Un rêve (une fuite)

Il faudrait fuir. Mais le bord du cadre s’approche, les ombres se font plus denses, c’est un piège. Des silhouettes noires aux ramifications dérisoires : ils sont rabougris, les arbres. Les montagnes, au-delà, ne paient pas de mine. Elles sont avachies. Usées. Leur ligne, seul horizon, crée l’illusion que le paysage n’est pas vide. Pour cette raison je les hais : je leur en veux de mentir, car la lande est sèche, morne, et s’étendrait à perte de vue s’il n’y avait ces sommets mesquins. La route coupe en deux l’étendue sinistre et mène, peut-être, vers ces plateaux distants. Je n’en sais rien. Je connais seulement le village, ramassis de maisons basses le long du ruban d’asphalte.

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Comment on découvrit un rocher biscornu en forêt de Fontainebleau, comment on en tira profit et comment il disparut

« Hé maman, pourquoi ce caillou il a des trous dedans ?
— C’est à cause de la géologie, mon poussin. Les années passent par millions, et ça laisse des formes bizarres au bord des chemins : les canyons, les falaises, les menhirs. »

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La boîte en bois et la boîte en carton

Cette nouvelle a été publiée dans la revue Squeeze no15 en mai 2017.

Que je vous explique : ces photos, je les ai piochées sur l’étal d’un bouquiniste en Italie. Il y en avait des tas, c’était aussi bon marché qu’une part de pizza. J’ai trouvé que ces quatre-là allaient bien ensemble : elles racontent une histoire.

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J’ai reçu une lettre de la mairie ce matin, sur un beau papier à en-tête imprimé en couleurs. Elle disait ceci :

« Monsieur,

Vous êtes l’héritier unique de M. Roberto D., né le 12 octobre 1950 dans notre commune de V. et décédé le 23 février 1991 dans ladite commune. Votre parent est actuellement inhumé au cimetière municipal : il occupe une concession à terme de vingt-cinq ans renouvelables. Vingt-cinq ans passent vite. La concession arrivant à expiration, nous vous prions de bien vouloir prendre connaissance des modalités de son renouvellement ainsi que des tarifs applicables à celui-ci, en annexe du présent courrier. En l’absence de réponse positive de votre part dans un délai de trente jours, la concession de votre parent sera réputée échue. L’emplacement sera libéré au profit d’un nouvel entrant et la procédure en vigueur sera appliquée : les composés minéraux du monument funéraire seront recyclés, le cercueil de M. Roberto D. sera ouvert et ses os seront remisés dans une petite boîte en bois (façon caisse de vin) appelée reliquaire, dûment numérotée et indexée, qui sera entreposée ad vitam æternam dans un grand entrepôt de banlieue, appelé ossuaire. La traçabilité de votre parent est entièrement garantie. Cependant, l’ossuaire n’étant pas habilité à recevoir les usagers, la principale conséquence de l’application de ladite procédure est la cessation définitive des visites au défunt.

Vous priant de croire, Monsieur, etc. »

Ça m’en a bouché un coin. Je n’ai pas véritablement connu le Roberto en question, parce que je n’avais que quatre ans quand il est trépassé. Je n’avais pas eu tellement d’occasions de le fréquenter avant et, après, ce n’était plus possible. Il était un frangin de ma mère (feue ma mère). Ils avaient des racines quelque part dans le sud de l’Europe : cette origine géographique explique pourquoi le prénom de l’oncle se terminait par un « o » et celui de ma mère, par un « a ». Je trouve que Roberto est un chouette prénom : il me fait penser à une sorte de chanteur de charme en costume blanc. Les parents de Roberto et de ma mère étaient portugais – ou corses, peut-être –, mais je ne crois pas qu’ils étaient italiens. C’est dommage. Roberto se faisait appeler Bob ou Bobby. Aujourd’hui, ça craint : ça sonne comme un pseudonyme ringard, mais à l’époque il fallait qu’on vous prenne pour un Américain si vous vouliez être dans le coup. Pour Roberto, je crois que c’était important d’être dans le coup, mais en fait, je n’en sais rien. Je ne sais pas grand chose à son sujet, mes parents ne parlaient jamais de lui. C’était un fantôme qui restait sagement dans son coin, incognito : il n’a jamais hanté nos dîners en famille. Je crois que mon père (feu mon père) ne l’aimait pas.

