En souvenir et par anticipation

Je rentre à Paris vendredi. Cette vidéo est-elle une façon de me promener à Paris par anticipation ? Il s’agit alors d’une anticipation à long terme, car je n’irai pas dans la rue de Picpus ce weekend, ni le suivant : elle sera hors de mon périmètre autorisé. Ce serait une promenade dans mon souvenir de ce lieu, en relecture de ce billet récent, et surtout dans le fantasme de ce qui pourrait se passer. Ce matin, je suis donc retourné dans la rue de Picpus avec Street View, pour monter cette vidéo.

Une expérience : l’atelier d’écriture en ligne que nous lançons dans le cadre de ma résidence. Première fois que j’essaie cela. J’y ai mis du cœur, comme dans tout ce que je fais. Je partage quelques unes de mes envies, de mes réflexions, de mes références. J’espère que celles et ceux qui participeront le feront avec le même désir : celui de partager. Que mes maladresses servent au moins à cela : à lever les complexes de celles et ceux qui craindraient de l’être aussi, maladroits. Écrivons et partageons, tant que cela nous fait plaisir.

Il s’agit d’écrire avec sa mémoire (c’est le thème de ma résidence), et d’aller vers l’imaginaire. Il me semble que l’imaginaire est un enjeu sanitaire urgent, pour pallier l’enfermement qu’on nous impose. Il s’agit de se balader sur Street View, puis d’écrire un texte.

Visiter la rue de Picpus sur Street View depuis Montauban, est-ce différent que de la visiter sur Street View depuis la rue de la Roquette ? Oui. Le premier cas me fait plaisir, car cet outil magique abolit la distance. Le second cas me déprime d’avance, car l’outil magique est un palliatif au manque que j’éprouve déjà.

Je lirai les textes écrits dans le cadre de l’atelier, chez moi, à Paris. Je lirai à Paris, loin de Montauban, ces histoires situées à Montauban, écrites à Montauban par des Montalbanais qui n’ont pas plus accès que moi aux rues de leur propre ville. Ce sera frustrant et excitant.

Ce sera le désir d’une promenade, en même temps que son souvenir.

Le confinement de Fabrice del Dongo

On est assaillis de ces injonctions pénibles : mettre à profit ce temps suspendu pour lire, penser, écrire. Autrement dit, pour faire ce qui, en temps normal, est mon travail. Puis, très vite, on a entendu ces aveux (à demi honteux) de celles et ceux qui ne parviennent pas se concentrer sur un livre, à faire le net sur leurs pensées, à écrire… Y compris parmi les artistes qui désiraient depuis longtemps disposer de temps, et qui aujourd’hui n’arrivent à rien faire, malgré le confinement – non, plutôt à cause du confinement. Alors, est apparu ce slogan salutaire, afin de soulager la culpabilité de celles et ceux qui ne se sentent pas au sommet de leur créativité : « Le confinement n’est pas une résidence de création ». J’ai aimé cette formule pleine de bon sens. « Mais » – me suis-je dit aussitôt… Parmi les trois milliards de personnes confinées sur cette terre, il se trouve par hasard que je suis, moi, en résidence de création. Et que je ne suis pas au sommet de ma créativité.

S. me demande où j’en suis dans mon travail. Je lui réponds « Bof ». Il dit alors, pour me rassurer, qu’on n’est pas obligé d’écrire à un rythme « soutenu, soutenu » tout le temps. Je lui rétorque que La chartreuse de Parme a été écrite en cinquante-deux jours, et Les enfants terribles en dix-sept. Et c’est à son tour de me dire « Bof », parce qu’il n’aime pas ces livres. Ce n’est donc pas si grave si je ne les ai pas écrits.

Si j’avais commencé La chartreuse de Parme à mon arrivée à Montauban il y a vingt-huit jours, j’en aurai déjà écrit plus de la moitié. Je serais arrivé à ce moment du chapitre XV :

Pendant ce temps, Fabrice montait les trois cent quatre-vingts marches qui conduisaient à la tour Farnèse, nouvelle prison bâtie sur la plateforme de la grosse tour, à une élévation prodigieuse. Il ne songea pas une seule fois, distinctement du moins, au grand changement qui venait de s’opérer dans son sort.

