Je connais la Boucarde

Ce matin, je ne savais pas que ça existait, la Boucarde. Je suis arrivé en avance pour l’atelier d’écriture à Saint-Michel-en-l’Herm, alors j’ai fait un petit tour dans le bourg. Et, comme je suis passé devant le collège des Colliberts (c’est-à-dire : le collège d’où viennent les élèves qui se mêleront à ceux de la maison familiale rurale, tout à l’heure), je l’ai pris en photo pour la publier sur Facebook. Puis, j’ai vu l’église, le monument aux morts, la mairie. Je ne suis pas passé par la Boucarde. J’ai découvert Saint-Michel-en-l’Herm comme un touriste — cette petite ville du marais à quinze kilomètres de Luçon (c’est écrit sur le panneau Michelin, c’est pour ça que je le sais).

Continuer la lecture

Tentative d’épuisement d’un lieu nellezais

Il y a beaucoup de choses sur la place de l’Île-d’Elle, par exemple : un arbre qui parle et qui craint d’être abattu, un jeune homme timide n’osant pas déclarer sa flamme, un spécialiste des monuments aux morts tombant nez-à-nez avec une vieille connaissance, un cantonnier qui déteste les mômes (et ceux-ci le lui rendant bien), un vieux Japonais se rappelant son enfance grâce au cerisier en fleurs, et bien d’autres choses encore.

La « place » est l’un des lieux nellezais (j’ai cherché : c’est ainsi qu’on nomme les habitants de l’Île-d’Elle) choisis par les élèves de l’école Jacques-Prévert et du collège du Golfe-des-Pictons.

Continuer la lecture

Neuf ans à Rosnay

J’ai eu l’impression d’arriver à l’école de mes rêves, ce matin — il faut dire qu’il fait très beau aujourd’hui, et que ce détail n’y est pas pour rien. On a grimpé une petite route qui sépare le marais du bocage (les paysages changent, c’est vrai). Au volant : N., l’instituteur. Des vignes, du soleil, on entre au village. Là, tout de suite, c’est l’école de Rosnay. C’est joli comme tout et on voit que l’espace est empli d’une belle atmosphère : les gosses arrivent les uns après les autres, sans traîner les pieds : on dirait même qu’ils sont contents d’être là — la suite des événements m’a confirmé cette intuition. Ils m’accueillent avec chaleur, enthousiasme. Ils me montrent leurs plantations (des petites pousses en godet, arrosées avec amour) et les dessins sur les murs.

Continuer la lecture

L’Île-d’Elle, première

La voiture traversait une nappe de brouillard, j’aurais été incapable de dire où nous allions. Heureusement, je connaissais le programme : on allait à l’Île-d’Elle et, au volant, c’était G., l’instituteur. Une partie de ses élèves s’est mélangée avec les sixième du collège, qui avaient été préparés par É., la documentaliste, et S., la prof de français : avec la petite troupe, on allait visiter plusieurs lieux dans le village. Moi, j’allais tous les découvrir ; les élèves en connaîtraient déjà certains, mais pas tous.

La « boîte à vocabulaire » préparée par les sixième
Continuer la lecture

Le héros et les fondus

Anne-Lise attire mon attention sur le groupe Facebook des « Fondu·e·s de fondus ». Je ne sais pas ce qu’est un poème fondu, mais c’est expliqué. Voici : « Le poème fondu, qu’est-ce ? On ouvre un livre (n’importe lequel) pages 30 et 31 (chiffres décidés arbitrairement) et on pioche dans les mots de la double-page pour recréer un poème. »

À partir des pages 30 et 31 du Héros et les autres, ces cinq poèmes sont nés :

Grâce soit rendue aux auteurs et autrices de ces poèmes.