J’avais toujours dit à mes vieux qu’il ne fallait pas prendre l’avion, parce que ça brûle du kérosène dans le ciel et que les particules toxiques se répandent sur des gens qui ne l’ont pas mérité. Ça s’infiltre dans les sols et les eaux, ça pollue tout : c’est une connerie, l’avion. Ils sont morts en plein vol en 2004. Ils auraient dû prendre le train, je l’avais dit. J’ignore comment leurs particules se sont dispersées dans les airs… La seule chose certaine, c’est que je ne les ai jamais revus. Ensuite, j’ai passé un temps fou à ranger l’appartement : il fallait mettre de l’ordre dans leurs affaires, trouver une place pour chaque chose. Forcément, je suis tombé sur des tas de trucs que je ne connaissais pas et dont je ne savais pas quoi faire. J’ai trouvé des photos éparpillées qui n’étaient pas rangées dans les albums : je les ai rassemblées dans une boîte en carton, type boîte à chaussures, en me disant que je m’en occuperais plus tard. Puis j’ai oublié, et je n’ai plus jamais ouvert cette boîte.

Je laisse la lettre de la mairie sur la table de la cuisine, je vais voir si la boîte à chaussures est bien là où je crois qu’elle est : tout en haut de la penderie, entre les sacs de rechange pour l’aspirateur et le fer à repasser dont je ne me sers jamais. Revenu dans la cuisine, je retourne la boîte. Toutes les photos s’étalent, face contre la table. D’abord, je mets de côté toutes celles qui ne portent aucune inscription au dos. Ensuite, je retire celles où je lis des noms ou des dates qui n’ont aucun rapport avec ce que je cherche. À la fin de l’opération, il ne me reste plus que quatre photos. Sur leur envers, il est écrit : « Roberto », « Roberto, été 58 », « Bob et C. » et « Bob ». J’ai hâte de mettre un visage sur le nom de mon oncle Bobby. C’est étonnant que je n’aie jamais eu cette curiosité plus tôt : il aura fallu la lettre de la mairie pour le sortir de l’oubli, ce cher Bobby. Vite, vite, je brûle de retourner ces photos pour voir ce qu’elles ont à me montrer. Quels que soient ses traits, qu’ils soient beaux ou laids, je serai si heureux de connaître son visage ! Comme il est bon de retrouver son vieux tonton ! Je l’aime déjà, avant de l’avoir vu. C’est dommage qu’il soit mort.

Je commence par retourner « Roberto, été 58 ». C’est un petit garçon en noir et blanc. Je dis « petit » parce qu’il est jeune, mais aussi parce qu’il n’occupe qu’une petite surface de l’image. La photo est cadrée large : une place importante est laissée au décor. Au fond, je vois un muret surmonté d’un garde-corps à balustres, très élégant, et de grands arbres effilés qui dessinent une ombre minuscule à leur pied : le soleil doit être très haut, c’est un début d’après-midi d’été. Une bordure de pierre délimite une pelouse agrémentée de massifs ordonnés avec soin. C’est probablement un parc historique : un jardin public dans un beau quartier, ou bien celui d’un château ou d’un musée, que la famille aura visité à l’occasion d’un séjour touristique. Moi aussi, j’aime bien les vieilles pierres et les jardins classiques. En bas à droite de l’image, au premier plan, le petit garçon porte une chemisette un peu trop grande pour lui (elle pourra encore lui servir l’été suivant, j’imagine), un short et des sandales. Ses poings sont enfoncés dans ses poches : il s’impatiente. Il a la tête légèrement baissée et les sourcils froncés à cause du soleil qui lui brûle les yeux, mais il regarde tout de même l’appareil photo, par en-dessous. En fait, on ne voit que deux creux sombres, dans lesquels on devine à peine les yeux : c’est l’ombre des arcades sourcilières. La lumière zénithale souligne les traits avec dureté : une tache noire sous le nez, une autre sous la bouche. Une ligne barre la joue parce que le petit garçon sourit, mais c’est un sourire forcé et, à cause de l’ombre, ça ressemble plutôt à une grimace. Tout le reste du visage apparaît d’un blanc éclatant sur l’image : les nuances sont brûlées par la lumière. Ce n’est pas drôle, de poser pour la photo. Roberto préférerait grimper aux arbres, sauter sur le muret, ou encore dévaler le talus couché en roulant comme une saucisse – mais comme c’est un jardin classé, on ne peut pas rigoler, ni même marcher sur la pelouse.

Je retourne la deuxième photo : « Roberto » tout court. Celle-ci, à vue de nez, elle doit dater de six ou sept ans plus tôt : le petit garçon est un bébé. Les bébés ne m’intéressent pas beaucoup, mais tant pis : je fais un effort. La petite chose est habillée de blanc. Elle est assise sur une pelouse qui, par contraste, semble noire. Vu l’emmitouflement qu’on lui a fait subir, on peut penser que c’est l’hiver, mais, si c’est l’hiver, pourquoi l’a-t-on assis par terre ? Il doit se geler les fesses, le Roberto. D’ailleurs, il crie – ou il rit, je ne sais pas – et il remue ses petits bras. Il a son caractère. Je repose le bébé, je l’ai assez vu.

