Les lieux d’un roman

Sur une carte de Saint-Céré, des pastilles rouges. Entre elles et les images, je tire mon fil rouge (littéralement) : des cartes postales (anciennes ou pas), des photos prises par moi ou par d’autres, des dessins, des extraits de texte, des pages de mon carnet. Ce sont les lieux-clés du Héros et les autres : des lieux réels (à Saint-Céré), des lieux imaginaires (disons plutôt : fantasmés à partir de lieux réels), des souvenirs (des épisodes qui ont eu lieu dans d’autres endroits).

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Dans la vie

J’ai rencontré quelqu’un qui porte le même prénom que le personnage avec lequel je vis en ce moment. Je ne savais pas qu’il portait ce prénom-là, avant qu’il me le dise, parce que je l’ai connu sous un pseudo. C’est au bout d’une heure que nous parlions, au café, qu’il m’a expliqué que son vrai prénom (celui que lui donnent ses amis, sa famille), c’en est un autre. Et moi, bêtement, je lui ai posé la question qui est systématiquement posée à mon personnage au sujet de son prénom (et qu’on lui pose, à lui aussi, à chaque fois : il me l’a fait remarquer). J’ai réalisé alors deux choses : 1. que l’idée que j’ai eue de cette réplique (dans mon récit) n’est pas originale ; 2. qu’elle est crédible, puisqu’elle existe dans la vie.

Le samedi précédent, c’était R. qui me scotchait avec une réflexion qui lui était venue, à propos des personnes qui ont disparu et qui, tant qu’on pense à elles, sont tout de même présentes et font partie de la vie. Ça ressemble drôlement au sujet sur lequel j’écris. Là aussi, je me suis dit : 1. que l’idée n’était pas neuve (je m’en doutais, évidemment) ; 2. que la manière dont R. la formulait, c’était exactement la manière dont je voulais qu’on l’éprouve en me lisant. Et le truc qui m’a scotché, c’est que R. est un enfant. Comme moi, finalement (c’est-à-dire, comme le personnage qui n’est pas moi, mais dont ceux qui me connaissent penseront que c’est moi quand ils me liront ; je me comprends).

Être d’accord

Je corrige, je réécris. Puis j’écris « ah, oui, tu as raison » ou bien « je suis d’accord » dans les commentaires du traitement de texte.

Quand j’ai terminé L’épaisseur du trait la première fois, je savais bien qu’il n’était pas terminé. La deuxième fois non plus. Mais je ne savais pas comment aller plus loin. Comment l’améliorer, mon texte. Comment aller au bout de mon projet. Mais, au fait, c’était quoi mon projet ?

Et puis Guillaume est arrivé, et il a ajouté plein de commentaires partout sur mon manuscrit. Ça m’a fait un peu peur. Mais, bon, c’était ce que j’attendais, après tout : que l’éditeur m’aide à y voir plus clair. Et le phénomène magique, dans cette histoire, c’est que j’étais d’accord avec presque tous ses commentaires. Même (surtout) quand il s’agissait de couper. De nettoyer les tics, les parasites.

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Pour les besoins d’un travail en cours

Pour les besoins d’un travail en cours, j’ai ouvert la grande caisse où je range mes plans de ville, et je me suis promené dans celui-ci. Pour deux raisons. Petit un, parce que ce plan est très beau. Petit deux, parce que c’est Rome, et en particulier le quartier de Testaccio, et que je fais référence à cette colline dans le texte que j’écris (que je corrige en ce moment), c’est-à-dire mon roman, c’est-à-dire L’épaisseur du trait.

Enfin, bon, la troisième raison, qui est en réalité la raison unique (parce qu’il n’y a pas deux, ni trois raisons pour lesquelles j’ai ressorti ce plan, mais une seule), c’est que j’aime ça, regarder mes plans. « Pour les besoins d’un travail en cours », on ne va pas se mentir, c’est surtout que ça me fait plaisir.