C’est ce soir que j’ai rendez-vous avec J*-E*. C’est très différent d’avec — par exemple — É*. Parce que c’est moi qui avais sollicité É* et que j’avais peur qu’il se sente forcé d’accepter, j’avais peur de l’ennuyer, peur de lui faire perdre son temps. C’était assez éprouvant. Là, c’est le contraire. Je peux y aller confiant parce que c’est moi qui ai le beau rôle : c’est lui qui veut me voir.
J’ai beaucoup de choses à raconter. J’essaie de procéder de manière ordonnée. D’abord, je passe vite-fait voir Yao, pour lui parler un quart d’heure et lui donner un tirage de ma gravure. Puis, je prends le RER, en avance exprès, pour arriver tôt. Pour avoir le temps de passer aux Mots à la bouche. C’est chouette le Marais à 19 heures, ça commence à être animé, on croise plein de mecs dans les rues. Surtout, les bars font entendre leur musique abominable qui envahit les rues. Dans la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, une fille m’arrête pour me vendre un fanzine de BD. C’est le no1 de Peau de banane. Je suis pressé et je n’ai pas très envie de claquer mon fric maintenant, alors je lui promets de le lui acheter la prochaine fois.
J’entre aux Mots à la bouche, décidé à ne pas traîner et à acheter seulement L’homme marié d’Edmund White. Mais, au rayon BD, je vois le no5 de la revue Ego comme X avec la « Première tentative de journal direct » du grand Fabrice Neaud, et je me laisse séduire. Tant pis pour White. Je reviendrai.
J’arrive juste à l’heure sur la place du Pont-Neuf. Il arrive une minute après moi ; il sort directement de son travail — il est juriste au CNRS. Bêtement, je n’ose pas l’embrasser, je ne le touche même pas. Nous avons tout de suite des choses à nous dire. Il m’emmène au Vert-Galant (le fameux) à la pointe de l’île de la Cité, « qui s’avance dans la Seine comme la proue d’un bateau. » Un endroit idéal.
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