Je retourne « Bob et C. » parce que sa légende m’intrigue. Roberto a grandi. Il a mon âge. En fait, il y a deux hommes sur l’image et je ne sais pas lequel est Roberto. La photo est prise d’assez loin : la dimension des corps, des pieds à la tête, occupe un tiers de la hauteur du cadre, soit trois ou quatre centimètres à peine. C’est trop peu pour que je puisse détailler les visages et, puisque je n’ai pas connu mon tonton Bobby, je suis bien incapable de le distinguer de l’autre homme. Celui de droite porte un costume sombre, il se tient droit, les mains derrière le dos. Celui de gauche a les mains enfoncées dans les poches de son pantalon de golf : la position est un peu la même que celle du petit garçon au jardin, alors je décide que c’est lui, Roberto. L’autre jeune homme, celui qui n’est pas Roberto, on l’appellera C. parce que c’est ainsi qu’il est nommé derrière la photo. À son pied, il y a un petit chien blanc. Il est flou parce qu’il a bougé. Tout autour, le décor est fabuleux : des montagnes se détachent sur le ciel, plan par plan, de la plus sombre à la plus claire, jusqu’à disparaître dans la brume. Il ne fait pas très chaud : on supporte bien la grosse veste de toile. C’est le printemps en altitude, les températures sont encore rudes. Je suis sûr que le cadrage de la photo n’est pas celui que C. et Bob auraient voulu : il est franchement décentré, alors que la pose classique des deux jeunes gens me laisse penser qu’ils avaient l’intention d’occuper le milieu de l’image. Elle a été prise par un déclencheur automatique, l’appareil posé sur une pierre. Mon oncle et son ami étaient seuls au monde, ce jour-là : ils étaient partis voir la terre grandiose et sauvage, ils se construisaient des souvenirs à deux. Le petit chien est leur seul témoin (et si on l’appelait Flike ?) et les plus beaux panoramas sont imprimés dans leurs yeux. La photo, à côté des images glorieuses qui se gravent dans leur mémoire, est un objet bien maigre pour rappeler un moment si grand. C’était un sentimental, Roberto, je le sens bien.

Je regarde la quatrième photo, derrière laquelle il n’est écrit que « Bob ». C’est la dernière de la série, chronologiquement. C’est difficile de donner un âge au tonton parce que le format est petit. Le visage mesure quelques millimètres seulement, sur le papier, mais je suis sûr que Bob a vieilli depuis le voyage magique entrepris avec C. Le décor est à peu près le même que sur la photo précédente : ce n’est pas exactement le même lieu (il y a un grand pin à gauche du cadre) ni la même saison (le soleil est plus vif), mais je suis sûr qu’il s’agit de la même région. Je reconnais les crêtes à l’horizon. La différence avec l’autre image, c’est que Roberto est seul et que la photo est bien centrée. Il a dû faire plusieurs essais successifs avec le déclencheur avant d’obtenir ce résultat. Sa pose est maladroite : la main gauche est dans la poche, et la main droite pend le long du corps. On dirait qu’il ne sait pas quoi faire de ses extrémités, il n’est pas très à l’aise, il a perdu l’assurance qu’il avait prise au côté de C. On retrouve l’impatience et la défiance de l’époque où il était petit garçon. Son pantalon clair est bien repassé : il prend soin de lui, il sauve les apparences, mais dans sa mémoire désormais, c’est la confusion qui règne. Son corps se demande à quoi il sert. Il erre dans le désert. C. n’est plus là : pourquoi est-il parti ? Peut-être est-il mort, comme le sera aussi Roberto à son tour, et puis ma mère et mon père – et puis moi, un de ces jours. Ou bien, peut-être a-t-il quitté Roberto un matin, sans explication. Il a emporté Flike avec lui et c’est cruel d’avoir privé Roberto de cette compagnie, parce qu’il y était très attaché. S’il avait gardé le chien, il aurait pu lui parler. Ç’aurait été une consolation dérisoire, mais une consolation quand même. Cet été-là (oui, c’est l’été : il porte une chemise blanche à manches courtes), il est retourné voir les montagnes pour vérifier qu’elles étaient aussi belles que dans son souvenir. Il les a vues, puis il est rentré chez lui. C’était un sentimental, mon oncle Bob. Sur la photo, inondée de clarté, la seule tache noire c’est l’ombre projetée au sol par son corps : un grand trou sombre creusé dans l’herbe drue, qui s’étire jusqu’au bord du cadre. Bob a un pied dedans.

Je suis heureux d’avoir retrouvé mon oncle Roberto et, en même temps, triste qu’il ne soit pas vivant. On se serait bien entendus, tous les deux. Je me demande de quoi il est mort.

Je garde ces quatre photos de côté et je range toutes les autres où elles étaient. Roberto mérite mieux qu’une boîte en carton : je ne sais pas encore ce que je vais faire de ces photos, mais je vais leur chercher quelque chose de bien. Je pourrais les coller sur les pages d’un petit album que j’achèterais exprès. Ou alors, faire une composition sur un grand fond coloré et les encadrer ensemble, sous verre. Je trouverai un truc pour les mettre en valeur.

