Lundi 20 juin 2005

11 heures : retrouve S*. On passe une heure dehors malgré la chaleur. Lui ai parlé de B*. À midi, on a été manger.

Après-midi : ai été au cinoche (Chatou) voir Les poupées russes. Y ai été en RER. Ai retrouvé sur place S*, Solène et Marion (une copine de S* que j’avais déjà vue deux fois).


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no5 (intitulé B*, 8 juin – 1er août 2005), j’ai dix-sept ans.

Dimanche 19 juin 2005

Ce matin, brocante de Marly. J’ai acheté des merveilles : Clopinettes de Gotlib et Mandryka, Rubrique-à-brac Gallery, un Reiser, un Lauzier, trois Petit Nicolas, Persepolis tome 1, une vingtaine de vieux Fluide. J’ai dépensé trente-trois euros, je crois. C’est beaucoup, mais c’est peu pour tout ça.

Il fait une chaleur atroce. Il est même impensable d’ouvrir une fenêtre, cet après-midi.

J’ai eu une crise de rangement. J’ai bazardé des kilos de vieux papiers. Par exemple, des cours de seconde, que je gardais au cas où. J’ai libéré de l’espace. Et puis, j’ai rangé mon bureau autrement, j’ai mis les trucs à de nouvelles places.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no5 (intitulé B*, 8 juin – 1er août 2005), j’ai dix-sept ans.

Samedi 18 juin 2005

J’oubliais : hier, je ne lui ai pas donné la lettre. Ce n’était pas utile. Une lettre, c’est écrit, c’est figé. C’est trop solennel. Cette lettre, en fait, je crois que je l’avais écrite pour moi-même. Pour donner une forme concrète à ma décision.

Cette nuit, je n’ai même pas rêvé de lui. J’ai rêvé que j’avais déjà les résultats du bac. J’avais la mention très bien. J’étais un peu surpris, mais ça m’a fait plaisir.

J’ai aussi fait un rêve un peu pédé. Je discutais avec Nicolas, un mec de ma classe plutôt pas mal. Il a eu des gestes familiers avec moi, il a joué au pédé (il me faisait la bise, il se tenait contre moi) pour rigoler : il ne savait pas que je l’étais. Je l’ai fait parler sur le sujet : il m’a dit qu’il trouvait ça choquant, l’homosexualité.

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Vendredi 17 juin 2005

Aujourd’hui a été un grand jour.

Nous n’avons pas déjeuné ensemble, B* et moi. J’étais avec S* et Lisa, qui m’avaient attendu (je suis sorti à 12 h 15) et, lui, il était avec d’autres amis. Quand nous sommes sortis de la cantine, il était là. Il m’attendait. S* nous a laissés, Lisa est partie. B* m’a dit : « Tu n’avais pas quelque chose à me montrer, toi ? » Je lui ai répondu que non, que j’avais plutôt quelque chose à lui dire. Je lui ai dit que je voulais qu’on fasse un tour ensemble, que je lui parlerais en marchant. Et je lui ai dit ce que j’avais à lui dire. Sur le moment, c’était difficile de réaliser la portée de ce que je disais. Je sentais que j’étais en train de faire quelque chose de fou, mais confusément, pas distinctement. Le moment précis où j’ai dit « Je ne sais pas si c’est vraiment ça, être amoureux, mais je crois que oui » m’a bouleversé : lorsque j’ai prononcé le mot « amoureux », j’ai senti un pincement dans ma poitrine, et une sensation fugace dans tout mon corps. Je ne sais pas comment la décrire, c’était très troublant. J’ai réussi à lui parler normalement, en essayant d’être léger. Je l’ai fait sourire. Il a été adorable. J’ai essayé de le faire parler de lui, un petit peu. C’était comme irréel. Nous avons dû discuter dix ou quinze minutes. En fait, il m’a raccompagné jusqu’à la maison. Il a été formidable. On s’est séparés. Je lui ai serré la main (que j’aie droit au moins à ce contact physique !) Je me suis senti plus léger, un peu, mais pas encore vraiment. J’ai mis un peu de temps à réaliser. Puis, ça y est : j’étais sur mon petit nuage.

