Trois souvenirs d’œuf

Dans chaque numéro de Papier Machine, c’est un mot qui prend le pouvoir. Dans celui-ci, c’est « Œuf » et on peut lire un texte de moi qui s’appelle « Trois souvenirs ». Ce sont trois courts textes qui se suivent (on s’en doutait), mais ce ne sont pas de vrais souvenirs (c’est inventé). Je suis très fier d’y être, parce que la revue est belle, que les textes et les dessins aussi, que les gens sont chouettes comme tout, que c’est conçu et fabriqué en Belgique et mis en pages par Jérôme Poloczek. Vous devriez acheter Papier Machine, ça vaut le coup.

Il y avait foule chez Charybde

Inutile de le nier, j’étais vachement fier hier soir chez Charybde. Merci à Hugues pour son accueil, et merci à tous les copains, et puis aux gens chouettes que j’ai rencontrés. Là, je mets une photo de moi (c’est Étienne Gomez qui l’a prise) — c’est vraiment parce que je suis content. Mais faut pas croire que j’étais tout seul : on a parlé des textes de Claire Dumay, Françoise Favretto, Perrine Le Querrec, Hervé Mestron, Annie Mignard et Corine Pourtau. Que de monde ! Charybde, c’est immense, en fait !

Pour se souvenir encore mieux de ce qui s’est dit, on peut écouter ceci : « une soirée de discussion, d’échange et de lecture autour de l’art de la nouvelle ».

« Terrains de mémoire et de drame, de joie et d’innocence »

C’est dimanche et il pleut, vous êtes tranquillement enfermé à la maison en train de lire le blog de Charybde et, soudain, vous tombez sur cette note de lecture à propos de Passerage des décombres, qui dit :

« Antonin Crenn nous y charme, nous y désarçonne et nous y ravit finalement. »

Alors, vous notez en très gros la date du 15 mars dans votre agenda, vous la soulignez deux fois et vous précisez que la librairie Charybde, c’est au 129, rue de Charenton.

La note d’Hugues sur le blog de Charybde, c’est ici.

Un vertige

Ce poème a été publié dans Revue Méninge no8 en janvier 2017.

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Le soir, quelquefois. Le sommeil
voudrait venir ; on dérive,
on s’abandonne. Quelque chose veille,
qui ne veut pas dormir. Qui attend, sur le qui-vive.

Le rêve s’invite, il est doux.
C’est une voie, on la suit — elle nous mène où ?
Soudain, la terre s’ouvre, le pied se dérobe, on sombre ;
un faux pas. Pas un cri. Le vide nous tire dans l’ombre.

La voix voudrait, mais ne peut pas. Dans le noir,
Les yeux s’ouvrent pour fuir le rêve qui les hante.
On tombe, on s’éveille. Le cœur chante
à se rompre. Il fait trop sombre pour y voir.

De gouffre, il n’y en a pas. Sans bris, sans mal,
le trou s’est ouvert dans la poitrine : un vertige.
Le cœur qui s’emballe, qu’y puis-je ?
Le sommeil à nouveau s’installe.

Le matin, cette fois. Le corps tremble,
le lit oscille. Il semble
que le sol remue sous celui-ci,
et que les murs, dehors, aussi.

La terre s’est ouverte à sept heures quarante,
pas si loin d’ici. La sensation n’est pas courante.
Un vertige. On s’éveille.
Là-bas plus rien n’est pareil.

Le cœur qui s’étonne, un drôle de présage.
Des toits sont tombés, des villages
sont éboulés.
Un paysage s’est effondré, une minute seulement
s’est écoulée.

Mille éclats, un tout petit instant,
un fracas. Des ruines.
Ici, pas un bruit, pas un cri. Dans la poitrine,
ça bouge ; on ne sait plus si c’est dehors ou bien dedans.

On voudrait se lever, mais ça tangue ; c’est un peu dur.
Dans les villages, il n’y a plus un mur.
Debout, les jambes vacillent, elles ne tiennent plus le corps ;
là-bas, tout est à terre ; on ne le sait pas encore.

Italie, octobre-novembre 2016