Ce n’est pas la première fois que je m’emballe pour un toponyme

« Tu n’as rien vu à Grues. » Et pour cause, je n’y suis jamais allé. Je m’en fais une image assez précise, toutefois, parce que j’en ai fait le tour, littéralement, j’ai exploré les patelins limitrophes dans le sens des aiguilles d’une montre : la réserve de Saint-Denis-du-Payré et ses animaux à plumes ; Saint-Michel-en-l’Herm en long, en large et en travers grâce à François ; la côte de l’Aiguillon et de la Tranche. Et Lairoux, est-ce que ça touche ? Pas sûr. J’ai un faible pour Lairoux, je l’ai dit mille fois. J’imagine Grues un peu comme Lairoux, mais en moins bien. Une intuition. Je pourrais décrire Grues comme n’importe quel village de ce coin-là : si ce n’est lui, c’est donc son voisin. Ce serait un archétype. Je choisis celui-ci à cause de son nom. J’avais d’abord écrit un texte inutilement compliqué (un tissage entre trois histoires, trois hommes dont les parcours s’entrecroisent à trois époques différentes) en m’accrochant au thème proposé par V. et L. : la grue jaune de Nantes. Je me suis pris les pieds dans le tapis et L. m’a dit avec diplomatie que mon texte n’était pas terrible ; j’étais d’accord. Mes volontés étant très claires (pas d’acharnement thérapeutique), je l’ai balancé aux oubliettes. Et je me suis souvenu de Grues. Ce n’est pas la première fois que je m’emballe pour un toponyme — il y a un gros précédent avec La lande d’Airou — mais je n’ai pas de recette toute prête : il y a certes une histoire (des tas d’histoires) dans chaque lieu, mais on ne peut pas les écrire toutes identiquement. Pour Grues, j’ai dit à L. : « J’ai envie d’une fiction douce, d’oiseaux échassiers et migrateurs, et du Marais vendéen. Une romance métaphorique en milieu hostile, d’une certaine façon. » J’exagère un peu en disant « hostile ». J’aurais dû dire plutôt : « improbable » — car c’est la dernière chose à laquelle on s’attend quand on parcours ce marais : initier une romance. Pourtant, parfois, les choses arrivent. J’ai appelé W. pour qu’il me briefe sur ce village, car W. s’y connaît drôlement en tout ce qui touche au territoire (je n’ai pas dit : « et à la romance »). Il m’a répondu qu’il n’y avait rien de spécial à Grues. Même lui ! Lui qui a l’œil pour toutes les choses que le commun des mortels néglige. « Je t’y aurais emmené, si c’était intéressant. » Son argument me convainc.

Continuer la lecture « Ce n’est pas la première fois que je m’emballe pour un toponyme »