Lundi 22 mai 2006

Je vais à la Cinémathèque cet après-midi, avec Morgane et Coline, voir l’expo Almodóvar. Avant, je révise un peu. Je revois Tout sur ma mère. À la fin, je suis en larmes ; ça ne m’avait pas fait ça la première fois. En fait, je ne connais d’Almodóvar que ses derniers films (En chair et en os, Tout sur ma mère, Parle avec elle, La mauvaise éducation, Volver) et pas du tout ses premiers. L’exposition est géniale. On y reste bien deux heures. Puis on traverse rapidement l’expo permanente de la Cinémathèque, où l’on voit la robe de Scarlett O’Hara.

Ce soir, je vois In The Mood For Love de Wong Kar-Wai. C’est en chinois, c’est lent, il ne se passe rien, mais chaque image est une merveille.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

Vendredi 19 mai 2006

8h30 : entretien à Estienne. Tout se passe très bien. À Duperré, c’était un monologue de dix minutes, alors que là, pendant un quart d’heure, c’était un échange. À la fin, l’un des trois profs a pinaillé — avec le sourire — sur le boulot que j’ai fait à propos de La position du tireur couché : « Vous avez lu le livre ? Le personnage est un tireur d’élite, il a un fusil d’assaut, et vous l’avez dessiné avec une mitraillette des années 50… »

Étienne est très déçu : il n’a pas été retenu pour passer l’entretien. J’ai l’impression d’être un rescapé : sur la longue liste des candidats convoqués, je ne connaissais presque personne de Duperré.

J’ai envie d’étudier à Estienne, mais j’ai aussi envie de Duperré. Je change d’avis tous les jours. Si je suis reçu dans les deux écoles, ce sera un véritable crève-cœur de choisir. Estienne, c’est l’école par excellence pour les métiers du livre ; c’est une réputation ; c’est tous les élèves qui bossent dans le même domaine — alors que la section com’ de Duperré est un peu perdue parmi celles de mode. Mais Duperré, j’y suis bien, j’y suis chez moi, je ne veux pas partir. J’y ai mes amis, j’y ai mes profs que j’aime beaucoup, j’y ai mes repères…

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Jeudi 18 mai 2006

Dans mon rêve de cette nuit, je marche dans la rue, le long d’une rangée de voitures. Je regarde par la vitre de l’une d’elles : je vois *** assis sur la banquette arrière, et *** à genoux par terre devant lui, qui lui taille une pipe. Je me dis : « Ah, ben merde, si j’avais su, je n’aurais pas hésité à lui faire des propositions moi aussi. » En fait, il n’était pas explicitement en train de le sucer, c’est-à-dire que je ne voyais pas les détails sexuels — dans mes rêves, jamais rien de sexuel… — mais leurs positions respectives (lui assis, l’autre à genoux) avaient exactement le même sens pour moi que si j’avais réellement vu l’acte.

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Mercredi 17 mai 2006

Le « grand jour », en quelque sorte. Je suis convoqué à 14 heures, mais j’ai envie de me lever tôt et d’arriver tôt. Je passe deux plombes dans la salle de bain ; je repasse ma chemise nickel…

J’arrive à l’école pour manger à la cantine, puis je vais me promener : je fais le grand tour. Je passe devant les Mots à la bouche et, comme c’est la journée mondiale contre l’homophobie, ils ont organisé leur vitrine en conséquence, notamment en exposant les affreuses lettres adressées à Mamère après qu’il a marié deux hommes.

À l’école, je vois *** (de la classe de mànaa B) embrasser un type d’Estienne, ce qui confirme : 1. que c’est bien son mec ; 2. que *** est bien gay. Je peux donc affirmer ceci : sur la promotion « mise à niveau Duperré 2006 », 40 % des garçons étaient homosexuels. On explose la moyenne nationale !

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Dimanche 14 mai 2006

J – 3.

Je travaille à fignoler mon dossier. Je fais une quinzaine de croquis dans mon gros carnet (qui en totalise maintenant cent-vingt-sept).

Vers 18h30, j’ose enfin appeler É*. Il est dans le métro, on s’entend mal, on ne parle que deux minutes. Mais je n’avais pas envie d’un long entretien. Je n’aime pas le téléphone. Quand je suis face à la personne, je sais que je peux être intéressant et spirituel (parfois), mais le téléphone m’intimide et je ne suis capable de rien.

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