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Jeudi 16 juin 2005

Maths : d’une facilité affligeante. Même les nuls ont l’impression d’avoir réussi. Anglais : sujet classique. Bof.

À midi, trois heures de pause. Je n’ai pas parlé à B*. Je ne supportais même pas de le voir. Ça me rendait malade. J’étais très mal. J’ai beaucoup discuté avec Adeline. Je lui ai tout raconté. Ensuite, ça allait mieux.

Après l’anglais, j’ai réussi à passer cinq ou dix minutes presque normales avec B*. Je progresse ! Mais je ne lui ai pas dit ce que je voulais lui dire.

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Mercredi 15 juin 2005

J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir. Je me suis couché vers 23 heures (après avoir revu L’auberge espagnole) et j’ai tourné dans mon lit pendant deux heures sans trouver le sommeil. Je pensais à B*, mais aussi au bac et à des tas de trucs. En plus, il faisait très chaud.

Je ne sais pas pourquoi j’étais surexcité ce matin, euphorique. Une pêche ! J’ai choisi le sujet d’histoire sur « l’Europe dans la Guerre froide » et, en géo, « l’Asie orientale ». Ça ne m’a pas semblé difficile. À la sortie, j’ai causé quelques minutes avec Benoît, pour la première fois depuis des siècles. Quand tout le monde est sorti, on a été manger, S*, B*, M* et moi. J’ai attendu de voir si B* se déciderait à me parler… et il ne l’a pas fait. Rien de surprenant : c’est parce qu’il est « intimidé » par moi, ha ha ! À la fin, alors que j’étais avec S* et lui, S* a dit : « Bon, je vous laisse, je vais rentrer. » C’était un traquenard pour nous laisser seuls. Pas question ! J’ai dit : « Je rentre avec toi », et on a quitté B*. S* m’a un peu engueulé. Elle ne me comprend pas. Moi non plus.

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Mardi 14 juin 2005

Hier soir, dans mon lit, j’ai pensé à ce que serait cette BD sur mon histoire avec B*. Elle serait longue, en noir et blanc, au format A5. Je n’ai pas pu m’empêcher d’ébaucher un scénario. Ce serait découpé en chapitres. J’ai tenté un découpage chronologique, mais ce n’est pas intéressant. Ce serait plutôt un chapitre pour chaque aspect de notre relation… Je l’ai écrit rapidement.

J’ai peur que ce ne soit pas intéressant. Est-ce que cette BD intéressera quelqu’un d’autre que moi ? Je raconte ce qui m’est arrivé : une histoire assez banale.

Plus tard

Est-ce bien utile de lui donner cette lettre ? Si je lui dis tout, face à face, à quoi servira la lettre ? j’aviserai.

Il faut que je la relise. Depuis que je l’ai écrite, je ne l’ai pas relue (mais je la connais par cœur). J’ai peur qu’elle soit trop sérieuse, trop « mélo », vous voyez ?

Demain, je passe l’épreuve la plus difficile (je parle du bac, à présent, pas de B*). C’est l’histoire-géo. Le truc ennuyeux, c’est qu’on ne connaît pas la nature de l’épreuve : ça peut tomber sur une majeure histoire, ou une majeure géo.

Je n’ai pas travaillé cet après-midi, je considère que tout est bouclé. J’ai essayé de me vider la tête, mais j’ai un mal fou à ne pas penser à B*. Et je dois avouer que, secondairement, j’appréhende un peu le bac.

Je ne peux pas m’empêcher de rêver que, demain, avec B*, tout se passera exactement comme je le rêve, c’est-à-dire comme cela n’arrivera jamais. Je m’imagine les plus belles choses. Je pousse l’audace jusqu’à l’embrasser, et je deviens dingue. Déjà, l’idée de le toucher ou, mieux, qu’il me touche, ça me met dans tous mes états.

