Vendredi 23 juin 2006

Nous partons demain à Saint-Malo pour une semaine. Dès mon retour, je travaillerai chez Axa pour un mois. Puis, nous improviserons le mois d’août. On a eu du mal à prévoir des vacances, cette année. On n’a pas pris la peine d’y réfléchir, mais ça ne me gêne pas si je dois rester à la maison. J’ai tant de choses à faire. À dessiner. Je commence aujourd’hui le dessin d’Il n’y a pas d’heure.

Ce carnet est presque terminé et j’aimerais qu’il le soit totalement avant de partir en vacances. Pour le laisser à la maison. Je m’aperçois que le rythme est assez régulier : ce carnet m’a duré trois mois, comme les précédents. Ce qui fait 90 jours sur 180 pages, soit deux pages par jour en moyenne. J’arrondis, hein.

Il faut que je trouve un titre. C’est difficile. Je veux exprimer cette sensation que, pendant ces trois mois (et particulièrement le troisième), ma vie s’est drôlement accélérée. Bon, d’un point de vue purement scolaire, déjà : je réussis mon année et je change d’école. Mais surtout d’un point de vue, heu, je ne sais pas comment le qualifier, mais concernant É*, et J*-E*, et toutes ces choses-là.

Continuer la lecture « Vendredi 23 juin 2006 »

Jeudi 22 juin 2006

J’ai monté mon petit livre, que j’intitule Catalogue. Le résultat me plaît, c’est assez joli et élégant.

À 19h30, je retrouve J*-E* pour deux heures formidables. Finalement, pourquoi aller chez lui ? Il a le don pour proposer des petits endroits charmants, et toujours en me laissant le choix. Nous allons au Trésor, ou un nom comme ça, en tout cas c’est dans la rue du Trésor, une impasse dans le Marais. Dans le quartier gay, mais pas un resto gay — un peu comme la dernière fois, rue Quincampoix. On s’installe en terrasse parce qu’il fait beau.

Continuer la lecture « Jeudi 22 juin 2006 »

Mercredi 21 juin 2006

Je m’amuse. Je prends plein de photos d’objets de ma chambre. Juste des objets. Tout ce qui traîne. Sans mise en scène. Il y en a soixante-douze. Puis, je les mets en carré et en noir et blanc, format 5 × 5 cm. Et je vais les faire tirer.

Je me dis : ce serait sympa d’en faire un livre. Une image et, en face, deux ou trois mots. Alors, j’ai cherché une cohérence, un ordre logique à ces photos. J’ai trouvé. Et j’ai écrit les mots en face, à l’ordinateur. Maintenant, il va s’agir de monter tout ça en livre.


Je passe deux heures chez S*. Après, nous ne nous reverrons plus avant mi-août. Et encore, c’est pas sûr.


Nous convenons avec J*-E* de nous voir demain soir. À 19h30 au métro Temple. Il me dit que, s’il fait beau, on ira manger dehors, un petit resto avec une terrasse ; s’il fait moche on ira chez lui. J’ai presque envie qu’il fasse moche — je suis curieux de voir où il vit.


Ce soir, c’est la fête de la musique. Mais, d’une part, maman est trop fatiguée pour sortir et, d’autre part, il pleut. Alors tant pis, je reste à la maison et je lis.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

Mardi 20 juin 2006

J’envoie cinq planches au Psikopat avec une petite lettre où je me présente. J’espère que ce n’est pas trop con. Quitte à être refusé, j’aimerais vraiment avoir un avis, et pas une lettre-type.

J’essaie de réunir un peu de doc pour dessiner Il n’y a pas d’heure. J’ai listé tout ce que j’aurai à dessiner et que je ne sais pas faire.

Je finis L’empire des signes. Il est chouette, Roland Barthes, parce qu’il sait écrire. Souvent, les intellectuels font des phrases compliquées juste pour se la péter, alors que lui, il écrit bien, c’est agréable à lire et, même, c’est beau. (Alors que je n’ai éprouvé aucune émotion d’ordre esthétique en lisant Régis Debray, par exemple.)


J’ai envie de lui envoyer un texto pour lui dire que j’aimerais le voir. Ainsi, c’est lui qui m’appellera. Mais, bêtement, je n’ose pas.

Cette timidité est si déplacée ! Car vraiment, avec lui, je n’ai pas à m’inquiéter. Il prendra plaisir à me voir, je le sais.

Ce soir, je regarde un film gentillet un peu con-con à la télé et, justement quand je n’entends pas mon téléphone sonner, il m’appelle. Ça c’est pas de chance ! Il me laisse un message sur mon répondeur et je prends plaisir à entendre sa voix, une vraie voix d’homme, et ses phrases que je trouve déjà si caractéristiques — un mec qui dit « par ailleurs » quand il parle, j’adore.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

Lundi 19 juin 2006

Bon, ça y est, c’est fait : j’arrête pas de penser à lui. C’est chouette.