Stendhal, La chartreuse de Parme, chapitre XV

Ce serait le moment où Fabrice est confiné – pardon : emprisonné. Ça tomberait bien.

Je sens encore cette pression dans la tête. Et puis, une fatigue dans le poignet droit : pas vraiment une douleur, mais presque. Je sais pourquoi, évidemment. J’ai failli écrire la même remarque, déjà faite hier à propos de mon mal de crâne : « je suis puni par là où j’ai péché », mais vous auriez cru que c’était une allusion sexuelle. En vrai, cette fatigue dans le poignet est causée par une autre pratique dont j’abuse : toutes ces heures passées sur cet ordinateur, qui n’abîment donc pas que mes yeux. Les coudes posés sur le bureau, mais les mains planant au-dessus du clavier, les doigts tapotant doucement sans jamais s’appuyer véritablement, sans se reposer ; et l’index de la main droite, surtout, glissant avec minutie sur la surface tactile, se déplaçant au millimètre près, sans exercer aucune pression, retenant toujours son poids. Toujours en tension. Suspendu. Comme ce temps que nous traversons : suspendu. C’est de cela que le corps souffre.

Toujours choisir

Ça pesait lourd, dans ma tête, quand je me suis couché hier soir. Je suis sûr que c’est le soleil, car (ne le dites pas à la police) je suis resté deux heures au bord de la rivière, en pleine lumière, et ça tapait fort. J’avais mal au crâne en rentrant. Le plus souvent, ça passe en dormant, mais je me suis éveillé plusieurs fois cette nuit, dans le même état. « J’ai été puni », dirais-je, si je croyais à ces trucs-là. Puni par là où j’ai péché : la tête, toujours la tête. Car c’est elle qu’on nous demande de débrancher en ce moment, en déléguant notre faculté de penser à l’attestation de déplacement dérogatoire dans notre poche. J’aurais pu, aussi, faire confiance à mon expérience : ne pas prendre le soleil aussi longtemps. J’aurais pu faire ce choix. Aujourd’hui il fait gris, alors c’est réglé : je ne choisis pas.

Nouveaux déchets apparus sur les trottoirs en ce printemps 2020 : sur le boulevard Gustave-Garrisson, un masque chirurgical ; dans la rue Calvet, une attestation ; devant la préfecture : un gant en latex. Un jour, reviendront les beaux jours : les gens se rassembleront dans les parcs, boiront des bières et laisseront leurs papiers gras derrière eux. Et on aimera ces déchets, alors qu’on les détestait autrefois, parce qu’ils signifieront que la vie a recommencé.

Sous un porche, faubourg Lacapelle : « Porno partout, amour nulle part » (notez la proximité visuelle de l’interdiction d’entrer). « Pourquoi choisir ? », me demandé-je, pensant aux Histoires pédées que nous avons écrites, et aux prochaines que nous publierons, dans lesquelles nous ne choisissons pas : nous prenons les deux, ensemble.

Dans les supermarchés capitalistes, on trouve très peu de fruits bio. Les rares spécimens sont traités comme tels : rares. Et donc précieux. Ils sont emballés dans un écrin solide, protégeant la merveille de tout dommage, autrement dit : une coque rigide non biodégradable. Alors, il faut choisir : le fruit avec pesticides, ou le fruit avec plastique. Poison ou poison. Peste ou choléra.

J’ai enregistré une lecture ce matin, j’ai monté la vidéo. Le résultat n’était pas bon. Alors l’alternative s’est posée ainsi : est-ce qu’il vaut mieux ne rien publier, laissant un trou dans mon rythme de parution quotidien ? ou publier une vidéo pourrie ? J’ai hésité un quart de seconde, pour la forme. Et j’ai choisi.