Je repose la boîte en carton dans la penderie et je reviens dans la cuisine : sur la table, j’ai les quatre portraits de Roberto et la lettre de la mairie. Tiens, la lettre de la mairie ! Que disait-elle, déjà ? C’était une histoire de concession dans le cimetière : ils m’expliquaient les détails administratifs, comment ça marche pour le renouvellement, et tout ça. C’est important, d’avoir un beau lieu pour rendre hommage à mon oncle : c’était un sentimental, Bobby. Je vais relire la lettre pour bien comprendre ce qu’il faut faire.

« Monsieur,
Vous êtes l’héritier unique de M. Roberto D. »

Ça, je m’en souviens bien. Ensuite ?

« La concession arrivant à expiration, nous vous prions de bien vouloir prendre connaissance des modalités de son renouvellement ainsi que des tarifs applicables à celui-ci, en annexe du présent
courrier. »

Ah, l’annexe ! Je ne l’avais pas regardée tout à l’heure. C’est important, l’annexe. C’est un tableau, avec une quantité de cases et de chiffres. Voyons ce qu’il dit.

« Concessions funéraires. Renouvellement, vingt-cinq ans : sept mille huit cent cinquante-cinq euros hors taxes (le mètre carré). Achat, perpétuité : quinze mille trois cent soixante dix-huit euros, hors taxes (le mètre carré). Frais de restauration du monument en sus. »

Tout de même, ce n’est pas donné. Ils ne s’en font pas, à la mairie. Ça mesure combien, une tombe, en mètres carrés ? Il faut que je réfléchisse. Ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Une tombe, ça ne s’achète pas sur un coup de tête : on la garde pour toujours, on ne peut plus changer d’avis une fois qu’on est dedans. Il est important de peser le pour et le contre, et de ne pas se précipiter.

Je ne le connaissais pas très bien, finalement, mon oncle Roberto. Je ne le connaissais même pas du tout. Les seuls indices que j’ai trouvés sur sa vie, c’est ce que j’ai deviné à partir des quatre petites photos : on est bien peu de chose. Qui suis-je, moi, pour mon tonton disparu ? S’est-il un jour intéressé à moi ? Est-ce qu’il serait raisonnable que je fasse des folies pour un fantôme ? Évidemment non. Il n’a pas besoin de ces choses matérielles. Il était au-dessus de tout ça, mon oncle Roberto : c’était un sentimental.

Finalement, c’est pas bête, le coup de la petite caisse numérotée. C’est pratique comme tout. Je vais dire à la mairie de faire comme ils ont prévu. Va pour la boîte en bois.

Antonin Crenn
Naples, novembre 2016

Un vertige

Ce poème a été publié dans Revue Méninge no8 en janvier 2017.

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Le soir, quelquefois. Le sommeil
voudrait venir ; on dérive,
on s’abandonne. Quelque chose veille,
qui ne veut pas dormir. Qui attend, sur le qui-vive.

Le rêve s’invite, il est doux.
C’est une voie, on la suit — elle nous mène où ?
Soudain, la terre s’ouvre, le pied se dérobe, on sombre ;
un faux pas. Pas un cri. Le vide nous tire dans l’ombre.

La voix voudrait, mais ne peut pas. Dans le noir,
Les yeux s’ouvrent pour fuir le rêve qui les hante.
On tombe, on s’éveille. Le cœur chante
à se rompre. Il fait trop sombre pour y voir.

De gouffre, il n’y en a pas. Sans bris, sans mal,
le trou s’est ouvert dans la poitrine : un vertige.
Le cœur qui s’emballe, qu’y puis-je ?
Le sommeil à nouveau s’installe.

Le matin, cette fois. Le corps tremble,
le lit oscille. Il semble
que le sol remue sous celui-ci,
et que les murs, dehors, aussi.

La terre s’est ouverte à sept heures quarante,
pas si loin d’ici. La sensation n’est pas courante.
Un vertige. On s’éveille.
Là-bas plus rien n’est pareil.

Le cœur qui s’étonne, un drôle de présage.
Des toits sont tombés, des villages
sont éboulés.
Un paysage s’est effondré, une minute seulement
s’est écoulée.

Mille éclats, un tout petit instant,
un fracas. Des ruines.
Ici, pas un bruit, pas un cri. Dans la poitrine,
ça bouge ; on ne sait plus si c’est dehors ou bien dedans.

On voudrait se lever, mais ça tangue ; c’est un peu dur.
Dans les villages, il n’y a plus un mur.
Debout, les jambes vacillent, elles ne tiennent plus le corps ;
là-bas, tout est à terre ; on ne le sait pas encore.

