Je me prends au mot

Dans la rue de la Comédie presque déserte – des gens seuls, portant leurs grands cabas pleins, s’engouffrant sous les porches : une femme avec sa petite fille. La petite pleure, elle crie, elle se débat. La mère est épuisée : elle contemple avec angoisse les jours à venir, les semaines de confinement qu’on nous promet : « Enfermée …

Le dimanche, je réside

« Et sinon, Montauban le dimanche, c’est vivant ? » Je ne sais pas. C’est le premier dimanche que je passe ici et c’est la première fois, aussi, que le gouvernement ferme les cafés et demande aux gens de rester chez soi. Alors, ça fausse mes observations. Je me suis éveillé tôt (les étourneaux, dans l’arbre : confinement ou …

C’est très différent, quand les gens sont là

Nous avions répété l’après-midi, avec Mathieu. Deux fois de suite, j’avais lu mon texte au micro et il avait pianoté sur ses touches lumineuses. Nous étions synchronisés. Prêts. Je me sentais plutôt à l’aise, parce qu’il me donnait confiance et que ma lecture était portée par sa musique. Je pensais : il suffira de refaire la …

Le monde est petit (mais pas encore confiné)

Il fait très beau. On a peine à croire qu’un fléau s’est abattu sur le monde, que le virus poursuit sa course sans obstacle. J’ai écrit « on a peine à croire » : pour être honnête, j’aurais dû écrire je. Car les autres, eux, ils y croient. Les gens dont j’entends les conversations, dans la rue : ils …

La pierre pense où votre nom s’inscrit

Les noms des gens : des noms du pays, qui sonnent occitan. Et des prénoms : des Antonin plus souvent qu’ailleurs. En disant bonjour à quelqu’un, je m’aperçois que c’est le premier mot que je prononce à voix haute ce matin. Il me répond bonjour ; c’est le gardien du cimetière. Je parcours les allées pour faire connaissance …

À tous ceux qui l’honorent de leur présence

C’est un de ces cafés où, tout de suite, on se sent à sa place. Je fais semblant de lire La Dépêche en écoutant le patron : il vante justement la qualité de son bistrot, disant que tout le monde est le bienvenu chez lui. Le type au comptoir lui donne raison. Il dit : « L’an passé …

Montauban, à l’heure des étourneaux

L’archer sans sa flèche, son arc tendu sans sa corde : le puissant Héraklès de Bourdelle perdu, comme moi, dans ce Hall 2 de la gare Montparnasse que je découvre à la faveur de mon premier voyage en Ouigo. Je pense : « Avant Montauban, c’est déjà un peu Montauban. » Dans quatre heures, ce sera Montauban pour de …

Je voudrais toujours que ce soit chez moi

On pourrait croire qu’il suffit d’une valise pour contenir les maigres affaires que je range dans ma mansarde, mais, en fait, ça ne suffit pas du tout. Par exemple : les tonnes de livres que j’y entasse. Je ne peux pas les emporter tous. J’en choisis quelques uns seulement. On me dira : « Il y a des …

Des chemins de traverse

Je venais de recevoir une notification de l’imprimeur, me signalant que le deuxième tirage des « Histoires pédées » était prêt. Parce que nos petits livres se vendent, figurez-vous, et plutôt bien. On ira donc les chercher tout à l’heure, Guillaume et moi. Et puis, soudain, sur Radio Campus Lille, on entend Nikola Delescluse parler de la …

Quand c’est fini, c’est pas fini

Les livres ont été imprimés il y a quelques jours : dedans, le texte écrit par les enfants au cours de cette dernière semaine d’atelier, si dense. Le vendredi après-midi, une heure avant leurs vacances, ils avaient terminé de saisir sur l’ordinateur, chacun, le chapitre qu’ils avaient choisi d’écrire. Vingt-quatre élèves, vingt-quatre chapitres pour composer un …