Mercredi 5 avril 2006

Ce matin, on se pointe à 8h30 et on s’aperçoit que la prof est absente. Immédiatement, je l’interprète comme un signe du destin en suivant le cheminement suivant : pas cours = possibilité de déjeuner à 11h30 = voir É*.

Or, quand j’entre à la cantine à 11h30, il est déjà assis et, au lieu de me mettre avec lui, je vais seul. Jie et Yan se joignent ensuite à moi. Nous avons une conversation très intéressante.

É* sort de table, seul. C’est le moment de le voir, de lui dire cette phrase que je répète en moi depuis une semaine… Je reste assis.

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Mardi 4 avril 2006

L’école ferme à 12h30 à cause de la manif (qui commence à République, cette fois, et va vers Italie). Je mange un casse-croûte avec Célie au square du Temple. Il fait beau.

À 14 heures, on retrouve devant l’école des gens de chez nous, mais aussi d’Olivier-de-Serres, des Ateliers et des Beaux-Arts. On défile ensemble. Il y a donc Célie, Camille G*, Léo, Louise, Isabelle, et les mêmes trois de mànaa C que la semaine dernière (pas un seul élève de B ! « mànaa B, macchabées ! mànaa B, dégonflés ! ») Je porte momentanément la banderole, je suis couvert d’autocollants. Je prends des tracts, dont celui de la LCR qui m’est tendu par Olivier Besancenot (j’ai vu aussi Arlette Laguiller plus loin).

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Lundi 3 avril 2006

Pas cours. Travail.

Vendredi dernier, Chirac s’est ridiculisé en promulguant la loi du CPE tout en demandant qu’elle ne soit pas appliquée. Cette pseudo-concession ne suffit pas, évidemment : la manif de demain mardi est maintenue.

Cette nuit, j’ai rêvé que j’y étais (É* aussi y était). Nous manifestons, nous les Duperriens. Nous arrivons à un endroit où le pont du métro surplombe la rue ; là-haut, un flic devenu fou nous balance toutes sortes de projectiles, et des gros. On a peur. On opte pour la résistance passive. On s’assoit.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

Vendredi 31 mars 2006

Pas cours aujourd’hui. Je vais aux portes ouvertes du lycée Renoir (qui propose aussi un BTS communication visuelle). Et avant, je vais manger à la cantine. À 11h30. Comme vendredi dernier. Avec l’intention de m’installer à la table des BTS. Comme vendredi dernier.

La tablée est là. Mais il manque quelqu’un ; le plus important ; je ne vois pas É* ; je suis déçu ; moi qui avais espéré passer aux choses sérieuses aujourd’hui… Du coup, je ne me joins pas au groupe. Tant pis. Même si j’en ai bien envie, quand même, parce qu’ils sont tous chouettes.

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Jeudi 30 mars 2006

Ce matin, un SMS de Benoît : « 3 millions dans la rue ! Le combat continue ! » Je n’avais pas de contact avec lui depuis un mois (le forum des anciens élèves du lycée). Je suis content qu’il m’écrive ; je lui réponds ; plus tard il m’appelle, mais je suis en cours et ne décroche donc pas.

En expression plastique, on dessine Christelle, une petite jeunette aussi bien fichue que celle des magazines. Léo est aux anges, j’imagine qu’Étienne aussi. Moi, je suis jaloux : pourquoi on n’a jamais de modèle mec ?

Pour deux jours, *** (le copain de Camille) est à Paris, et j’ai l’occasion de le croiser à la sortie des cours.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

Mercredi 29 mars 2006

En design d’espace, je stagne. Je doute. En français, je me suis fait qualifier de « génial » par Mme Smadja parce que j’ai compris un texte de Finkielkraut qu’elle annonçait comme « très difficile ».

À table, une discussion avec Étienne, Morgane et Coline qui me mine. Pour eux, le CPE est « peut-être le seul moyen pour la France de rester compétitive » et « peut-être une solution au chômage ». Nous débattons, mais c’est malheureusement inutile.

Ce que je ressens, c’est de la peur. Pour moi, mon opinion me paraît tellement évidente, la seule possible ! Ces trois-là sont comme moi : ils sont jeunes, et dans deux ou trois ans ils seront confrontés à ces problèmes ; pour moi, il était donc évident que le CPE paraissait aussi scandaleux à leurs yeux qu’aux miens… Et en fait, non. J’ai peur quand je m’aperçois que des jeunes peuvent avoir un discours aussi fataliste face aux progrès du libéralisme sauvage. Je suis déçu, aussi, il faut bien le dire.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

Mardi 28 mars 2006

Ce matin, en expression plastique, je suis bon.

Enfin, Duperré se mobilise contre le CPE. Avec quelques collègues Duperriens, nous rejoignons les autres étudiants en école d’art devant Estienne, car la manif part de la place d’Italie (chez eux) pour aller à République (chez nous). Nous devons donc subir le trajet en métro République-Italie et risquer la suffocation, l’écrasement ou la crise subite de claustrophobie.

À la place d’Italie, il y a Célie, Pauline et moi ; des filles de mise à niveau C ; Eflamm et Estelle ; d’autres du BDE. En tout, je dirais vingt-cinq ou trente Duperriens. Et nous avons perdu les Estiennois, Olivier-de-Serriens, Boulistes, Beaux-ardiens et Art-décoïstes (pardon pour ces néologismes). Deux copains de Duperriens se joignent à nous, dont un certain David : sympa et plutôt séduisant (même s’il en joue un peu trop) et, selon une intuition venue d’ailleurs, peut-être homo. Bon.

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Lundi 27 mars 2006

Ce prof de *** est très gentil, probablement même très compétent, mais, ne nous le cachons pas, un tantinet relou. Tant pis : faut faire avec.

En revanche, M. Dugard est vraiment un chouette type. J’aime quand il parle. Je trouve quelque chose de fascinant dans sa volubilité passionnée. Et surtout : dans l’intérêt qu’il porte à chaque chose ; et dans son enthousiasme pour ce qui vient de nous.

Ma journée, d’un point de vue É* :

  • paroles échangées : 0
  • sourires échangés : 1
  • films dans ma tête : beaucoup (j’avoue)

Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.