Italie, octobre-novembre 2016

Ce serait un jeu

Cette nouvelle a été publiée dans L’Ampoule no20 en juin 2016.

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L’objet — le grand objet — se présenterait sous la forme d’une multitude de petits objets. Chacun de ceux-ci aurait des caractéristiques communes : il serait plat, l’une de ses deux surfaces serait d’un gris pâle et l’autre serait imprimée. Ses contours seraient ceux d’un carré dont on aurait modifié les arêtes, soit en ajoutant un ergot, soit en retranchant une concavité ayant la même forme que l’ergot. Il existerait ainsi seize combinaisons différentes de pièces, selon la répartition des formes positives et négatives sur les quatre côtés. Les pièces ne seraient pas uniques pour autant, car elles seraient tellement nombreuses que chaque combinaison aurait des dizaines d’occurrences dans le jeu. Car ce serait un jeu. Et le jeu consisterait à juxtaposer les pièces en emboîtant les protubérances des unes dans les contre-formes des autres. Il y aurait des quantités de pièces entassées, ce serait un capharnaüm épouvantable. Chacune porterait un fragment d’une seule image globale et, tant qu’elles ne seraient pas toutes assemblées correctement, on aurait de la peine à appréhender cette image dans son intégrité. On n’y comprendrait même rien du tout.

Deux pièces seraient de couleur identique parce qu’elles feraient partie d’un même aplat, alors on les emboîterait. Puis on leur ajouterait une troisième pièce contiguë qui serait marquée de cette même couleur, et le motif de celle-ci coïnciderait avec celui d’une quatrième pièce. De proche en proche, on couvrirait sur la table une surface considérable. L’image se recomposerait sous nos yeux. Ce serait une source de plaisir parce qu’on aimerait que les choses soient bien rangées. On aimerait les classer. On trouverait qu’il est agréable d’attribuer une place aux choses, afin de savoir les y remettre lorsqu’elles seraient dérangées. La minutie dont on ferait preuve dans le jeu permettrait de mettre de l’ordre dans le bazar originel des pièces mélangées. Ce serait rassurant et excitant à la fois lorsque l’image apparaîtrait. Cette image serait un vaste tableau noir moucheté de minuscules éclats blancs, jaunes, rouges, bleus et verts. Il serait éclaboussé de turbulences et déchiré d’amples traînées de lumière qui partiraient dans tous les sens. Ce serait une représentation du Big Bang. Alors on serait déçu. Tant de patience consacrée à ranger les pièces du jeu pour aboutir à un tel chaos ? Cette image, alors qu’on voudrait qu’elle fût un accomplissement, s’avérerait être une évocation du désordre primitif. Ce serait cruel. Puis on s’apercevrait que le jeu n’est pas terminé : il resterait un trou dans le canevas. Le trou aurait la forme d’une pièce manquante avec trois ergots et une contre-forme, mais la pièce qu’on aurait dans la main présenterait deux pointes et deux renfoncements. On penserait alors qu’on s’est trompé et on déferait tout, pour recommencer.

On assemblerait à nouveau les pièces qui se ressemblent. On les combinerait de manière à produire des dessins cohérents. On aboutirait à un grand ensemble très complexe, dont on saisirait peu à peu la signification. L’image reconstituée montrerait un paysage désolé. Une lande sèche courrait à perte de vue. Au milieu du tableau se dresseraient quelques pans de murs effondrés, noirs de suie. Une grange au toit percé continuerait de brûler. Une nuée d’oiseaux effarés tournerait dans le ciel blanc, sans but, en piaillant son désarroi. Les oiseaux envahiraient toute la surface de l’image : au premier plan, ils paraîtraient énormes à cause de la perspective, et l’arrière-plan serait saturé de tout petits volatiles noirs qu’on confondrait avec des mouches. Ce seraient les restes d’un village dévasté par les troupes d’Attila ou frappé par la peste. On perdrait son latin dans cet embrouillamini de plumes et de cri. On serait choqué d’avoir perdu tant de temps à classer les pièces du jeu, par amour de l’ordre, et d’être récompensé par cette débâcle assourdissante. On serait étonné, aussi, de voir qu’il manque une pièce au milieu de l’image. Cette découverte serait rassurante parce qu’elle signifierait qu’on s’est trompé. On démantèlerait l’image et on recommencerait.

La fois d’après, on assemblerait toutes les pièces jusqu’à former le portrait d’un homme. Ce serait un bel homme avec des yeux immenses et inquiets, écarquillés. Ses yeux donneraient l’impression de ne regarder nulle part, comme si les pupilles ne parvenaient à se focaliser sur aucun objet. L’homme regarderait au-dedans de lui-même : il serait incapable de voir le monde, tant ses pensées accapareraient toute son attention. Il régnerait dans son regard et dans son esprit une tempête effroyable. Le désordre de son âme nous ferait peur. À la place de son oreille, on verrait qu’il manque une pièce, alors on déferait tout et on recommencerait le jeu.

