Dimanche 16 novembre 2003

Je ne me sens pas bien, J’espère que ce n’est pas la grippe.

Heureusement que c’est aujourd’hui que ça m’arrive, et pas hier, parce qu’hier je suis sorti, pour une fois. J’ai été au cinéma à 19 heures avec S* et W* voir Matrix Revolutions. C’était cool. C’est vrai que c’est un peu gros, un peu long, mais j’ai vu ce que j’étais venu voir. Tant pis si on ne comprend rien et qu’il faut y réfléchir une semaine pour penser approcher la vérité.

Là, sur mon bureau, il y a une copie double pour faire mon exercice de français, mais je ne veux pas le faire. Je ne suis pas concentré. Je ne me sens pas bien.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no1 (« Journal, 14 août 2003 – 15 juillet 2004 »), j’ai quinze et seize ans.

Dimanche 9 novembre 2003

C’est horrible. Il y a des jours, comme ça, on ne trouve rien à dire. Rien. Pendant le repas, il peut y avoir plusieurs minutes de silence à la suite. On fouille dans sa tête. « Qu’est-ce que je pourrais bien dire ? » On trouve un truc. On le dit. L’autre répond : « Oui », « Mhmm » ou « J’sais pas » et, voilà, ça a duré dix secondes. C’est reparti pour trois minutes de silence. C’est insupportable. Par exemple, ce soir, il y a eu dix mots d’échangés. Et j’ai l’impression d’être le seul à faire des efforts.

Pourtant, j’aurais pu parler. C’était une bonne journée, aujourd’hui. Je suis allé au cinoche avec maman : pendant le trajet, même angoisse. Heureusement, la radio comble les vides. On peut toujours faire semblant de ne rien dire parce qu’on écoute attentivement. On a été voir Les sentiments, un très bon film, drôle, émouvant, tout ça.

Dimanche dernier, je m’emmerdais profondément, comme d’habitude. Je me suis souvenu : « À la cave, on a des trucs super que je pourrais remonter. » Papa avait tendance à tout garder : des journaux et magazines comme BD, Charlie, Hara-Kiri… J’y ai trouvé Le trombone illustré il y a quelque temps. Prétextant d’aller ranger à la cave l’aquarium de Juline (j’espère d’ailleurs n’avoir rien cassé, je n’ai pas été très délicat), j’ai dit à maman que j’allais voir si je ne trouverais pas BD (elle ne connaît pas, bien sûr). Elle m’a regardé bizarrement : « À la cave ? Drôle d’idée… C’est si urgent ? » Et j’y suis allé.

C’est formidable, BD. Dans le même carton, il y a les Charlie Hebdo de l’époque de la candidature de Coluche aux présidentielles. Il y a aussi Hara-Kiri mensuel, mais ça n’a pas grand intérêt, je trouve. Et L’Écho des savanes deuxième série, carrément nul, avec que du cul dedans.

Sur Internet, Benoît a créé un forum pour les gens de sa classe et ses copains. J’y participe activement, J’aime bien.

Mais, entre mes BD et mon ordinateur, je ne fais rien. Je ne sors jamais. Normalement à quinze ans, bientôt seize, on sort tout le temps avec des copains. Ben moi, non. Suis-je normal ? En plus, à cet âge, on sort avec des copains… et des copines. Moi, j’ai jamais eu de copine. Je dois être un extraterrestre. Il y en a d’autres dans mon cas, mais, eux, leur problème, c’est qu’ils n’ont jamais réussi. Moi, j’ai jamais essayé. Par ce que je n’ai jamais été attiré par personne.

Le jeudi 20 novembre nous allons, avec la classe, visitez le familistère et l’usine Godin. Ça coûte seize euros cinquante et c’est obligatoire. Je trouve cela scandaleux, je l’ai d’ailleurs dit à la prof. Elle s’en fout. Payant ou pas, elle ne voit pas où est le problème. Le problème, c’est que je n’ai pas envie de payer seize euros cinquante pour partir à 7 h 30 en car, dans un trou perdu au fin fond de l’Aisne, pour visiter une usine de poêles.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no1 (« Journal, 14 août 2003 – 15 juillet 2004 »), j’ai quinze et seize ans.

Samedi 1er novembre 2003

Je m’ennuie. C’est terrible. Je suis en vacances et je ne fais rien. Je pourrais profiter de mon temps pour faire des trucs, mais non. Je crois que je n’ai même pas envie de sortir. Avec qui ? Faire quoi ? Il n’y a qu’avec Benoît que j’aurais envie, mais il ne peut pas. Les autres… quels autres ? Dans ma classe, il n’y a personne que je connaisse suffisamment pour avoir envie de le voir à l’extérieur. Les copains de l’an dernier ? C’était sympa de se voir aux heures de perm, mais on a pas grand chose en commun. Une fois (c’était la veille de la rentrée), je les ai vus au lycée. « Alors, quoi de neuf ? », etc. Et on est allés à la Défense. Pourquoi là-bas ? Je ne sais pas, mais il le voulaient. C’était : McDo, jeux vidéo, foot, films américains commerciaux qu’on aime parce que c’est la mode. Je ne veux pas paraître salaud, car j’ai bien aimé cette journée quand même, mais je ne le referai pas.