Beau comme

Il y a celle qui dit n’avoir aucune imagination (et qui aura pourtant dessiné plus que tous les autres), celle qui se fait passer pour une dure à cuire (mais qui voudrait bien fignoler son coloriage), celui qui refuse qu’on découpe l’album de Barbapapa (mais les autres, on peut en faire des confettis), celle qui a plein d’idées avec sa copine (mais qui n’en répète qu’une sur dix quand il faut passer devant tout le monde), celle qui n’est pas emballée à l’idée d’écrire une comptine (et qui fait pourtant des rimes sans s’en apercevoir), celle qui me demande si on peut m’appeler Antonin (parce que « monsieur », ça fait trop prof, sans doute), celle qui écrit les dialogues (pendant que son camarade écrit les descriptions), celles et ceux qui préfèrent trouver le titre à la fin (alors que moi, je préfère l’avoir dès le début), celles et ceux qui aiment bien les illustrations rétro (Caroline, on peut même dire que c’est ringard, non ?), celui qui écrit en vers sans savoir pourquoi (comme « qui vous savez », qui faisait de la prose à son insu), celle qui tape son texte sur l’écran de son téléphone plutôt que sur le papier (par habitude), celle qui minaude pour se faire bien voir (et qui ne sait pas que son charme n’a pas de prise sur moi), celle qui commence à lire un album en attendant que l’atelier commence (une bonne manière de s’occuper, à mon avis), celles qui écrivent et dessinent une BD de quatre pages (alors qu’on avait dit de raconter une histoire en trois phrases), celle qui veut lire son texte la première (et celle qui préférerait ne pas), celles et ceux qui ont dit à la fin qu’ils étaient contents (autant que moi), celle qui n’a pas dit qu’elle l’était (mais elle souriait quand même) : il y a tous ces élèves (et même d’autres) dans la classe de seconde que j’ai rencontrée cette semaine. Je les ai vus en deux fois (une moitié de la classe, puis l’autre), mardi et ce matin. Un atelier d’écriture dans le cadre du parcours Lectures pour tous au lycée Gustave-Eiffel de Rueil.

À partir d’images trouvées dans des albums, découpées et associées deux par deux, ils ont créé des rapprochements, des collages (le fameux coup de la « rencontre fortuite » de la machine à coudre et du parapluie) : naturellement, ça a donné des histoires. Il s’agissait de les mettre en forme, ensuite.

Et voilà, ces histoires sont écrites. La prochaine étape, pour les élèves, ce sera de composer un livre avec ces textes et ces collages (à l’occasion d’un atelier « livre numérique » à la médiathèque, dans dix jours). Il sera beau, ce recueil, j’en suis sûr. Il sera beau comme la rencontre fortuite d’un chat victime du rhume des foins, d’une mère se souvenant de ses jumeaux depuis le paradis, d’un dragon surgissant dans un potager, d’un triangle amoureux se concluant par une vengeance, d’enfants géants voulant atteindre le soleil, de trois poussins colorés apprenant à accepter la différence, d’un père échouant à faire partir les cauchemars, d’un homme tête-en-l’air comptant sur l’aide de son chien, de deux frères luttant pour la justice en mémoire de leur mère, d’une surprise pâtissière tournant à la catastrophe et de l’abandon d’un doudou lapin dans un tiroir.

Ce sera beau comme tout.

Les têtes et les mains

J’étais hier au lycée Gustave-Eiffel (à Rueil) : la première fois que j’animais un atelier d’écriture (le trac, je vous dis pas — Stéphanie, la prof, me dit que ça ne s’est pas vu : elle le dit peut-être pour me faire plaisir et, si c’est le cas, ça marche). Je crois que les élèves ont pris du plaisir à cet atelier : c’était le but. Ils ont lu, puis découpé et composé, puis écrit des histoires comme on les écrirait pour des enfants. J’aime bien le résultat.

On a aussi de chouettes photos d’eux, mais comme je ne suis pas sûr de pouvoir les publier ici, je ne mets que celle de moi (pardon) et de leurs mains (c’est avec elles qu’on écrit — ah, oui, et avec la tête aussi : ils ont de bonnes têtes, c’est dommage que vous ne les voyiez pas).

J’y retourne demain (le trac, tout ça). Les profs sont des héros : ils font ça tous les jours, eux.

Village, personnage, etc.

Je me suis remis dans Les présents. Je voudrais l’écrire dans l’ordre, autant que possible, et je restais bloqué sur les prochaines pages à écrire (les suivantes, je les connais à peu près). Je me demandais à quel moment on arriverait au village et, surtout, si on commencerait par y aller véritablement ou, d’abord, par l’imagination. J’ai répondu à ces questions (un peu) ; en tout cas, j’ai écrit les premières évocations de ce village.

Continuer la lecture