On composerait ensuite la reproduction d’une peinture du XIIe siècle évoquant le Jugement dernier. Des démons hirsutes poursuivraient des créatures difformes jusqu’aux confins des labyrinthes. On serait définitivement lassé de ces scènes de confusion, de ces fatras inextricables. On sentirait le besoin d’établir l’ordre. Ce serait un désir impérieux d’harmonie. Et parmi ces convulsions, il y aurait encore un espace vacant, dans un coin, qu’on ne saurait pas combler. Alors on démonterait l’image, une fois de plus.

Ce serait un jeu

On retournerait toutes les pièces du jeu de manière à masquer leur face imprimée. Le verso deviendrait visible. On imbriquerait désormais les fragments en tenant compte uniquement de leur morphologie. Les ergots des uns se logeraient dans les encoignures des autres. On fabriquerait un grand tableau uniformément gris. Cette simplicité, ce dépouillement seraient un réconfort. Il y aurait quelque part un espace vide et une pièce en trop qui ne s’ajusterait pas, mais ce ne serait plus une cause de chagrin car la joie d’avoir composé une image apaisée prendrait le dessus. On irait chercher, ensuite, des feutres et des crayons de couleurs. Peut-être aussi de la peinture, si l’on en a sous la main. On voudrait conjurer l’affolement des images surgies précédemment. On colorierait tout en vert, on tracerait des lianes qui passeraient en travers de l’image et qui dépasseraient même sur la table. On peindrait de larges feuilles, des tiges immenses, des plantes farfelues qui s’épanouiraient dans le décor. On sèmerait, avec le pinceau, des graines qui s’éparpilleraient au vent. On barbouillerait de couleur tous les recoins, on comblerait de peinture l’espace laissé disponible par la pièce manquante. On créerait une sorte d’équilibre avec des formes éparses et foisonnantes. La prolifération et l’exubérance donneraient naissance à un nouvel ordre. À une harmonie. Et cela ferait un bien fou.

On se saisirait de la pièce en trop. On la serrerait au creux de la main, très fort. On l’écraserait, le carton se déchirerait. On finirait de l’effriter en le triturant avec l’ongle. Puis on ouvrirait la main devant la bouche. On soufflerait doucement pour que les miettes s’envolent. Ce serait un jeu, comme on disperse au vent les aigrettes des pissenlits. On ferait confiance au hasard pour que chaque grain de poussière trouve sa place. Un peu partout, des choses pousseraient là où elles auraient germé.

Le jeu serait terminé.

Antonin Crenn
Paris, mai 2016

Pourquoi pas Léon

Il y a les canards habituels : les petits gris avec une tête verte. On les connaît par cœur, ils n’épatent plus personne mais je les aime bien, je suis content de les voir. Quand j’arrive au lac, j’ai chaud parce que j’ai couru comme un fou, à toute allure, je fonce aussi vite que je peux. J’ai hâte d’arriver, le sang tape dans mes tempes et me serre le front, je suis un peu essoufflé. Je m’arrête deux secondes au bord de l’eau pour me refléter dedans. J’ai une bonne tête quand je viens ici. La petite gueule que je vois osciller à la surface du lac a meilleure allure que celle qui se plante le matin dans mon miroir. Et donc, c’est là, batifolant sur l’onde pure, que je tombe sur les canards. Les petits, les normaux, ceux qui sont gris et vert. Et ça me fait toujours plaisir.

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Supernova

Il dit qu’il ne sait pas pourquoi c’est ainsi, mais il s’en accommode parfaitement. Tout le monde lui tourne autour et chacun a une bonne raison de le faire. Pour certains, c’est l’éclair métallique qui scintille au coin de son œil, lorsqu’il lève son visage grave et qu’il déploie la courbe de son grand corps. Pour d’autres, c’est la désinvolture du geste de ses doigts, qui laisse glisser le mégot de cigarette sur le quai de la gare et qui se teinte, comme par malice, de grâce. Pour moi, c’est un peu les deux à la fois, et aussi la puissance du petit muscle de sa mandibule qui affleure tendrement sous la peau quand il serre les dents, dans les courants d’air froid de janvier.

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Mario sur la colonne

Mario est tout seul, perché là-haut. Et ça lui plaît. Il n’y a personne pour l’embêter, et il a une vue terrible sur les environs. Il a du temps pour réfléchir et pour se raconter des histoires dans sa tête.