J’ai eu du mal à ne pas penser à lui, mais j’ai fait des efforts. J’ai vu le film Central do Brasil de Walter Salles, celui qui avait fait le désormais mythique (pour moi) Carnets de voyage. J’ai reçu le nouveau Fluide. Il y a le début de Beijing Baby, le récit de Larcenet sur son voyage en Chine, que j’avais découvert sur son blog. Et puis Roy et Al de Ralf König. Je suis ravi que Fluide le publie, il n’y a pas beaucoup d’histoires de pédés dans ce magazine.

J’ai accompagné maman qui allait chercher la voiture au garage, pour la révision annuelle, et je n’ai eu d’yeux que pour le petit apprenti. C’est fou. Un jeune mec, avec une petite gueule comme j’aime. Dommage qu’il soit dans ce décor de garage. Je ne vois que lui, et ça me cause une sensation très agréable dans la poitrine, je me sens léger, je crois que je souris. Je suis pire qu’une fille : j’aperçois un garçon quelques secondes, et je suis dans cet état. Navrant.

J’ai terminé L’étranger. Très fort. Il y a tellement de choses là-dedans, il faudra que j’en parle à Camille. Ça lui fera plaisir de savoir que j’ai suivi son conseil.

Plus tard

J’ai relu la lettre à B*. Pour l’alléger un peu, j’ai fait un Riri le Clown à la fin, près de la signature. Pour dédramatiser la situation.


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Lundi 13 juin 2005

Il est 11 heures. Je viens de liquider tout le programme d’éco en une heure. Record battu ! Mais je n’ai aucun mérite : il suffit de comprendre les grands mécanismes, et le reste se déduit tout seul. Quant au programme de socio, il est bidon : ce ne sont que des évidences.

J’ai collé mes cartes de géographie au-dessus de mon lit. Je jette un œil dessus avant de dormir. À présent, je sais placer Novossibirsk et Kuala Lumpur. Je peux mourir tranquille.

Cette nuit, rêve assez banal. Avec la petite touche B* habituelle : inutile de la raconter de nouveau.

Le soir

Je suis en train de réviser la spé.

Ce midi, à la cantine, le beau blond était là. En plus, il était avec un de ses copains que je vois souvent, un mec pas mal du tout non plus. Un grand brun tout fin, assez bronzé, un visage mince et anguleux, glabre, toujours très bien habillé. Et donc, le blond avec lui. Une telle concentration de beaux gars à la table d’à-côté, c’était fou.

J’ai découvert une chose qui bouleverse mes certitudes. On n’écrit pas « aller de paire », mais « aller de pair ». J’étais dans l’erreur depuis si longtemps ! Ces derniers jours, j’ai lu « aller de pair » au moins cinq fois. Ça me choque, mais il faut bien que je m’y habitude.

Cet après-midi, j’ai fini de taper les extraits choisis du deuxième volume de mon journal. Ça me fait trente pages, au format A5. Je me suis dit que j’avais assez de matière brute et que je pouvais commencer à la remanier. Je n’ai réécrit que deux pages, sur novembre 2003 et février 2004. Je regroupe les idées qui étaient répétées (quand on écrit tous les jours, on se répète énormément !) ; j’ai réécrit ce qui était mal écrit ; j’ai précisé qui étaient les personnes mentionnées. Bref, je me suis arrangé pour que ce ne soit pas qu’une juxtaposition d’extraits de journal, mais quelque chose de plus suivi, plus construit, intéressant à lire pour un inconnu. Sur le fond, je ne change rien : les sentiments décrits. Je conserve la chronologie. Simplement, au lieu d’être écrit à l’arrachée, avec des phrases bancales et parfois confuses, je leur donne plus de consistance. Le résultat pourrait être bien. Mais j’ai surtout envie d’en faire une bande dessinée.


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Dimanche 12 juin 2005

Je tiens bon : je suis en plein travail. Je me rattrape, car je n’ai pas fait grand-chose hier. Je suis allé à Saint-Germain avec maman, et c’est plus long quand j’y vais avec elle : on s’arrête dans des boutiques, on traîne… J’ai passé ma commande du Journal.