Lundi, c’est la rentrée. Je vais retrouver qui ? Heureusement, il y a S* dans ma classe, mais sinon, qui de sympa ? Peut-être Nicolas, Arthur… Je ne sais pas. Dans les autres classes, il y a bien sûr Benoît. En seconde, ceux de ma classe qui ont redoublé l’an dernier : W* et le pro-tibétain Aymeric.

À propos, la fille du lycée morte écrasée par une voiture s’appelle D*. Il y a sa photo et plein de fleurs sur la statue du lycée. Ça fait monument aux morts. Avec « à la mémoire de D* ». C’est pathétique. Toute une journée a été plombée par cette histoire : les profs, sans en parler, y faisaient allusion tout le temps. Les élèves aussi. Certains pleuraient.

Je ne devrais pas en rire (et pourquoi pas ?), le mercredi 22 en cours de SES, la prof (Mlle E.) nous parle d’une sortie qu’on aurait pu faire, mais qu’on ne fera pas. Elle nous parle de la responsabilité du lycée : « Imaginez que l’un de vous, dehors, se fasse écraser par une voit… oh, excusez-moi. » Je n’étais sans doute pas le seul à me retenir de rigoler à cause de sa gaffe, mais ç’aurait été indécent. Surtout que je crois que M*, dans ma classe, était une bonne copine de la D* en question.

Lundi, je reprends l’école, et maman reprend le boulot après deux mois d’arrêt maladie. Opérée début septembre…

J’ai l’impression que ce n’est pas gai ce que j’écris aujourd’hui. Pourtant, sur MSN, j’ai changé mon éternel pseudo Torink-tout-court en « Torink est content »…

À la Marque jaune, j’ai acheté les deux tomes de La dimension Poznave. C’est assez rare.

J’ai parlé ici de l’anecdote du mec aux recueil À suivre, à la brocante. Je l’ai adaptée en BD. Ça fait une planche. Je ne sais pas si c’est vraiment drôle, mais j’aime bien. Je ne sais pas quel titre lui donner. Je pensais à Dimanche 19 octobre, tout simplement.

La terre tourne, la lune tourne autour de la terre qui tourne autour du soleil. Je suis dans ma chambre, au Pecq, en France, sur terre. Nous sommes en 2003, en novembre, le premier jour. Il est 18h08, les secondes passent. Après demain, à 10h30, je serai en salle 18 au lycée, en contrôle de français : 1984 et « l’utopie ». Je devais lire aussi Œdipe roi de Sophocle et La machine infernale de Cocteau. Antigone d’Anouilh, ce sera pour plus tard.

Je vais lâcher mon stylo est fermer ce carnet. Pour faire quoi ?


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no1 (« Journal, 14 août 2003 – 15 juillet 2004 »), j’ai quinze et seize ans.

Dimanche 19 octobre 2003

Il y avait la brocante ce week-end. Hier, j’ai acheté Une gueule de bois en plomb et Les Gnangnans pour dix euros, le type en demandait douze. C’est pas glorieux, mais c’est déjà ça. Je crois que j’aime bien marchander. Ce matin, j’ai vu un mec qui vendait deux recueils À suivre : les vingt-quatre premiers numéros. Je veux les prendre pour les regarder, il me dit: « Attention, c’est fragile, c’est précieux ! Regarde ! » Il en attrape un, il l’ouvre et… un cahier lui reste dans les mains. Il n’est pas content, mais il me dit : « Tiens, tu peux les feuilleter. » Et il y a encore un truc qui se détache. Moi, je dis : « Tant pis, de toute façon c’était seulement pour regarder, pas pour acheter. » Il a déglingué sa relique pour rien.

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Jeudi 14 août 2003

Il fait chaud. Je suis tout seul. Maman et Juline travaillent. Benoît est en vacances. Je ne fais rien de mes journées. Alors, ce matin, j’ai fait un truc : j’ai été à Saint-Germain. Je voulais aller à la Marque jaune : pas de chance, fermée. J’ai été à l’Univers, histoire de ne pas partir les mains vides. Acheté Walter, le troisième tome des formidables aventures de Lapinot. J’ai aussi acheté Fluide : il y a des pages en couleur depuis le mois dernier, c’est pas mal.

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