Il a été question de baignade

J’ai lu ce matin cet extrait des Présents : « Deux garçons étaient insolents sans le faire exprès » parce qu’en sautant dans la rivière ils nous éclaboussent de leur beauté, plus encore que de l’eau froide. Ils sont aujourd’hui plus insolents que jamais, parce qu’il fait si beau qu’on voudrait faire comme eux : se jeter à l’eau. Laurent, lui, n’est pas insolent du tout : s’il m’envoie une photo de l’océan, ce n’est pas pour me narguer, c’est pour me faire plaisir. La joie de Laurent, dans la vie en général et dans ces semaines en particulier, c’est que l’océan fait partie du rayon d’un kilomètre où il a le droit de s’ébattre.

J’étais sur mon écran, alors que le soleil était dehors. J’explorais le faubourg du Moustier sur Google Maps pour savoir à quoi ressemble l’arrière de la maison du numéro 21, où Jules Michelet a séjourné. Dans l’histoire que j’écris, mes personnages passent dans cette rue en 1863 : je me suis rappelé que c’était précisément l’année marquée sur la plaque commémorative. Mes personnages passent donc sous les fenêtres de Jules Michelet pendant qu’il écrit un chapitre de son Histoire de France, et il me semble que ça mérite d’être dit ; d’autant plus que ces personnages vont, ensuite, être mêlés à certains événements de cette « histoire de France » – comme nous le sommes tous, qu’on le veuille ou non.

Voici la façade arrière de la maison de Michelet. Je crois donc pouvoir écrire sans me tromper que, de ses fenêtres, il voyait un jardin dégringoler jusqu’au bord du Tescou. Alors je l’écris. Car j’ai envie de rivière, voyez-vous.

C’est au bord du Tarn que je me rends ensuite, mais dans la vraie vie. Et là, je ne suis pas seul : je parle à quelqu’un. Quelqu’un qui me parle de Michelet : encore lui. Mais il ne parle pas de l’homme : du lycée. Car il a été élève entre ces murs, ainsi que J. et que T., mais il me parle de Michelet en regardant le Tarn, alors que J. me parlait de Michelet depuis Paris, et T. depuis une autre ville des boucles de la Seine. Il arrive un moment où, marchant au long de l’eau, nous descendons jusqu’à elle. Si l’endroit n’est pas une plage, il y ressemble drôlement. Alors, il n’est plus du tout question de Michelet. Le souvenir d’autres plages est convoqué. Et le mot est prononcé à nouveau : baignade.

Comme si ce n’était pas grave

Je fais le bilan de mes interactions sociales in real life aujourd’hui : deux êtres humains.

Premier être humain. Ça commençait bien : un monsieur un peu enrobé qui promène son clébard avec nonchalance. Le genre qu’on croit sympathique. Arrivé à quelques pas de moi : « Je suis obligé de descendre sur la route à cause de vous, parce que vous êtes au milieu du trottoir. » Je ne comprends pas. Je me dis que c’est une plaisanterie qui m’échappe, alors je souris bêtement. « Pour respecter les distances de sécurité, je suis obligé d’aller sur la route, et c’est dangereux, à cause de vous. » Je dois lui adresser un air encore plus bête (dans cette rue ne doivent pas circuler plus de deux voitures par heure), puisqu’il termine par : « Comme s’il ne se passait rien ! Comme si c’était pas grave ! Allez, dégage. »

Deuxième être humain. À la boulangerie, je demande une chocolatine, pour raviver ma bonne humeur qui vient d’être émoussée. Le boulanger : « On n’en a plus. » Puis il se ravise : « Ah, si. Mais elles sont pas belles, elles sont un peu loupées. Je veux bien vous en compter une, mais je vous en donne trois. » Je remercie avec tout l’enthousiasme dont je suis capable. Je m’exprime avec le cœur, puisque ma tête est encore occupée par le « Allez, dégage » qui résonne dedans. Et je regarde les chocolatines : elles ne sont pas si loupées que ça. J’en mange une, puis deux. Je garde la troisième pour demain matin. C’est vrai qu’elles ont une drôle de tête, mais je veux bien faire comme si ce n’était pas grave.

