Puisque c’est une expérience

Je sors joyeux de chez — je ne sais pas comment l’appeler. D’ailleurs je ne l’appelle pas : si lui m’accueille avec un « Bonjour Antonin », je me contente de « Bonjour ». Il n’a pas besoin de prénom. Il n’a pas besoin d’une personnalité, d’une histoire : le sujet de nos séances, c’est moi seul. Je le désigne quand …

Tout défaire pour tout refaire

Au début de Rue des Batailles, il y a un tableau. Je ne parle pas de celui qui est devenu la couverture du livre, mais d’un tableau au sens théâtral : une scène, un lieu, des personnages, un moment. Deux garçons dans une chambre. Au fond, c’est toujours ce qui me guide. Un manuscrit dans mon …

Deux jeunes hommes sortent du lot

J’ai fait ce qu’il fallait, c’est-à-dire rien, ou pas grand-chose : ce qui me manquait (écrire sur ce blog), ce qui me repose, me répare, me recoud l’esprit — c’est l’expression d’Hugo. Si bien que j’ai oublié la culpabilité de ne pas avancer dans les chantiers en souffrance (à Pierre qui me demande comment ça va, …

Connaissance de ma chambre

Un autre usage de la chambre. Je dis « la chambre ». J’y reviens. La chambre que j’ai construite autour de mon corps et de mes désirs, juste assez grande pour me contenir avec ceux que j’aime, vêtement sur mesure, petite boîte, cabane ouverte : normalement je n’y passe pas la nuit seul. Je n’y dors pas seul, …

Une petite grotte provisoire

« Je serai institutrice pour faire chier les mômes », dit Zazie à son oncle Gabriel. Alors il répond : « Tu sais, d’après ce que disent les journaux, c’est pas du tout ça l’éducation moderne. On va plutôt vers la douceur, la gentillesse, la compréhension… » Et il a raison. Ça demande une énergie dingue : écouter ceux qui parlent, …

Satisfaction d’avoir construit une cabane

Il y a un grand vide à combler. Depuis que j’écris mon journal sous cette forme (une entrée par jour dans un document de traitement de texte, que j’imprime à la fin de l’année sans le relire), c’est-à-dire depuis 2019, je n’ai qu’un seul trou : une lacune de deux ou trois semaines la première année. …

Alors les heures et les heures

Il faut trouver le moment approprié pour chaque livre. Parfois on t’offre un chef d’œuvre en te promettant de riches heures de lecture : « Ça va changer ta vie, je t’assure » — mais ça parle d’un sujet qui n’est pas dans ton radar à cette étape de ta vie, ou bien c’est écrit d’une manière difficile …

Flagrant délit d’angélisme

Dans le texto où Sonia me donne le code de la porte (la petite porte discrète donnant accès au palais où m’attend le photographe), elle dit aussi : « J’espère que tu as bien dormi. » Je souris en lisant mon téléphone, dans la rue, sous le doux soleil d’Arles. La formule est certes banale, convenue, mais je …

Synchronisé avec les mouvements de ma tête

Ça fait toc-toc quand je bouge la tête. Je ne m’en aperçois pas. Je suis à fond dans mon truc. Absorbé. Je n’oublie pas de regarder les gens (ils ont l’air intéressés), mais je n’écoute pas, moi, le bruit que je fais. J’ai mes livres étalés sur la table et je pioche dedans les citations …

Le consigner pour archive

Ça commence comme un scénario de film français, ou peut-être comme le début d’un roman qui paraîtrait à la rentrée littéraire (je lis assez peu de romans qui paraissent à la rentrée littéraire) : deux hommes prennent le train pour rejoindre la même femme — elle est la sœur de l’un et l’amoureuse de l’autre — …