Cet espace immense et doux qui sépare les yeux du museau

C’est en pleine forêt, mais à la croisée d’un chemin : je ne suis pas perdu. Je sais où je me trouve et, si je suis seul, je ne suis pas abandonné : les autres membres de mon groupe (ma famille, mes amis, je ne sais pas) ont choisi de s’installer ailleurs, mais à toute proximité. Je vais donc passer la nuit ici, et j’y serai très bien. Il fait encore jour : la forêt est lumineuse malgré sa densité. Très verte (c’est le printemps ou l’été). Près du lieu où je m’apprête à dormir (couché à même le sol, sur un tapis moelleux d’herbe et de feuilles), il y a une sorte de lac, coupé en deux par le chemin. Le mot « tourbière » me vient aux lèvres : l’image est pourtant celle d’un étang ou d’un marécage. Un grand panneau est planté dedans, orienté dans le sens opposé au mien : j’arrive à le lire à l’envers, comme par transparence : ce marais est à vendre. Je me demande qui pourrait acheter ça (le coût de l’assèchement, pour bâtir par-dessus, me paraît absurde). Je m’endors.

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Liste : lectures de mars 2020

Paul Auster. Ghosts.
Georges Perec. Je me souviens.
Laurent Herrou. Vie et mort du Duquesnoy.
Franz Kafka. La colonie pénitentiaire et autres récits (traduction d’Alexandre Vialatte).
Maurice Pons. Les saisons.
Pierre Michon. Vies minuscules.
Sophie Adriansen. Max et les poissons.
Anne Serre. Petite table, sois mise !
Claro. La maison indigène.
Christophe Grossi. La ville soûle.
Éric Pessan. Plus haut que les oiseaux.
Anne Serre. Le·mat.
Christian Garcin. Vidas.

Le dimanche, je réside

« Et sinon, Montauban le dimanche, c’est vivant ? »

Je ne sais pas. C’est le premier dimanche que je passe ici et c’est la première fois, aussi, que le gouvernement ferme les cafés et demande aux gens de rester chez soi. Alors, ça fausse mes observations.

Je me suis éveillé tôt (les étourneaux, dans l’arbre : confinement ou pas, ils chantent) et j’ai repris ma lecture des Vies minuscules de Pierre Michon où je l’avais laissée hier soir. Je suis frappé par la ressemblance de certains récits de ce livre avec d’autres récits qui me sont personnels : des histoires que j’aurais pu raconter ; des relations que j’ai écrites, déjà, à propos d’autres personnages de ma propre famille. Il s’agit peut-être d’une coïncidence – comme elle est heureuse, alors ! – mais, plus probablement, c’est la dimension universelle du récit intime qui agit. L’auteur parle de lui, au plus profond et avec sincérité ; et moi, lecteur, ça me parle de moi.

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Liste : lectures de juillet 2019

Paul Auster. City of Glass.
Jack London. To Build a Fire / The Love of Life.
Céline Minard. Faillir être flingué.
Laurent Herrou. Le bunker.
Marie Frering. Les souliers rouges.
Benjamin Adam. Joker.
Benjamin Adam. Lartigues et Prévert.
Pierre Michon. Abbés.