de l’île répandue derrière moi qui traînerais les pieds sur les pavés, derrière lui qui glisserait sans un mot. Il m’écouterait si fort que mes mots, sitôt prononcés, resteraient bloqués entre ses oreilles, dans son corps, sous sa peau. Il absorberait tout. Garderait tout pour lui.

À nouveau cette maison : le balcon fiché dans la pierre molle. Elle serait plus biscornue encore. Imprégnée, mais de quoi. Je la grattouillerais là, entre les yeux, sous l’arc. En plein cintre, l’arc – roman. Elle partirait en poussière. S’en échapperait un bruit, un souffle.

Il ne dirait pas : Attends-moi là. On entrerait ensemble. On irait sous la voûte. Entre sa peau et la pierre, rien que du silence, et puis moi. Je tendrais la main, je le toucherais là, entre les yeux. Du bout le l’ongle, et il tomberait en poussière. Un souffle. Et ma voix de nouveau : tous les mots que j’aurais dits plus tôt. D’autres, que je ne connais pas. Une voix dirait : La Vienne est un affluent de la Loire. Une autre : Un arc en plein cintre, c’est roman. Et puis : Châtellerault, roman.