J’ai commencé L’étranger de Camus, ça me plaît beaucoup. C’est Camille qui me l’a conseillé. Elle a bien fait, car je n’aurais pas eu cette idée seul : j’avais moyennement aimé La peste.

Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais à la bibliothèque du Vésinet. Une femme avait l’air paumée. Elle voulait que je l’aide à choisir une bande dessinée. J’ai essayé de faire de mon mieux : je lui ai conseillé Le combat ordinaire, mais ils n’avaient que le tome 2.

Un autre rêve. Assez semblable à celui d’hier. J’étais au lycée. Il y avait B*. Je l’évitais. Quand je me trouvais avec lui, ce n’était pas seul à seul : il y avait d’autres personnes. Je ne lui disais pas la chose importante, je faisais comme si de rien n’était ; et je lui en voulais d’avoir la même attitude. Puisqu’il sait que je dois lui parler, pourquoi ne me sollicite-t-il pas, pour me faire parler ?

C’est l’obsession. Je pense à lui tout le temps. Ce qui est terrible : je me fais des films, je vis des histoires très agréables, mais je sais qu’elles ne se réaliseront pas.

Plus tard

Ouf ! J’ai cru que j’allais devenir fou. C’était géographie intensive. Je ne sais pas tout, mais je crois que j’ai l’essentiel. Il faut encore que je révise l’éco (facile) et surtout la spé : plus difficile, car je n’ai jamais relu mes cours. Rassurez-vous : je me suis permis des pauses.

B*… ! Quand il n’est pas là et que je pense à lui, je suis heureux. Je m’imagine avec lui. C’est magnifique, tout est beau. Je suis heureux, et je suis sûr que ça se voit. Parce que quand je pense à lui, je souris. C’est quasi-automatique. Même en écrivant ces mots, ici, je souris. Ça me rend tout excité, joyeux. Mais ça, c’est seulement quand il n’est pas là… En sa présence, c’est tout le contraire : un désespoir accablant me prend. Ça aussi, je suis sûr que ça se voit. Il me rendra fou (ne le suis-je pas déjà ?)


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Samedi 11 juin 2005

Vous commencez à en avoir l’habitude : voici le rêve de cette nuit. J’étais au lycée. J’avais choisi de passer une heure de permanence dans une improbable « salle informatique ». À la fin de cette heure, je me dépêche de sortir. La CPE m’interpelle et me demande d’inscrire mon nom sur le registre, pour signaler que j’avais passé ce temps ici. Je refuse, arguant du fait que nous étions au moins cent cinquante dans la même salle… Je m’enfuis. Je cours dans les couloirs bondés d’élèves, je traverse la foule en montant un escalier. En haut, j’aperçois B*. Je crois qu’il m’a vu. Je pense alors : « Il va venir me parler, c’est sûr, car il sait que j’ai quelque chose à lui dire. » Je prends peur. Je fais comme si je ne l’avais pas vu. Je redescends l’escalier, retraversant la foule. La suite n’est pas intéressante : je crois que je continuais de fuir.

J’hésite : vais-je à Saint-Germain cet après-midi pour commander les tomes 2 et 3 du Journal de Fabrice Neaud ? Ou arrivé-je à me retenir ? J’essaie de me restreindre, niveau dépenses. Je suis assez riche (une centaine d’euros), mais je fais attention. Et le weekend prochain, il y a la brocante de Marly, plus grande que celle du Pecq.

J’ai révisé l’histoire. J’espère finir vite et me consacrer à la géo. En géo, j’ai plus de travail : dans plusieurs chapitres, je ne sais pas grand chose. À l’inverse, je suis déjà au point en histoire, mais j’aime ça, alors je révise un peu quand même. Lundi et mardi, je compte réviser l’éco. Les maths, c’est inutile, c’est facile. Quant à l’anglais, de toute façon ce n’est pas en trois jours que je vais enrichir mon expression !


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no5 (intitulé B*, 8 juin – 1er août 2005), j’ai dix-sept ans.