Quand il était petit, au début, Mario ne savait pas marcher. Alors il rampait dans le jardin, en pyjama, et il salissait ses coudes dans l’herbe grasse. Ses parents n’étaient pas méchants, ils le laissaient faire et tant pis pour les taches : ça partait au lavage. Tout au fond, vers la haie, Mario avait trouvé un truc dur qui affleurait dans la pelouse. C’était comme un caillou, en plus gros. C’était carré et ça ne dépassait pas beaucoup du sol : tout juste assez pour qu’un gosse comme lui l’aperçût. Il bava un peu dessus pour se rappeler l’endroit, avec l’intention d’y revenir. Les jours d’après, ça se voyait davantage : la pierre perçait de plus en plus et faisait une sorte de plate-forme. Mario, entre-temps, avait appris à s’asseoir : alors il s’assit dessus. Ses parents le trouvèrent sur son socle après l’avoir cherché des heures dans les bosquets (le jardin était grand) et ils s’étonnèrent de ce monolithe qui poussait dans leurs plates-bandes. Comme ils avaient l’esprit large, ils décidèrent que c’était une bonne chose que Mario s’intéressât si jeune à l’archéologie. Puis Mario commença à se déplacer à quatre pattes, c’était parfait pour grimper sur le chapiteau de la colonne (car c’était bien une colonne). Ensuite, il marcha, et il était grand temps qu’il s’y mît car le monument se développait à vue d’œil. Calé sur ses petits pieds, Mario s’étalait sur le sommet et se redressait en vacillant. Il s’installait dessus, debout.

Les parents avaient de l’imagination. Ils virent que le bloc de pierre grandissait en même temps que Mario, alors ils se dirent que le garçon et la colonne devaient être des espèces de jumeaux (mais de faux jumeaux, car ils ne se ressemblaient pas du tout). C’étaient des gens très cultivés, ils étaient ravis que leur môme ait pris pour sœur une colonne antique. Le petit allait nourrir une passion pour les débris lapidaires, c’était évident.

Mario n’allait pas à l’école, parce que c’était trop loin et qu’il n’aimait pas sortir de son jardin. Il apprit à lire en déchiffrant les lettres qui étaient gravées sur le fût de la colonne. Celle-ci était encore montée d’un cran, et on voyait clairement ce qui était écrit dessus. Il fit son latin en même temps : sa sœur ne s’exprimait que dans cette langue-là, alors il fallait bien. Il essaya, en retour, de lui apprendre des choses. Il racontait à sa jumelle ce qu’il savait sur la vie du jardin : les étourneaux qui volaient comme des fous et qui nichaient dans les hauteurs ; les immenses pins parasols qui grandissaient tout droit, comme les colonnes et les enfants ; et les courgettes qui faisaient de grandes fleurs jaunes qu’on mangeait à l’apéritif. Les oiseaux, les arbres et les fleurs avaient souvent des noms latins, et ça tombait bien pour sa sœur. Ils pouvaient papoter des heures.

Mario ne voyait plus beaucoup ses parents. Ils ne s’inquiétaient pas, tant qu’ils savaient que les jumeaux jouaient gentiment dehors. Peu à peu, il devint grand, et la colonne s’épanouissait aussi. Mais il avait beau être grand, il devait se hisser par les bras pour atteindre le plateau, ça lui faisait les muscles. Tant qu’à se donner du mal pour monter, il restait le plus longtemps possible en haut. Il aurait bien aimé porter sa frangine sur ses épaules à son tour, pour lui rendre la pareille et lui montrer comme le panorama était beau. Mais elle était trop lourde, et puis elle était figée dans le sol. Mario pensa alors qu’être jumeaux, ça ne voulait pas dire qu’il fallait faire exactement la même chose que l’autre, mais juste : être là pour l’autre, à sa manière. Ça le consola et ça fit disparaître ses derniers scrupules. Il passa presque tout son temps juché sur la tête de sa sœur.

Mario sur la colonne

Elle grandissait trop vite, Mario avait peur de ne pas pouvoir suivre. Il ne pourrait bientôt plus saisir le chapiteau de ses petites mains pour grimper. Il escalada la colonne en se disant que c’était le moment où jamais, et il avait vu juste car elle eut soudain une poussée de croissance. Elle monta de cinquante bons centimètres, sa base sortit de terre, et aussi son piédestal. C’était donc terminé pour elle, elle n’irait pas plus haut.

Mario ne s’ennuyait pas, sur son perchoir. Après quelques jours qu’il manquait à la table du dîner, les parents allèrent voir ce qui se passait au jardin. Il était temps, parce que leur fiston avait faim. Il ne voulut pas descendre. La vue était si belle, et il était certain qu’ici il serait tranquille. Le père ou la mère, selon les jours, lui portaient des vivres. En particulier des fleurs de courgette, parce que c’était le péché mignon de Mario. Ils lui montèrent aussi des livres pour préparer le concours de l’école d’archéologie. C’était un peu rébarbatif, mais Mario les lisait en entier quand même. Il oubliait quelquefois des détails et sa sœur lui soufflait les réponses, elle était calée sur le sujet.