Je les mange en marchant, au bord du Tarn. Les promeneurs qui passent en sens inverse font un pas de côté à mon approche, et moi aussi, symétriquement. Avec quelle rapidité s’acquièrent les réflexes les plus aberrants : ce que cette épidémie fait de nous. Comme si ce n’était pas grave !

Je lis ici un extrait des Présents, mon roman qui paraîtra bientôt chez Publie.net. Je le lis avec cœur. Je fais comme si ce n’était pas mon personnage qui s’exprimait, mais moi-même, et que c’était à J.-E. que je m’adressais (c’est mon astuce Actors Studio).

Avec bonhomie, dit-il

Il y a eu cette rencontre surréaliste, à Versailles. La veille au soir, l’armée entrait dans Paris par la porte du Point-du-Jour ; l’artillerie pilonnait les positions des Parisiens qui, après avoir résisté plusieurs mois au siège par les Prussiens, allaient se faire massacrer par leur gouvernement même. Le lundi matin, les troupes envoyées par Adolphe Thiers avaient déjà reconquis dans le sang les quartiers ouest. À 10 heures, le même Adolphe Thiers recevait une délégation de conseillers municipaux venus de Montauban pour lui présenter leurs hommages. J’en parlais ici.

Une semaine plus tard, le lundi 29 mai à sept heures du soir, alors que les corps des derniers Communards viennent d’être jetés dans une fosse à Vincennes, le conseil municipal de Montauban écoute le rapport de ce M. Lacroix, de retour de son voyage. Il est encore tout ému d’avoir posé ses fesses sur le « petit canapé de maroquin vert » du président du Conseil qui a bien voulu s’entretenir avec lui, « avec bonhomie ».

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Le droit d’un arbre

La nature reprend ses droits. Il paraît que des gens sont tentés de dire cela, à cause des canards qui se promènent dans les rues de Paris, des dauphins qui nagent à Venise et des coyotes qui ont pris possession de San Francisco. Est-ce que le droit de ces animaux serait donc de jouir en toute liberté des abribus de la RATP, des avenues qui se croisent à angle droit, et d’un canal bordé de palazzi baroques ? Et moi qui croyais que les villes étaient faites pour que les hommes et les femmes y habitent.

La nature ne reprend pas ses droits, et nous perdons les nôtres. On avait cru possible d’inventer sa propre façon de vivre avec ceux qu’on aimait : se libérer du mariage et de la famille, vivre chez l’un ou chez l’autre, se voir dans les moments où l’on croyait bon de le faire. Mais soudain, il faut choisir son camp : se séparer ou rester enfermés ensemble. Retour du domicile conjugal. Hors de la famille, plus de salut.

Autrefois, les hommes et les femmes sortaient de leur appartement ou de leur maison : ils allaient au café. Ils y donnaient rendez-vous aux personnes qu’ils avaient envie de voir, mais qu’ils n’aimaient pas suffisamment pour les inviter dans leur intimité. D’autres habitaient ensemble, et sortaient ensemble : ils préféraient aller au café, pour changer, ou parce que chez eux c’était petit. D’autres encore n’avaient rendez-vous avec personne, mais ils venaient quand même : ils assistaient à la vie des autres. Depuis que les cafés n’existent plus, des arbres ont poussé dedans, leurs branches ont crevé le toit. La nature a repris ses droits. Est-ce que le droit d’un arbre, c’est de pousser entre quatre murs ?

Dans la nature sauvage, autrefois, un homme ou une femme seule marchait dans les herbes hautes ou sur les cailloux, et contemplait l’horizon, loin de la ville, loin des porteurs sains et des sujets à risque. Soudain, un hélicoptère se posa : quelqu’un en sortit et demanda à cet homme, à cette femme (très fort, pour couvrir le bruit du moteur) son attestation dérogatoire. Naturellement, il était sorti depuis plus d’une heure ; naturellement, elle habitait à plus d’un kilomètre. Naturellement. Cette personne ignorait que la montagne devait rester vierge, que les gens devaient rester chez eux, et que les abribus de la RATP étaient conçus pour les canards.

