J’ai touché

Les statues en bronze ne sont pas fragiles : elles sont faites pour durer mille ans. Quelques siècles de plus et elles commencent à fatiguer. Alors on les met à l’abri, comme le Marc Aurèle du Capitole. Elles deviennent des pièces de musée et, c’est bien connu : au musée, on ne touche pas. Ce qu’il y …

Otto avait quatre camarades

Je ne sais pas qui est Otto. Dans la douzaine de livrets (au-dessus du titre Soldbuch, un aigle avec la croix gammée), aucun des soldats ne s’appelle Otto. Il est difficile de déchiffrer les prénoms, mais manifestement ce n’est jamais Otto. Ces types sont nés en Ouzbékistan ou au Turkménistan et ils signent leur nom …

Mon désir de connaître cette ville où j’habite

J’achète exactement la même chose que samedi dernier, aux mêmes producteurs et dans le même ordre. Je n’éprouve pas de plaisir particulier à dire à une dame que les prunes que je lui ai achetées étaient très bonnes. Le garçon qui vend les tomates, qui doit avoir seize ans, me vouvoie alors qu’il m’avait tutoyé …

Exécution rapide au pistolet

Je sais que cette pelle a servi dans une tranchée en 14-18, mais on pourrait ne pas le savoir et croire qu’elle a passé sa vie dans le potager du grand-père. C’est ce genre d’objets que j’ai proposé au début de l’atelier : leur origine ne saute pas aux yeux. On peut se renseigner sur leur …

Les petites briques qui composent la maison

C’est une bulle, un refuge. Littéralement : une maison. Elle est au fin fond de Montauban (c’est déjà la campagne), il faut s’y faire conduire en voiture. On voit d’abord le jardin (un hamac tendu entre deux arbres), puis le nom inscrit à droite de la porte, à la façon des « Mon repos » ou « Ça me …

J’ai déboulé dans cette ville

À la fin de la soirée (on a terminé la première bouteille et ouvert la deuxième), j’essaie d’expliquer l’émotion que j’ai éprouvée en sortant de l’école, deux jours plus tôt : un grand étonnement et, à la fois, la sensation que ce qui venait de se passer était normal. Pendant les deux heures que je …

Tu t’appelais Jules, Napoléon, Prosper, et le nom de ton père

Ce n’était pas à Montauban, mais aux Archives de Paris : j’avais cherché cet homme dont on avait perdu la trace. J’en parlais ici, puis là. Je n’avais pas appris grand chose de plus.

Je pense à la maison manquante

« Quand tu entres par la cour, ici c’est le premier étage. Mais, nous, on dit que c’est le deuxième, parce qu’on entre par la rue d’en bas », m’explique D. en me montrant les beaux salons. Puis on visite les caves voûtées, on traverse cette fameuse rue, on fait le tour du cloître, on dit bonjour …

Si tu arrives jusque-là tu es émerveillé

Quand je suis venu à Montauban, j’ai vu beaucoup de maisons et j’ai vu des grands bâtiments où on est obligés de sonner. J’aimerais bien sortir tous les weekends et les mercredis, et j’aime bien jouer dehors, j’aime pas rester trop dedans. Le chemin de la Coulée verte, je n’ai pas le droit d’y aller …

Si vous saviez écrire, je ne vous aurais pas fait cette observation

Le soldat Joseph Soubeirol est en garnison à Anvers (département des Deux-Nèthes). Son père doit lui envoyer vingt-quatre francs, on ne sait pas pourquoi. Anvers, c’est très loin de Montauban. J’ignore comment on envoie de l’argent par la poste en 1808, mais le négociant Mayniel-Lestiol, lui, connaît ces choses-là. Il se rend au bureau de …