Un jour, Mario devint un petit jeune homme. Il descendit de sa colonne et alla se présenter au concours d’archéologie. Il se planta. Les études, ce n’était pas vraiment son truc. Les parents pleurèrent un bon coup, et Mario leur expliqua pourquoi ils s’étaient trompés. Ce qu’il aimait le plus, c’était rester debout sur son socle pour regarder le monde, plutôt que ramper dans la poussière pour étudier les vieilles pierres. Évidemment il aimait bien sa colonne, mais quand elle le portait sur ses épaules il ne la voyait pas. Son horizon c’était le ciel et les oiseaux. Alors Mario s’inscrivit au concours de gardien de phare. Il ne le prépara pas beaucoup, mais il y croyait tellement fort qu’il décrocha le poste. Il embrassa ses parents, et puis sa sœur, mais il trouva que celle-ci était drôlement froide. Il était ému, et elle restait de marbre. C’était une sorte de pudeur.

Il est bien maintenant, Mario, perché en haut de sa colonne de pierre. Il regarde les mouettes depuis sa petite cabine. Il entend le fracas des vagues et, s’il regarde en bas, il les voit s’abîmer sur les rochers. Il allume la lumière le soir, il l’éteint le matin, et personne ne l’embête.

Antonin Crenn
Rome, novembre 2015
Publié dans L’ampoule no19 en mars 2016.

Des bateaux, encore

Des silhouettes de bois que la mer caresse deux fois par jour : on pourrait y passer la main pour sentir comme elles sont lisses. C’est une tendre routine. Parfois, l’étreinte de la mer se fait fougueuse ; une arête se brise et c’est une saillie terrible qui se dresse dans un éclat tranchant. On s’y écorcherait la main. Alors le temps se remet à l’ouvrage et vient à bout des angles acérés. La marée panse les blessures des bateaux, encore.

Ils gisent sur le flanc. Les lames de bois gonflées s’espacent et se délitent, les côtes se tiennent les unes aux autres puis ne se tiennent plus du tout. Les corps s’ouvrent. Les entrailles mises à nu ne sont plus qu’un grand noir, une grotte. Et la mer indifférente, l’eau salée qui s’engouffre dans les panses béantes : les bois s’extirpent de la vase et se soulèvent, tirant leur carcasse vers la surface. Ils flottent. Malgré les trous, malgré les vides, ce sont des bateaux, encore.

Des épis de bois émergent des squelettes enlisés, plantés dans la quille disparue sous le sable, dressés ; ils dessinent une cage ouverte aux vents et à la pluie. Ces structures inutiles reposent en paix ; ce sont les arêtes de poissons immenses abandonnées par les goélands. Là, une tige métallique s’érige, dérisoire, d’un renflement qui doit sonner creux : c’était un moteur. À côté, c’est une barque fendue qui attend la mer ; derrière, ce qui est resté d’un vaisseau brandit son mât de détresse. Et après les bateaux, des bateaux. Encore.

On vient leur rendre visite. Chaque fois, on a vieilli. On croit les connaître et n’être plus surpris, mais on est là sur la jetée et on est encore ravi par un bris audacieux, on s’inquiète d’une échappée trop rapide. Ils se dispersent un peu plus et se mêlent à la mer ; leurs frémissements sont des sursauts, une survie ; on se demande si ça finira un jour. Alors, l’année d’après, on revient voir la danse des bateaux, encore.

Des bateaux, encore

Antonin Crenn
Noirmoutier–Paris, été 2015

Pépin et le monde

C’était impossible de le dire avec simplicité, vous ne vous rendez pas compte. Et comme le dire simplement c’était insurmontable, il était traversé, très fugitivement, par la tentation de le dire de manière compliquée, mais c’était tellement fugitif, c’était tellement rapide et tellement vif, qu’en réalité cette tentation ne le traversait pas (car traverser, c’était trop doux), elle le transperçait comme une petite aiguille véloce qui entrait par un côté de son esprit et ressortait par l’autre ; et son esprit était si confus et noueux qu’il formait une masse compacte et lourde qui ne se laissait pas faire, et alors, quand l’aiguille s’y plantait, l’impact était si douloureux que ça faisait penser un peu (mais en plus acide et en plus acerbe, en plus acéré comme la pointe de l’épine) à la sensation d’une piqûre de guêpe directement dans la matière dure de la cervelle, là où c’était dense et remuant, dans les morceaux intranquilles, dans ceux qui bougeaient tout le temps à cause des idées qui ne s’arrêtaient pas. Alors la tentation de la réponse compliquée arrivait et repartait comme ça, très vite et très douloureusement, et on l’éloignait aussitôt de soi. Pépin la rejeta avec force ; il bannit la manière compliquée comme il avait banni la manière simple, et il s’interdit toutes les manières quelles qu’elles fussent, comme ça c’était clair. Il ne dit rien, il ne répondit pas.

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