J’ai envie de le voir. Je ne veux pas attendre le prochain weekend possible, ce qui nous obligerait à attendre deux semaines ! Il faut qu’on se voie un soir, même si ça ne pourra pas être long. J’ai envie qu’il m’appelle.

Continuer la lecture « Lundi 19 juin 2006 »

Dimanche 18 juin 2006

Je remonte Le dernier chocolat de la boîte de sorte qu’il soit calibré idéalement pour la collection « Patte de mouche » de L’Association. De douze pages A5, j’en fais vingt-quatre pages A6. Je supprime quelques cases par-ci par-là pour obtenir vingt-deux planches de BD — deux pages libres pour les titres.

Je rêve. C’est comme d’habitude : « Je m’voyais déjà » et tout. J’aimerais envoyer Le dernier chocolat à L’Association parce que je le verrais tellement bien, en Patte de mouche… Et surtout, j’aimerais un avis professionnel sur mon travail, parce que je n’en ai jamais eu. J’aimerais montrer ce que je fais à des éditeurs, et j’aimerais qu’ils me donnent un avis, plutôt que de se contenter de refuser (… ou d’accepter, hein, on peut rêver).

Continuer la lecture « Dimanche 18 juin 2006 »

Samedi 17 juin 2006

Juline va relever le courrier, et revient en me donnant une grosse enveloppe : « C’est de J*-E*. » Elle a lu le nom de l’expéditeur, avec les initiales de son prénom : « JE *** » et elle s’est dit que des gens qui portent ces initiales « JE », il n’en existe pas trente-six mille. Elle me demande : « C’est un livre ? » et je lui réponds : « On dirait » — un irrépressible sourire aux lèvres. Je continue à jouer au cachottier.

Continuer la lecture « Samedi 17 juin 2006 »

Jeudi 15 juin 2006

S* m’appelle à 10h30, elle est en vacances depuis hier soir, elle me demande si elle peut passer chez moi vite-fait pour me rendre un livre. Je suis en pyjama, je lui dis de passer à 11 heures quand je serai présentable… Si elle ne peut pas s’attarder chez moi, c’est parce qu’elle va chercher sa copine du Nord, A*, à la gare. Alors, ni une ni deux, je lui propose de l’y accompagner, pour qu’on passe un peu de temps ensemble — c’est si rare. Nous allons chez elle, manger un truc rapidement. Je lui raconte J*-E*, ce que je n’aurais pas fait si nous étions restés chez moi.

On prend le RER ensemble, puis on se sépare à Paris. Moi, je vais à Hôtel-de-Ville pour retourner aux Mots à la bouche.

Continuer la lecture « Jeudi 15 juin 2006 »

Mercredi 14 juin 2006

C’est ce soir que j’ai rendez-vous avec J*-E*. C’est très différent d’avec — par exemple — É*. Parce que c’est moi qui avais sollicité É* et que j’avais peur qu’il se sente forcé d’accepter, j’avais peur de l’ennuyer, peur de lui faire perdre son temps. C’était assez éprouvant. Là, c’est le contraire. Je peux y aller confiant parce que c’est moi qui ai le beau rôle : c’est lui qui veut me voir.

J’ai beaucoup de choses à raconter. J’essaie de procéder de manière ordonnée. D’abord, je passe vite-fait voir Yao, pour lui parler un quart d’heure et lui donner un tirage de ma gravure. Puis, je prends le RER, en avance exprès, pour arriver tôt. Pour avoir le temps de passer aux Mots à la bouche. C’est chouette le Marais à 19 heures, ça commence à être animé, on croise plein de mecs dans les rues. Surtout, les bars font entendre leur musique abominable qui envahit les rues. Dans la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, une fille m’arrête pour me vendre un fanzine de BD. C’est le no1 de Peau de banane. Je suis pressé et je n’ai pas très envie de claquer mon fric maintenant, alors je lui promets de le lui acheter la prochaine fois.

J’entre aux Mots à la bouche, décidé à ne pas traîner et à acheter seulement L’homme marié d’Edmund White. Mais, au rayon BD, je vois le no5 de la revue Ego comme X avec la « Première tentative de journal direct » du grand Fabrice Neaud, et je me laisse séduire. Tant pis pour White. Je reviendrai.

J’arrive juste à l’heure sur la place du Pont-Neuf. Il arrive une minute après moi ; il sort directement de son travail — il est juriste au CNRS. Bêtement, je n’ose pas l’embrasser, je ne le touche même pas. Nous avons tout de suite des choses à nous dire. Il m’emmène au Vert-Galant (le fameux) à la pointe de l’île de la Cité, « qui s’avance dans la Seine comme la proue d’un bateau. » Un endroit idéal.

Continuer la lecture « Mercredi 14 juin 2006 »