S’y fier ou pas

par Antonin Crenn

Ce serait mentir de prétendre que les livres (comme les gens) sont de purs esprits, qu’on n’est pas d’abord attiré (ou repoussé) par un corps physique ou par certains détails qu’on connaît déjà à leur sujet — ou qu’on croit connaître. Aussi, j’aime bien lire ce que je lis, ce matin, sur le blog de la Viduité : qu’on peut commencer à parler de livres avant de les avoir lus. Écrire immédiatement ce qu’on ressent quand on les reçoit et qu’on les feuillette (les impressions qu’on aura peut-être oubliées après qu’on se sera fait une opinion plus précise). Puis, lire le livre et :

Prendre le risque de se tromper, vérifier aussi ses intuitions, invalider, qui sait, ses préjugés.

Voici les préjugés que l’Épaisseur du trait inspire à l’auteur du blog :

Plongée dans l’inconnu, en remonter une cartographie pastel. Le goût, sans doute, de la dérive situationniste. Un plan pour nos errances, une représentation de nos pertes. Géométrie variable quatrième de couverture dixit. Y présupposer un aplat de sensations, l’inscription d’un passage avec la perte ainsi entendue. Certitudes pour ce livre de la chance de me laisser détromper.

C’est vraiment de tout ça qu’il s’agit, dans mon livre. J’aime comment c’est formulé. J’aime, notamment, qu’il y ait deux fois le mot « perte » dans ce paragraphe.

Faut-il se fier aux préjugés ? Pas toujours : ce matin, par exemple, est aussi le moment où j’ai reçu mes exemplaires du livre. Dans un très gros carton. Pourquoi un si gros carton ? Y aurait-il, chez l’imprimeur, une de ces personnes qui, à Noël, emballent de minuscules cadeaux dans de grands boîtes gigognes, pour amuser la galerie ? Y-a-il vraiment des gens qui font cela, d’ailleurs ?

Il ne fallait pas s’y fier, alors, à ce très gros carton, puisque les livres sont tout petits. C’était un leurre. (Mais je pouvais me fier, par contre, au poids du carton).

Ils sont très beaux. Je suis fier. Vous pourrez les voir à partir du 9 janvier.