Les jambes et les yeux

Sous le pont de Sapiac coule le Tarn
 Et nos amours
Faut-il qu’ils s’acharnent
La joie toujours se réincarne

Il n’y a pas un choix immense, pour les rimes en –arn. J’ai fait ce que j’ai pu. J’aurais dû prendre le pont qui enjambe le Tescou : ç’eût été plus facile avec des –ou.

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Changer la vie (ça parle d’amour)

J’ai deux mails de lui, dans ma boîte, qui datent d’il y a dix ans environ. Dans le premier, il donnait son avis sur une affiche que j’avais dessinée pour le vide-grenier du quartier. Dans le deuxième, il répondait à un message que j’avais envoyé un soir, alors que j’avais remarqué que la porte du local où il travaillait était ouverte : je lui avais signalé l’anomalie et il m’avait remercié. Est-ce que posséder deux mails d’une personne dans sa boîte, c’est connaître cette personne ? Il est mort ce weekend de cette maladie, chez lui (pas à l’hôpital). Si c’est cela, connaître quelqu’un, alors ce virus entre progressivement dans mon intimité. Il contribue un peu plus profondément à changer ma vie.

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Je ne peux pas me plaindre

Oui, c’est vrai qu’il fait gris à Montauban : il a même plu. Oui, c’est vrai que j’avais pris cette habitude (déjà) : après déjeuner, devant ces fenêtres plus grandes que moi et ouvertes face à soleil, je me faisais griller doucement la peau. C’était bien.

On a perdu dix degrés ce matin, mais, si c’est cela mon seul malheur, ça va. D’autres choses se passent dehors : il suffit d’allumer la radio (je le fais trois fois par jour) ou de consulter l’un de ces écrans (je n’arrive pas à m’en détacher).

Il fait un peu frisquet : on serait mieux à deux, dans le lit. Mais je sais que ç’a été pire autrefois : pendant l’hiver 1829-1830, il a fait 15 degrés en-dessous de zéro à Toulouse. Le 9 janvier 1830, le Conseil municipal de Montauban a considéré « l’urgence des besoins des pauvres et des ouvriers privés de travail, non seulement par l’inactivité des manufactures, mais encore par l’extrême rigueur du froid qui ne permet l’ouverture d’aucun chantier ou atelier » ; il a décidé la « distribution de pain et de bois aux nombreux indigents dont les besoins s’aggravent chaque jour par l’intensité et la continuité du froid. »

C’est au début de cet hiver-là que Petit-Chef, Femme-Faucon et Grand-Protecteur-de-la-Terre sont arrivés à pied, franchissant le Pont-Vieux (qui était le seul pont et qu’on appelait donc, sans doute, le pont tout-court). En contrebas, les eaux du Tarn étaient prises par la glace. Alors, non, je ne peux pas me plaindre.

Depuis la chambre qu’ils ont occupé à l’hôtel d’Aliès, ils ont pu surveiller la rivière. Hier, j’ai voulu voir leurs fenêtres, qui sont désormais celles de bureaux de la mairie, mais elles sont probablement masquées par le bâtiment des années 1960 qui a remplacé le jardin. Ce matin, j’ai reçu un message de S. qui m’invite à aller, la prochaine fois, au bout de cette impasse où je me trouvais : j’y verrai un Paulownia. Il sera peut-être en fleurs. J’attendrai le beau temps pour retourner là-bas.

Les trois visiteurs osages ont attendu le redoux, eux aussi. La débâcle. Quand l’eau a recommencé de couler, ils sont partis. Ils ont descendu le Tarn, puis la Garonne. À Bordeaux, ils ont embarqué pour l’Amérique.

Nous, on ne peut pas prendre la mer. On ne peut pas fuir. Dans mes deux dernières lectures, il est question de cela : la mer ; la fuite. François Bon dit ce matin, en lisant le Littré : « Le mot fuir, c’est pas qu’on l’employait souvent, mais on savait qu’il était là. » Moi, je l’ai employé souvent.